Saint-Denis: La colère des enseignants après la violente agression d’un professeur devant un collège

SECURITE Depuis l’agression d’un professeur d’histoire-géo devant le collège La Courtille en Seine-Saint-Denis, le dialogue est rompu entre l’académie de Créteil et les enseignants qui se sentent abandonnés.

Marie de Fournas

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Les professeurs du collège La Courtille à Saint-Denis ont décider d'exercer leur droit de retrait après la violente agression d'un de leur collègue devant l'établissement.
Les professeurs du collège La Courtille à Saint-Denis ont décider d'exercer leur droit de retrait après la violente agression d'un de leur collègue devant l'établissement. — Pierre/La Courtille
  • En février, un professeur a été violemment agressé devant son collège à Saint-Denis.
  • Les enseignants réclament des moyens financiers et humains pour répondre aux problèmes de violence à l’intérieur et à l’extérieur de l’établissement.
  • Les différentes mesures mises en place par l’académie de Créteil ne les satisfont pas.

Bras de fer. Le 22 février dernier, alors que les élèves du collège La Courtille à Saint-Denis vont partir à un tournoi de frisbee, un professeur d’histoire-géo constate qu’un collégien de 4e se fait malmener par quatre individus. Il décide de s’interposer et est alors roué de coups. Œil tuméfié, pouce cassé, côtes fêlées… L’agression est particulièrement violente. « Il a encore du mal à marcher et a peur de revenir au collège », nous assurent ses collègues, précisant que l’homme de 25 ans est toujours en arrêt maladie.

« C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase après une accumulation de violences », assure Célia Kolli professeur et syndiquée au SNES. Elèves tabassés et volés aux abords de l’établissement, feux de poubelles, élève lynchée au milieu de la cour, une autre agressée sexuellement devant le collège, introduction d’armes dans l’établissement… La liste est longue.

« Méprisé, abandonné et délaissé »

« Cela fait plus de deux ans que l’on demande par exemple à ce que les grilles de l’établissement soient rehaussées et opacifiées pour notamment empêcher l’intrusion d’armes. De plus, nous avons seulement sept assistants éducateurs en temps partiel, pour surveiller les élèves. Soit un pour 50 jeunes. Vu le contexte, ce n’est pas assez. » Se sentant « méprisé, abandonné et délaissé par l’académie et le conseil départemental », 100 % des enseignants de La Courtille ont décidé depuis lundi, jour de rentrée, d’exercer leur droit de retrait. Un arrêt de travail rémunéré, conditionné par l’existence d’un danger grave et imminent.

« En dépit de cet événement dramatique, notre chef d’établissement nous a informés que notre droit de retrait serait refusé par la Direction des services départementaux de l’Education nationale de Seine-Saint-Denis (DSDEN), déclarent les professeurs. Pour eux nous sommes grévistes. » « Sur les quatre individus qui ont agressé notre collègue, deux sont toujours en fuite. Si ça, ce n’est pas un danger imminent… », rétorque Célia Kolli. Ce jeudi, les cours n’avaient toujours pas repris et ne devaient pas reprendre ce vendredi matin.

« Nous avons sécurisé les abords et les extérieurs de l’établissement »

De son côté, la direction de l’académie qui condamne vivement cette agression, explique avoir pris et tenu divers engagements pour pallier ce manque de sécurité. « Nous avons sécurisé les abords et les extérieurs de l’établissement avec une équipe mobile de sécurité qui était là dès lundi matin. Nous sommes également entrés en contact avec les forces de l’ordre pour qu’il y ait un renforcement des patrouilles notamment aux horaires d’entrée et de sortie. »

« Cette équipe mobile n’est pas toujours présente et tourne sur d’autres établissements de Saint-Denis. D’ailleurs, pendant qu’ils étaient devant notre collège mardi, une vingtaine de personnes armées de battes de baseball et de marteaux en ont profité pour s’introduire dans le collège Paul-Eluard​, situé non loin d’ici. Ce sont des agents de prévention, pas de sécurité. Ils sont censés dissuader par le dialogue, ce n’est pas suffisant ! », s’insurge Célia Kolli.

Situation bloquée

Pour l’instant, la situation semble bloquée car les deux parties souhaitent que l’autre fasse le premier pas. Les professeurs ont écrit une dizaine de mails et de courriers à la DSDEN et au conseil départemental de Seine-Saint-Denis en demandant que des représentants se déplacent afin de leur proposer des solutions. Ils assurent n’avoir reçu aucune réponse et qu’à part le jour de l’agression, personne n’est venu. De son côté, le rectorat a fait savoir à plusieurs reprises par oral au chef d’établissement qu’il était prêt à recevoir les professeurs, mais qu’aucune demande n’avait été faite.

« On travaille en urgence sur la mise en place d’un comité de prévention de la délinquance. Un endroit où différents acteurs tels que la ville, l’académie, la préfecture et le parquet seront réunis pour répondre ensemble aux questions des professeurs, assure la direction de l’académie qui souhaite à tout prix rétablir un lien de confiance avec les équipes pédagogiques du collège. On l’a demandé en urgence, ça devrait être mis en place dans les jours ou les semaines à venir. »