Paris: Redevance, stationnement… La mairie s’attaque aux trottinettes en libre-service

TRANSPORTS Une délibération va être déposée en procédure d’urgence au prochain Conseil de Paris qui se tient en avril pour voter la mise en place d'une redevance sur les scooters, vélos et trottinettes en libre service

Romain Lescurieux

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Un homme fait de la trottinette à Paris.
Un homme fait de la trottinette à Paris. — FRANCOIS GUILLOT / AFP
  • Sur les trottoirs, les pistes cyclables, les routes, les places, les trottinettes électriques en libre-service sont désormais partout dans l’espace public parisien.
  • Face à un système coincé dans un flou juridique qui pose un certain nombre de questions, la mairie a décidé d’agir.
  • Une redevance sera réclamée à tous les acteurs du secteur, mettant en location trottinettes, mais aussi vélos et scooters.

Adulée par certains, détestée par d’autres… La trottinette a le mérite de faire parler d’elle. Sur les trottoirs, les pistes cyclables, les routes, les places, ces engins électriques en libre-service sont désormais partout dans l’espace public parisien, depuis bientôt un an. On les croise à l’arrêt, déposées sauvagement ou en mouvement, avec une, voire deux personnes dessus. Face à un système coincé dans un flou juridique qui pose un certain nombre de questions – circulation, espace public, accidentologie, sécurité - la mairie de Paris a décidé d’agir.

« C’est un sujet qui nous agace beaucoup. Un sujet d’inquiétude, de vigilance, frôlant parfois l’exaspération », s’exclame Emmanuel Grégoire. Le premier adjoint à la maire de Paris, Anne Hidalgo, a annoncé officiellement ce jeudi midi lors d’une conférence de presse qu’une redevance allait être mise en place dans les prochaines semaines pour les futurs et actuels opérateurs du marché qui gèrent aujourd’hui 15.000 trottinettes. Un chiffre qui pourrait atteindre prochainement les 40.000. Cette redevance concernera aussi les scooters et vélos en libre-service.

50 euros par an et par trottinette

« Il ne peut pas y avoir d’utilisation commerciale de l’espace public sans que l’opérateur concoure au financement de l’infrastructure qu’il utilise », précise Emmanuel Grégoire. Avec ce système, l’opérateur qui gère par exemple moins de 500 trottinettes devra payer 50 euros par an et par engin. Un prix qui augmente à 65 euros pour plus de 3.000 trottinettes. Pour un véhicule électrique immatriculé, comme les scooters en libre-service, la redevance est fixée 78 euros pour une flotte de plus de 3.000 véhicules. Où ira cet argent ?

Cette redevance « servira notamment à réaliser des emplacements de stationnement » pour les trottinettes, ce qui aura pour conséquence de rendre « à terme » le stationnement « obligatoire dans ces zones dédiées », précise Christophe Najdovski, adjoint aux transports et à l’espace public. Selon Jean-Louis Missika, adjoint à l’urbanisme, 2.500 emplacements doivent être créés, « la plupart dans les interstices des arbres ». L’objectif affiché par la mairie est la mise en place d’un point de stationnement « tous les 150 mètres » soit 1 minute 30 à pied, même si le déploiement du maillage « va prendre du temps ». Comment les opérateurs accueillent-ils ces mesures ?

« Nous saluons la décision de la Mairie de Paris »

« Ce n’est pas une surprise. Nous travaillons main dans la main avec la mairie de Paris depuis le début. La ville du futur se construit avec les investissements de tous les acteurs », explique auprès de 20 Minutes, Arthur-Louis Jacquier, directeur général France de Lime. « Cette redevance va permettre de mettre en place des infrastructures et donc pour nous, d’être là sur le long terme », conclut-il.

Contacté par 20 Minutes, Lucas Bornert, General Manager de VOI, autre opérateur de trottinettes électriques en libre-service salue cette décision. VOI en tant qu’opérateur suédois dont l’ADN est construit autour de la responsabilité et de la sécurité est très satisfait de cette redevance qui permettra de réguler les flottes en fonction de la demande. Il est tout à faire normal qu’en tant qu’acteur majeur de la mobilité douce que VOI contribue à une redevance d’occupation de l’espace publique. C’est d’ailleurs l’un des piliers du code de conduite que VOI propose aux villes ».

« Nous saluons la décision de la Mairie de Paris de mettre en place de nouvelles règles de régulation au service de l’intérêt général. Au-delà de la redevance, nous nous réjouissons de la volonté de la mairie de prendre en compte la durée de vie des véhicules. Cityscoot exploite 24h/24 ses scooters électriques, pendant plusieurs années afin de limiter l’impact environnemental des véhicules », déclare de son côté Bertrand Fleurose, président et fondateur de Cityscoot.

Des élus veulent aller plus loin

La municipalité a expliqué vouloir répondre « dès à présent » à l’enjeu des engins en flotte libre, sans attendre la loi d'orientation sur les mobilités (LOM), confrontée à « un glissement du calendrier parlementaire qui rend très incertains les délais ». Mais en amont du Conseil de Paris, des élus veulent d’ores et déjà aller plus loin dans l’encadrement de ces véhicules en libre-accès et notamment des trottinettes.

Le groupe Parisiens Progressistes Constructifs et Indépendants (PPCI, pro-Macron), prône notamment la diffusion d’une campagne de sensibilisation pour promouvoir le port du casque, la prudence, le respect du code de la route, et le respect des piétons, la mise en place de la verbalisation des trottinettes électriques qui circulent sur les trottoirs et la verbalisation des trottinettes en stationnement gênant. Les élus déposeront des vœux en ce sens au prochain Conseil de Paris.