«Gilet jaunes» à Paris: Une seconde fresque sur le mouvement avec le visage de Jérôme Rodrigues

STREET ART Une trentaine d’artistes se sont réunis à Paris à l’initiative du mouvement Black Lines, afin de réaliser une fresque géante sur le thème des « gilets jaunes ».

Marie de Fournas

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L'artiste bruxellois Magic aux côté de Jérôme Rodrigues.
L'artiste bruxellois Magic aux côté de Jérôme Rodrigues. — M.F/ 20 Minutes
  • Une fresque de 100 mètres de long et jusqu’à 6 mètres de haut, sur le thème des « gilets jaunes » a été réalisée dans le 13e arrondissement de la capitale.
  • La figure de Jérôme Rodrigues, éborgné pendant une manifestation a été peinte. Le gilet jaune, désormais symbole des manifestants blessés, était présent.

« Je ne pensais pas voir un jour ma tête peinte sur un mur ! », s’exclame Jérôme Rodrigues devant le graff très réaliste de son visage bardé d’un cache œil. Ce dimanche 24 février, un mois après avoir été gravement blessé à l’œil par une grenade à la Bastille lors d’une manifestation des «gilet jaunes», celui qui fait désormais partie des figures du mouvement s’est rendu rue de la poterne des peupliers, dans le 13e arrondissement de la capitale. A l’initiative du mouvement artistique Black Lines, une trentaine de grapheurs, street artiste ou encore peintres, s’étaient à nouveau donnés rendez-vous pour réaliser une fresque géante de 100 mètres de long et jusqu’à six mètres de haut, sur le thème des « gilets jaunes ».

« J’ai choisi de faire le portrait de Jérôme car c’est une icône, mais cela aurait pu être n’importe quel autre manifestant, explique Magic, un artiste bruxellois qui se rend deux week-ends par mois à Paris pour participer aux manifestions. Ce graff est une façon de dénoncer les violences policières que je trouve très choquantes. En Belgique, il n’y a pas de grenade, pas de Flash-Ball et s’il y avait eu autant de blessés, le ministre de l’Intérieur aurait déjà démissionné. » « Ça me touche et me dépasse un peu », glisse Jérôme Rodrigues qui nous indique également que son œil droit est définitivement perdu : « Là c’est sûr, je ne le récupère pas. »

« J’ai déjà utilisé quatre bombes de jaune fluo »

Pendant que devant les nombreux passants, grapheurs ou encore gilets jaunes présents, l’artiste et le modèle prennent la pose pour quelques photos souvenirs, d’autres artistes s’activent pour terminer leur dessin. Vinss est celui qui a eu le bout de façade le plus haut. « J’y travaille depuis presque 8 heures et j’ai déjà utilisé quatre bombes de jaune fluo, assure-t-il. Ca vient d’une photo que j’ai prise, elle montre la fraternité entre manifestants, ça m’a beaucoup marqué lors des rassemblements. »

« La première fresque de 300 mètres également sur le thème des "gilets jaunes" qui avait été réalisée le 20 janvier dernier rue d’Aubervilliers dans le 18e arrondissement était plus premier degré, très accès sur les violences policières. Celle-ci aborde différents thèmes », explique Itvan K, artiste à la galerie Dominique Fiat et cofondateur du mouvement Black Lines. « Aujourd’hui, il y a beaucoup de nouveaux artistes qui sont venus avec des styles et des messages différents. On est plus dans le symbole, on va plus en profondeur », complète son associé Lask également artiste.

Censure ?

Flash-Ball et grenades de désencerclement, vivement critiquées, sont tout de même largement représentés sur l’ensemble de la fresque. Tout comme les mutilations qu’elles ont provoqué chez de nombreux manifestants. A l’image de la Marianne représentée borgne et touchée d’impacts de balles par l’artiste Hecat. « Toute cette violence m’a beaucoup marqué, explique la femme de 50 ans qui à cause de souci de santé n’a pu se rendre aux manifestations. Venir aujourd’hui et participer à cette fresque, c’est ma façon de soutenir et de m’investir. »

« Toute action qui peut-être bénéfique au mouvement est bonne à prendre et ces peintures ont l’avantage d’être des messages qui restent », nous confit Jérôme Rodrigues. Enfin pas toujours. Une première fresque de 300 mètres, également sur le thème des « gilets jaunes » avait été réalisée le 20 janvier dernier rue d’Aubervilliers dans le 18e arrondissement. Récemment, celle-ci a été recouverte de deux couches de peinture grise par des agents de nettoyage. « Ils ont été employés par la société qui possède le mur mais qui a reçu des pressions des élus et de la mairie », nous assure Itvan K. « Parce que l’on a touché un point qui faisait polémique », complète Lask.

Une « censure » qui ne semble pas les décourager puisque Black Lines pense déjà a une troisième fresque sur le thème des « gilets jaunes ». « Nous parlons de sujet d’actu. En ce moment, ce sont les "gilets jaunes" et je pense que cela va durer au moins jusqu’au printemps », explique Itvan K, qui a choisi de représenter sur la fresque la victoire finale des « gilets jaunes »… « Lors de l’acte 30 ».