VIDEO. Manifestation des jeunes pour le climat: «On sèche les cours car cela ne sert à rien d’y aller si on n’a pas d’avenir»

MOBILISATION Lycéens et étudiants d’Ile-de-France ont séché les cours ce vendredi après-midi pour manifester devant le ministère de la Transition écologique et solidaire pour le climat.

Marie de Fournas

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Les jeunes dans la rue vendredi 15 février pour le climat à Paris.
Les jeunes dans la rue vendredi 15 février pour le climat à Paris. — M.F/ 20 Minutes
  • Une manifestation non officielle pour le climat était organisée à Paris ce vendredi après-midi par des étudiants et des lycéens d’Ile-de-France.
  • La plupart avaient choisi à contrecœur de sécher les cours pour scander leurs revendications devant le ministère de la Transition écologique.
  • L’action s’inscrit dans le mouvement mondial « Friday for Future » prévu chaque vendredi jusqu’au 15 mars.

« Moi Maths, elles Espagnol ». Ce vendredi après-midi Elise, Marie et Annabelle ont choisi de sécher les cours pour venir manifester. Inspirés par le mouvement mondial « Friday for Future », un collectif d’étudiants a appelé la « génération climat » à se rassembler devant le ministère de la Transition écologique et solidaire à Paris. Objectif : se réunir ainsi chaque fin de semaine jusqu’au 15 mars et adresser une revendication écologique au gouvernement.

Munies d’une pancarte sur laquelle elles ont dessiné la Vénus de Botticelli encerclée de déchets, les trois élèves de terminale au lycée Hélène-Boucher dans le 20e assurent ne pas louper les cours de gaieté de cœur. « C’est triste que l’on soit obligé de faire ça pour se faire entendre », soupire Marie. « Mais je trouve cela plus sensé de sécher pour défendre le climat, que de rester les bras croisés à ne rien faire », complète Annabelle. « Une absence, même justifiée, c’est marqué dans notre dossier et cela comptera plus tard pour Parcoursup. J’en suis consciente, mais c’est mon choix », affirme Faustine. Un choix motivé par une peur commune du futur : « 55 °C en 2055, vous serez mort pas nous », peut-on lire sur une pancarte.

Les jeunes dans la rue vendredi 15 février pour le climat à Paris.
Les jeunes dans la rue vendredi 15 février pour le climat à Paris. - M.F/ 20 Minutes

« Même Dauphine est en grève, putain, réveillez-vous »

« On a fait des marches, mais ça n’a pas été assez efficace. Là on envoie un signal plus clair : on sèche les cours car cela ne sert à rien d’y aller si on n’a pas d’avenir », explique Basile, étudiant en Master en affaire internationale et développement à Paris Dauphine. Sur l’immense pancarte qu’il brandit, l’inscription « Même Dauphine est en grève, putain, réveillez-vous ». Une soixantaine d’étudiants de l’université ont fait le déplacement. « C’est du jamais vu ! On est une fac où les étudiants ne se mobilisent jamais, d’ailleurs pour certains, c’est la première manif », assure Camille étudiante en Master public qui reconnaît elle-même son récent militantisme pour le climat.

Les jeunes dans la rue vendredi 15 février pour le climat à Paris.
Les jeunes dans la rue vendredi 15 février pour le climat à Paris. - M.F/ 20 Minutes

Sciences-Po, faculté de Nanterre, école Alsacienne, lycée Charlemagne… De nombreux établissements et facultés parisiens, mais également d’Ile-de-France, sont représentés. « Cette manifestation, c’est surtout le moyen de rencontrer d’autres jeunes pour créer des communautés et un réseau afin de lancer un mouvement », explique Benjamin, élève au lycée Balzac, pendant que son amie lui scotche aux poignets des canettes remplis de petits cailloux pour faire encore plus de bruit. Dans la foule, les premiers contacts se (re) lient déjà.

« Les utopistes, ce sont ceux qui pensent que l’on peut continuer comme ça »

Plus loin un petit groupe venu de trois lycées différents s’est formé. Tous ont l’impression que leur avis ne compte pas. « On a le sentiment de pas être pris au sérieux, qu’on n’a pas d’opinion, qu’on est là pour sécher. Mais moi je m’informe sur tout ce qui se passe, je fais mes petites actions à mon niveau, sauf que ça ne suffit pas, il faut des actions du gouvernement », assène Nadim 15 ans. « Il y a ce regard des adultes qui nous voient et se disent "ah ils sont sympas, mais un peu utopiste, ils ne connaissent pas la réalité de la vie". Les utopistes, ce sont ceux qui pensent que l’on peut continuer comme ça », ajoute Basile, 21 ans.

Les jeunes dans la rue vendredi 15 février pour le climat à Paris.
Les jeunes dans la rue vendredi 15 février pour le climat à Paris. - M.F/ 20 Minutes

Du coup, leur voix, ils comptaient bien à ce que le gouvernement l’entende cette après-midi. « On est plus chaud, plus chaud, plus chaud que le climat », hurle la foule devant les portes du ministère. Brune Poirson, secrétaire d’Etat à la transition écologique et solidaire finit par sortir. Dans le mégaphone d’un des manifestants elle explique qu’il faut qu’une discussion soit « organisée ». En effet, aucune demande n’a été déposée à la préfecture pour ce rassemblement. D’ailleurs, les forces de l’ordre, aussi pacifistes que les jeunes manifestants, ne laissent personne sortir du cercle qu’ils ont formé avec leurs camions autour du rassemblement. « Cette manifestation est illégale, vous ne bénéficiez donc pas de votre liberté de circulation », réplique l’un des policiers à des lycéens qui tentent de partir.

Un désagrément, qui n’entache en rien la motivation des lycéens et étudiants présents. Toutes les personnes interrogées ont assuré qu’elles comptaient revenir les vendredis suivants. Tous espèrent que le mouvement prendra aussi bien que dans les autres pays d’Europe et que cela fera surtout réagir le gouvernement sur les questions écologiques.