VIDEO. Pollution de l’air: Quels sont les établissements scolaires les plus touchés à Paris et en Ile-de-France?

EDUCATION L’association Respire dresse le premier inventaire des établissements d’Ile-de-France en fonction des polluants auxquels les enfants sont exposés

Delphine Bancaud

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Pollution avenue d'Italie Credit:HOUPLINE-RENARD/SIPA
Pollution avenue d'Italie Credit:HOUPLINE-RENARD/SIPA — HOUPLINE-RENARD/SIPA
  • Respire publie ce jeudi une étude qui évalue la pollution de l’air dans les établissements qui accueillent des enfants d’Ile-de-France, soit 12.520 crèches, écoles maternelles, primaires, collèges et lycées.
  • Un quart des établissements franciliens dépasse notamment les seuils légaux de concentration en dioxyde d’azote.
  • Respire appelle les mairies de Paris et de la proche couronne, à intensifier leur action en faveur de la qualité de l’air avec des mesures telles que l’encouragement des mobilités douces et la mise en place d’une zone à faibles émissions (ZFE).

Les enfants franciliens ne respirent pas tous de l’air pur quand ils sont à l’école. Un quart des établissements parisiens, de la crèche au lycée, dépassent les seuils légaux de concentration en dioxyde d’azote (NO2), selon une carte rendre publique jeudi par l’association Respire, qui a nécessité un an de travail. Ainsi, en 2017, 682 des 12.520 établissements d’Ile-de-France étaient exposés à des niveaux de pollution dépassant les normes de NO2. La grande majorité (548) se trouve dans Paris, 125 dans la petite couronne et 9 en grande couronne. Pour aboutir à ces données, l’association Respire, a croisé les données d’ Airparif avec la carte des établissements accueillant des enfants.

« Notre étude montre que les enfants sont exposés à cette pollution à proximité même des écoles, ces lieux symboliques de la République. C’est particulièrement révoltant », tempête Olivier Blond, président de Respire. A Paris intra-muros, où se concentre la pollution, 26 % des établissements sont au-dessus des seuils légaux. « Ce n’est pas étonnant car la pollution est plus dense dans les secteurs hyper denses », explique Olivier Blond. Petite consolation tout de même : la situation s’est améliorée dans la capitale entre 2012 et 2017, avec deux fois moins d’établissements exposés à des dépassements de seuil (26 % contre 66 %), a calculé l’association.

Des conséquences sur la santé des enfants

L’association s’est aussi intéressée aux particules (PM10) et aux particules fines (PM2,5). Seul un établissement dépassait en 2017 les seuils légaux de PM10. Mais en se basant sur les critères de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus stricts, la totalité des établissements scolaires parisiens dépassent les recommandations pour les PM2,5 particules fines, dangereuses car elles pénètrent profondément les voies respiratoires. Et 97 % des établissements dépassent également la limite de l’OMS pour les PM10.

Des taux qui peuvent avoir des conséquences inquiétantes sur la santé des plus jeunes : « Les conséquences peuvent être l’apparition d’asthme, un retard dans le développement pulmonaire et cognitif. Car les enfants, dont le système respiratoire n’est pas arrivé à maturation, sont particulièrement vulnérables », martèle Olivier Blond.

Des établissements trop près des routes à fort trafic

« Le facteur principal semble être la distance aux axes routiers », souligne l’association, alors que le dioxyde d’azote est émis en grande quantité par les moteurs diesel. En Ile-de-France, nombre de crèches, écoles, collèges et lycées sont en effet situés à proximité d’un axe routier majeur (plus de 100.000 véhicules par jour) ou d’une autoroute urbaine. Et les enfants parisiens sont les plus touchés par cette pollution que ceux des banlieues. Car près de la moitié des écoles et des crèches se situent entre 50 mètres et 150 mètres d’un axe routier majeur (supérieur à 15.000 véhicules par jour) selon une étude d’Airparif de 2012.

« Il n’y a pas de fatalité. Les mesures prises par la mairie de Paris pour limiter la pollution sont par exemple efficaces, on peut obtenir des résultats rapidement », indique Olivier Blond. L’association Respire recommande de mettre en place une zone à faible émission (ZFE) « ambitieuse », une voie réservée au covoiturage, aux transports en commun et aux véhicules électriques sur les autoroutes urbaines autour de Paris ou encore de restreindre la circulation autour des écoles.

La lutte contre la pollution sera intensifiée à Paris

Réagissant à ces résultats sur Twitter, la maire de Paris a préféré focaliser sur les progrès effectués en matière de lutte contre la pollution. Interrogée par Le Monde sur ces résultats, la maire de Paris explique aussi que sa lutte contre la pollution, « passera notamment par une intensification de notre politique de restriction de la voiture avec la fin du diesel à l’horizon 2024 ». Des mesures de la pollution dans les cours des crèches, des écoles et des collèges seront aussi effectuées à la rentrée prochaine afin de prévoir d’autres dispositions.

De son côté, la Fédération des parents d’élèves (FCPE) compte bien se servir de ces données pour faire avancer le dossier : « Cette carte est un électrochoc. Ça fait des années que l’on demande à la mairie d’avancer plus vite », déclare Isabelle Rocca, présidente de la FCPE Paris. « Il y a encore des collectivités à convaincre de mettre en place un projet d’extension de la zone à faibles émissions à la zone intra-A86. Il faut aussi tout prévoir des aides suffisantes pour permettre le changement de véhicule. Ce sont des mesures qui demandent du courage politique », insiste de son côté Lorelei Limousin, responsable des politiques Climat-Transports au Réseau Action Climat.