VIDEO. Rassemblement contre l’antisémitisme à Paris: «Il y a eu ces derniers mois une banalisation de ces actes»

MANIFESTATION A la suite de la multiplication des actes antisémites ces dernières semaines, des milliers de personnes se sont rassemblées place de la République à Paris, ce mardi soir

Marie de Fournas

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Des milliers de personnes se sont rassemblées Place de la République à Paris mardi 19 février pour s'opposer à l'antisémitisme.
Des milliers de personnes se sont rassemblées Place de la République à Paris mardi 19 février pour s'opposer à l'antisémitisme. — Christophe Ena/AP/SIPA
  • Le gouvernement a annoncé une recrudescence des actes antisémites de 74 % en 2018.
  • Des milliers de personnes, ainsi que de nombreux hommes et femmes politiques se sont rassemblés place de la République à Paris contre l'antisémitisme.

Ce mardi soir, place de la République à Paris, il fallait compter cinq bonnes minutes pour se déplacer d’un mètre. A l’initiative du premier secrétaire du PS Olivier Faure, des milliers de personnes et de nombreuses personnalités politiques, dont la moitié du gouvernement, se sont déplacées à un grand rassemblement contre l’antisémitisme. « Je suis ici au nom de mes parents juifs polonais qui ont souffert de l’antisémitisme pendant la guerre et ont connu les camps », souffle discrètement Eva, 71 ans, en touchant son pin's «  l’antisémitisme ne passera pas par moi ».

Si cette dernière assure ne « plus prêter attention » aux actes antisémites, le gouvernement a annoncé une recrudescence de ces derniers de 74 % en 2018. Arbre en souvenir d’Ilan Halimi scié, croix gammée sur le visage de Simone Veil, tag sur un restaurant Bagelstein… Ces dernières semaines, les actes antisémites se sont multipliés. Rien que ce mardi, environ 80 tombes d’un cimetière juif situé au nord-ouest de Strasbourg, ont été profanées. « Il y a un déchaînement d’antisémitisme, c’est insupportable, se désole Jean-Marie, 50 ans. Je suis heureux que Marceline Loridan-Ivens et Simone Veil ne soient plus là pour entendre ce qui a été hurlé à Alain Finkielkraut. »

« Les gens ont moins de gêne ou de honte à communiquer en public ce genre de propos »

Samedi dernier, le philosophe a violemment été pris à partie en pleine rue par des « gilets jaunes » en marge d’une manifestation et insulté, entre autres, de « sioniste de merde ». « Il y a eu ces derniers mois une banalisation de ces actes. Les gens ont moins de gêne ou de honte à communiquer en public ce genre de propos, déplore Alex, 31 ans. Lors des manifestations des "gilets jaunes" on a vu des pancartes et entendu des chants antisémites. C’est l’effet de groupe, une attitude décomplexée ou encore des théories du complot qui conduisent à la banalisation de ces actes. »

En effet, pour Dominique Sopo, président de SOS Racisme, ce n’est pas tellement le nombre de personnes antisémites qui a augmenté, mais plutôt « le nombre de personnes passant à l’acte ». « C’est lors des phases où la légitimité du pouvoir est remise en cause que se développe ce genre d’idéologie », indique-t-il précisant que les personnes de confession juives ont toujours été dans ces situations, des « boucs émissaires » faciles.

« On nous répète tout le temps que l’on se victimise ou que l’on se plaint depuis trop longtemps »

« Je ressens une forme d’impuissance face à cela, explique Laura, 23 ans, venue avec de nombreux jeunes membres de l’Union des étudiants juifs de France. J’ai l’impression que je n’ai pas le droit de m’en plaindre, car on nous répète tout le temps que l’on se victimise ou que l’on se plaint depuis trop longtemps. » La jeune fille nous assure que pour cette raison, elle ne parle jamais de sa religion au travail par exemple.

Si ce soir, ils étaient nombreux à être venu exprimer leur ras-le-bol face à l’antisémitisme, plusieurs s’interrogeaient sur le véritable impact d’un rassemblement. Pour Alexandre M., avocat, il faudrait par exemple modifier la loi. « Aujourd’hui les insultes antisémites sont rattachées au droit de la presse et considérées comme un parjure de presse. Il faudrait faire rentrer ce délit dans le droit commun. Cela permettrait de pénaliser plus rapidement et facilement des auteurs d’injures antisémites. »

Toutes les personnes interrogées attendent maintenant des actions concrètes du gouvernement. Ce mardi soir, aucune personnalité politique ne s’est exprimée sur la place de la République. La parole a été laissée aux enfants de l’école Paul Valérie et une minute de silence a été observée avant que la foule ne se disperse peu avant 21 heures.