Incendie dans le 16e arrondissement: «Un mois après, je suis toujours logée à l’hôtel»

DRAME Un mois après le drame, une marche blanche en hommage aux victimes est organisée ce mardi soir

Romain Lescurieux

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Un incendie dans un immeuble du 16e arrondissement de Paris fait 10 morts et une trentaine de blessés
Un incendie dans un immeuble du 16e arrondissement de Paris fait 10 morts et une trentaine de blessés — Benoit Moser/AP/SIPA
  • Il s'agit de l'incendie le plus meurtrier à Paris depuis près de quatorze ans.
  • Un mois après, les sinistrés attendent des solutions de relogement.

Joséphine habitait au 2e étage du 17 bis rue Erlanger, dans le 16e arrondissement. Il y a un mois, dans la soirée du 4 au 5 février, alors qu’elle s’apprête à déplier son canapé-lit, cette habitante entend des bruits, de la musique, des coups sur une porte, des cris. Surprise, elle passe une tête dans le couloir et comprend qu’il s’agit d’une « querelle de voisinage ». Puis, plus aucun bruit durant quelques minutes.

« Il y a le feu, sortez »

« Soudain, j’ai entendu une voix qui criait, "il y a le feu, sortez", raconte-t-elle à 20 Minutes. Joséphine découvre alors un incendie au fond de son couloir, dégageant une épaisse fumée noire. Elle se barricade chez elle.

Cette habitante alerte des gens dans la rue et réunit son sac et le violon de son enfance, dans l’attente des secours qui finissent par arriver jusqu’à elle pour l’extraire saine et sauve de son appartement. Un logement qu’elle n’a toujours pas revu depuis cet incendie « d’une incroyable violence » déclenché par une femme souffrant de problèmes psychiatriques, faisant dix morts, 96 blessés et une centaine de sinistrés, en attente de relogement.

21 personnes relogées sur 66 demandes

« Un mois après le drame, je suis toujours logée dans un hôtel du 16e arrondissement, par l’assurance. Normalement j’y suis jusqu’au 31 mars. Mais après ? Je ne sais pas », indique Joséphine, qui tente de relativiser sur le choc du sinistre. « J’ai eu des drames dans ma vie. J’ai vécu des situations épouvantables, donc je suis capable de prendre du recul par rapport à ce drame », ajoute-t-elle.

Selon la mairie de Paris, 70 foyers ont été sinistrés et 66 personnes ont fait une demande de logement social. « A l’heure actuelle, 21 personnes ont été relogées ou sont en cours », indique-t-on à l’Hôtel de ville. L’État a notamment relogé deux personnes, le Crous six, le bailleur de l’immeuble trois personnes et de son côté la ville a relogé une personne et quatre ont eu des propositions. En la personne de Joséphine qui a néanmoins préféré refuser cette offre.

« Aujourd’hui, je veux quitter Paris »

« J’ai été contactée par la mairie pour un logement dans le 14e arrondissement. Mais c’est le même prix dans un quartier bruyant, au sixième étage et surtout géré par la même société qui possède notre immeuble qui a brûlé. Comment peuvent-ils proposer ça ? », s’insurge-t-elle, avant de préciser : « Je ne sais pas si la mairie me proposera autre chose mais aujourd’hui je veux quitter Paris. Il est impossible de se reloger dans cette ville. La perte de mon logement m’incite à partir ».

Récemment, le juge a levé les restrictions d’accès à cet immeuble des années 1970 de huit étages et 86 logements. Des travaux de sécurisation vont se dérouler durant deux semaines et les personnes devraient pouvoir récupérer des biens. Une cellule psychologique sera alors ouverte par la mairie pour accompagner les sinistrés dans cette démarche. Mais dans le même temps, ces anciens locataires déplorent aussi les dysfonctionnements du 17 bis rue Erlanger.

Une plainte et une marche

Selon les informations de RTL, une cinquantaine d’occupants ont porté plainte contre X. Ils pointent du doigt la gestion du bailleur et la sécurité de l’immeuble. « S’il y avait eu des extincteurs, pas de moquette dans les escaliers et des fenêtres dans le couloir que l’on pouvait casser, il n’y aurait pas eu tous ces morts », commente Joséphine qui indique vouloir se porter partie civile s’il y a un procès.

En attendant, une marche blanche en hommage aux victimes est organisée ce mardi soir notamment en présence d’élus. Joséphine, elle, y sera en mémoire à une voisine, devenue une amie, décédée dans cet incendie, qui a été le plus meurtrier dans la capitale en près de 14 ans.