Municipales à Paris: La hype des candidats «sans parti» s’empare de la capitale

POLITIQUE La longue liste des prétendants à la mairie de Paris en 2020 s’est allongée de Gaspard Gantzer ces dernières 24 heures

Romain Lescurieux

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Pierre Yves Bournazel (à gauche), Gaspard Gantzer (à droite)
Pierre Yves Bournazel (à gauche), Gaspard Gantzer (à droite) — SIPA PRESS/AFP
  • Pierre-Yves Bournazel et Gaspard Gantzer viennent d’annoncer leur candidature à la mairie de Paris avec une stratégie hors des partis.
  • Anne Hidalgo affirme, elle, dans Le Parisien « si je me présente, je ne serai pas la candidate d’un parti mais d’une plateforme citoyenne ».
  • Est-ce un effet Emmanuel Macron toutes ces candidatures sans parti ?

Qui a dit ? « Je veux construire une offre politique inédite, faire avancer sa ville avant son parti ». Qui a dit ? « Moi je pense qu’il faut faire de la politique à partir de valeurs. Je viens de la gauche et je peux aussi faire de la politique avec des gens qui n’ont pas la même histoire politique que moi, mais partagent la même vision de l’avenir de Paris ». Qui a dit ? « Si je décide de me représenter à Paris, je ne serai pas la candidate d’un parti, mais d’une plate-forme citoyenne… On doit raisonner autour d’un projet qui rassemble, ouvert, collectif, et pas autour d’une étiquette partisane ».

Dans le fond, ces trois sorties médiatiques se ressemblent. Pourtant elles sont de trois personnalités politiques bien distinctes. Dans l’ordre, Pierre-Yves Bournazel, Gaspard Gantzer et Anne Hidalgo. Si les deux premiers viennent d’annoncer leur candidature à la mairie de Paris, Anne Hidalgo n’a pas souhaité encore annoncer sa candidature à un nouveau mandat. A un an du scrutin des élections municipales, que disent-ils sur ce positionnement hors des partis ?

« Il faut pouvoir s’ouvrir »

Au cabinet d’Anne Hidalgo, on nuance cette récente sortie. « Les partis politiques comptent mais leurs voix ne doivent pas être exclusives. La démarche d’Anne Hidalgo a toujours été la même. En 2014, avec l’association Oser Paris, elle travaille avec les partis tout en associant les Parisiennes, les Parisiens, qui ne sont pas membre d’un parti. Il faut pouvoir s’ouvrir à la société civile », explique-t-on avant de préciser : « Si elle candidate en 2020, elle reproduira la même démarche. Et il est évident que la Parti socialiste aura une place importante dans une telle campagne ».

En revanche, Pierre-Yves Bournazel qui veut se poser « loin de l’appareil politique » et Gaspard Gantzer qui mise sur « un mouvement qui n’a besoin d’aucune étiquette » sont sur la même stratégie.

« On doit gouverner Paris avec une nouvelle méthode »

Gaspard Gantzer est-il de gauche ou bien de droite ? « Cela ne m’intéresse pas », a répondu mercredi l’ancien conseiller en communication du président socialiste François Hollande. « Je viens de la gauche, mais aujourd’hui, quand je réfléchis à la sécurité des Parisiens, à la propreté de cette ville, je ne réfléchis plus à partir de la droite ou de la gauche, cela n’a aucun sens », a-t-il expliqué sur France Inter.

Pierre-Yves Bournazel est-il de gauche ou bien de droite ? « Je ne crois pas qu’on doive gérer une ville comme Paris, ville monde, avec un parti, un clan. On doit la gouverner avec une nouvelle méthode, une nouvelle vision, des nouveaux projets. Moi, je crois qu’il faudra rassembler le moment venu des femmes et des hommes venus de la gauche, de la droite, du centre et de la société civile », expliquait-il à 20 Minutes. Pourquoi une telle mode du « sans-parti », « sans étiquette », s’empare de la politique parisienne ?

« Pas du tout intérêt à s’afficher comme suivant un seul courant politique »

« Comme ils partent de très loin, les élections sont dans un an, ce sont des candidats qui ont encore du chemin à faire pour être connus du grand public. Ils n’ont donc pas du tout intérêt à s’afficher comme suivant un seul courant politique », analyse Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au Cevipof et enseignant à Sciences-Po Paris. « Ils sont dans la dynamique de mettre en avant leur attachement et leur ancrage à Paris et leur projet pour la capitale plutôt que d’être cantonnés à une étiquette partisane », poursuit-il. « C’est une stratégie et c’est aussi une démarche qui s’inscrit dans un tempo, une dynamique du moment », dit-il. L’effet Macron ?

« Tout le monde est encore très marqué par les élections présidentielles de 2017 avec Emmanuel Macron qui a créé un mouvement politique, refusant la gauche et la droite, et remportant le scrutant. Et le brouillard autour de la supposée mort des partis politiques traditionnels tend à favoriser les positionnements transpartisans », rappelle-t-il. Les Parisiennes et Parisiens peuvent-ils être sensibles à ce message ? Selon Bruno Cautrès, « les municipales sont traditionnellement des élections où les étiquettes partisanes comptent mais aussi autant que le propre projet du candidat ».