Paris: Ikea installe des bains à 38 degrés sur les quais et fait bouillonner des élus

SOCIETE Six bains bouillonnants vont être installés à partir de ce vendredi par Ikea pour présenter son nouveau catalogue salle de bains. Une opération qui doit durer tout le week-end en face de l’Ile de la Cité à Paris

Romain Lescurieux

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Des bains bouillonnants vont être installés sur les quais parisiens.
Des bains bouillonnants vont être installés sur les quais parisiens. — Groupe Ikea
  • Des personnes inscrites au préalable, puis tirées au sort vont pouvoir profiter de séances de 15 à 20 minutes jusqu’à 22 heures dans un bain à 38 degrés face à l’île de la Cité.
  • Selon le groupe écolo au Conseil de Paris, cette « opération » publicitaire est « une aberration écologique, un gaspillage énergétique complet ». Ils demandent de la stopper.

L’opération est présentée comme une « parenthèse de bien-être », « une expérience inédite », « une découverte de la vie à la suédoise », ou encore « un pur moment de détente », selon Ikea. A partir de ce vendredi et durant tout le week-end, la marque suédoise va installer six bains bouillonnants sur les quais des Grands-Augustins (VIe), en face de l’île de la Cité.

Des personnes inscrites au préalable, puis tirées au sort vont pouvoir profiter de séances de 15 à 20 minutes jusqu’à 22 heures dans un bain à 38 degrés. Et ce, « en feuilletant le catalogue Ikea », se vante l’enseigne qui ouvre son premier magasin parisien intra-muros en mai prochain à Madeleine. Un gros coup de com qui ne passe pas auprès d’élus parisiens.

« L’espace public n’est pas à louer »

« L’espace public parisien n’est pas à louer, il appartient à tous les Parisiens et pas aux quelques “chanceux” tirés au sort et encore moins à Ikea », s’insurge Jacques Boutault (EELV), maire du 2e arrondissement. Après les festivités du 31 décembre sponsorisées par Monoprix, Michel & Augustin au parc Monceau, les Catacombes pour le Halloween d’Airbnb, des élus s’inquiètent de ces privatisations d’espaces de la capitale pour de la publicité.

« Nous sommes dans l’optique d’une ville sans publicité. Et nous n’avons pas libéré les berges des voitures pour y accepter la publicité », explique à 20 Minutes, David Belliard, président du groupe écologiste de Paris. « Je suis inquiet de tous ces gros groupes qui se saisissent du moindre mètre carré dans la capitale. Ça ne donne pas un bon signal », commentait déjà il y a quelques mois auprès de 20 Minutes, Nicolas Bonnet Oulaldj, président du groupe communistes-Front de Gauche, et chef de file pour les municipales de 2020.

« Une aberration écologique »

Aussi, selon le groupe écolo au Conseil de Paris, cette « opération » est « une aberration écologique, un gaspillage énergétique complet. Une opération de communication à l’image d’une marque peu regardante sur l’écologie ». « Dans un contexte de dérèglement climatique, c’est un événement choquant. Cette opération énergivore ne va pas dans le sens du plan climat » ajoute David Belliard.

Enfin, le groupe rappelle qu’Ikea est le plus gros consommateur de bois commercial sur la planète, dont une partie provient « d’origines illégales ». L’enquête de « Cash Investigation » « Razzia sur le bois, les promesses en kit des géants du meuble » montrait notamment les saignées réalisées par ce géant de l’ameublement sur les forêts de Transylvanie en Roumanie ou la destruction d’arbres centenaires dans le nord de la Russie, souligne le groupe. « Ça cristallise tout ce qu’on ne veut pas », rembobine David Belliard, qui demande à « la maire de Paris de stopper l’opération publicitaire d’Ikea et mettre ses actes en conformité avec le plan climat de la Ville ».

« Conforme à la charte pour les événements écoresponsables »

« Cette opération qui a pour but de faire découvrir le bien-être à la suédoise a été organisée conformément à la charte de la Mairie de Paris pour les événements écoresponsables dans la capitale. Le mobilier va être remis à l’espace seconde vie d’Ikea, les ampoules sont basse consommation et l’eau vient du réseau des eaux usées et elle est bien évidemment traitée », se défend-on côté du groupe d’ameublement, sollicité par 20 Minutes.

Contactée, la Mairie de Paris n’a pas répondu à nos sollicitations et Ports de Paris, qui gère les quais de Seine, n’a pas du tout l’intention d’écouter les écologistes, indique Le Parisien. « Pour nous c’est une commercialisation classique du domaine portuaire pour quelques jours dans le cadre d’un événement qualitatif ouvert au public », répond Ports de Paris, qui empochera pour l’occasion environ 5.000 euros, précise le quotidien. « Un gros coup de communication à bas prix. Ça ne fait pas honneur à notre ville », déplore David Belliard.