Paris: Des lycéens et étudiants auraient été fichés S après avoir bloqué leur établissement

SECURITE Les avocats de lycéens et étudiants qui avaient été arrêtés pour avoir pénétré illégalement dans le lycée Arago en mai dernier, assurent qu’au moins trois de leurs clients feraient depuis l’objet d’un fichage S

Marie de Fournas

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La police repousse la foule lors de la manifestation des fonctionnaires du 22 mai 2018
La police repousse la foule lors de la manifestation des fonctionnaires du 22 mai 2018 — Zakaria ABDELKAFI / AFP
  • Le 22 mai 2018, 102 personnes qui tentaient d’occuper le lycée Arago, dans le 12e arrondissement de Paris, en marge d’une manifestation de fonctionnaires, étaient interpellées par la police.
  • Déférés en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel de Paris, une dizaine d’entre eux ont été condamnés à deux mois d’emprisonnement avec sursis.
  • Depuis cette condamnation, au moins trois d’entre eux ont rapporté à leurs avocats lors de leurs déplacements à l’étranger, « ils faisaient systématiquement l’objet de vérifications d’identités prolongées aux postes de frontière ».

Systématiquement contrôlés. Dans un communiqué, les avocats de plusieurs lycéens et étudiants qui avaient été interpellés en mai dernier alors qu'ils occupaient le lycée parisien Arago, affirment que plusieurs d’entre eux seraient désormais fichés S. Ces derniers dénoncent une pratique inquiétante qui « révèle la volonté de l’Etat de ficher systématiquement les manifestants et, ainsi, les opposants politiques ».

Le 22 mai 2018, 102 personnes qui tentaient d’occuper le lycée Arago, dans le 12e arrondissement de Paris, en marge d'une manifestation de fonctionnaires, étaient interpellées par la police. L’affaire avait créé la polémique notamment à cause des conditions de détention de ces personnes majoritairement étudiants et lycéens. Une dizaine d’entre eux avait été déférée en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel de Paris et condamné à deux mois d’emprisonnement avec sursis pour avoir pénétré sans autorisation dans un établissement scolaire.

L’existence d’une « fiche S » « mentionnée à demi-mot »

Au moins trois d’entre eux, lycéens et étudiants, ont rapporté à leurs avocats que depuis cette condamnation, lors de leurs déplacements à l’étranger, « ils faisaient systématiquement l’objet de vérifications d’identités prolongées aux postes de frontière, ainsi que d’attentes inexpliquées au cours desquelles serait mentionnée à demi-mot l’existence d’une “fiche S” à leur endroit ».

« Ce jeudi 21 mars 2019, l’une des prévenues du lycée Arago, contre laquelle les poursuites avaient été abandonnées à l’audience, a averti son avocat qu’au deuxième jour de son voyage scolaire en Italie, des policiers italiens étaient venus interroger ses professeurs à son sujet. Une telle pratique ne laisse guère de doute quant à l’existence d’un fichage “S”, soit “atteinte à la sûreté de l’Etat”, la concernant. »

Selon la définition du gouvernement, « la fiche S concerne des personnes que la France [ou un autre pays car ce fichage est européen] soupçonne de visées terroristes ou d’atteinte à la sûreté de l’Etat [ou de complicité], sans pour autant qu’elles aient commis de délit ou de crime ». Les fichés S sont classés en différents niveaux qui correspondent aux actions que doivent entreprendre les forces de l’ordre lors du contrôle de cette personne. Un fichage S n’est pas définitif.