Paris: «Parloirs sauvages», «vis-à-vis»… Le quotidien «gêné» des riverains de la prison de la Santé

REPORTAGE La prison parisienne située dans le 14e arrondissement a rouvert ses portes il y a un mois, après quatre années de fermeture pour travaux

Romain Lescurieux

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L'entrée de la prison de la Santé, rue de la Santé (14e arrondissement)
L'entrée de la prison de la Santé, rue de la Santé (14e arrondissement) — R.LESCURIEUX / 20Minutes
  • D'une capacité initiale de 808 places, dont 100 en semi-liberté, la prison de la Santé pourrait atteindre rapidement un taux d'occupation de 150%.
  • «Parloirs sauvages», «vis-à-vis», «attroupements»... Des riverains se plaignent des nuisances de l'établissement pénitentaire. 

Côté nord, un prénom est crié à plusieurs reprises depuis l’enceinte de la prison. Côté sud, des enfants jouent dans la cour de l’école maternelle. C’est l’heure de la récréation. Côté est, un petit groupe fume une cigarette au pied de leur immeuble situé au 57, rue de la Santé, dans le 14e arrondissement de Paris. « Nous n’avons rien à signaler. Ça se passe bien de ce côté », s’accordent à dire deux hommes et une femme. En face d’eux, sur un imposant mur en pierre, des lettres grises ornées d’un drapeau français s’affichent : « Centre pénitentiaire de Paris la Santé ».

La célèbre prison parisienne connue pour avoir accueilli Alfred Dreyfus, Carlos, Jacques Mesrine, Yvan Colonna ou encore Jérôme Kerviel a rouvert ses portes il y a un mois, après  quatre années de fermeture pour travaux. D’une capacité initiale de 808 places, dont 100 en semi-liberté, l’établissement pourrait atteindre rapidement un taux d’occupation de 150 %. Les riverains – certains inquiets au moment de cette ouverture – restent divisés sur le sujet d’une telle prison en centre-ville.

« Il aurait fallu une consultation »

« Il aurait fallu une consultation des Parisiens ou au moins des riverains du quartier », déplore Fabrice, 57 ans, en promenant son chien. « C’est immense. On aurait pu s’en passer. Ça aurait été mieux à l’extérieur de Paris », ajoute-t-il. Et de préciser « ou alors, on aurait pu diviser l’espace. On aurait pu en faire un musée, un musée des prisons par exemple, et garder le quartier des semi-libertés ». Quoi qu’il en soit, pour ce riverain, le résultat actuel n’est pas « satisfaisant ».

« Les gens dans les cellules voient dans les appartements des gens. Ce n’est agréable pour personne. Et ce, en plus des lumières, du bruit et des travaux qui ont été importants et qui ont touché aux fondations des immeubles. Heureusement ça n’a rien abîmé », conclut-il. Si les riverains de la rue de la Santé, n’ont globalement rien à signaler, dans les trois autres rues autour de l’enceinte, c’est un autre son de cloche. Notamment côté ouest, rue Messier, où le quartier des semi-libertés est en vis-à-vis direct avec les appartements.

Parloirs sauvages et attroupements

« L’environnement a changé. Il y a une ambiance tendue et une inquiétude de la part des riverains », soupire Anne-Laure Peugeot, présidente de l’association des riverains de la Santé. « Parloirs sauvages », « attroupements »… Anne-Laure Peugeot déplore que « la surveillance du quartier ne soit pas la même qu’avant les travaux ». « Des prisonniers en semi-liberté se retrouvent dans la rue entre 18h et 20h avant de rentrer en prison. Ils interpellent les gens. L’ambiance est particulière. Mon fils ne passe plus par cette rue », assure-t-elle. L’association a demandé qu’une ronde de police soit effectuée autour de la prison, « comme c’était le cas avant la fermeture », précise-t-elle.

Informée, la directrice de la prison doit faire la demande en ce sens. Anne-Laure Peugeot déplore aussi les parloirs sauvages, de plus en plus importants, quotidiennement, de jour comme de nuit. Et les discussions entre les détenus, de fenêtre à fenêtre.

Concernant le vis-à-vis, l’association a demandé que des rideaux soient installés aux fenêtres des cellules. En attendant une réponse, certains détenus installent leurs couvertures ou des matelas. « Eux, comme nous, sommes gênés par ce manque d’intimité », déplore Anne-Laure Peugeot. Mais des aménagements ont tout de même été effectués et certains points évoluent.

« Il n’y a pas encore beaucoup de résultats »

Une bâche a notamment été installée sur la grille de l’école maternelle, les grands spots qui éclairent la prison ne sont plus allumés la nuit mais remplacés par des néons. Enfin, le brouillage des téléphones des détenus qui entraînait des problèmes techniques sur le Wifi des riverains semble résolu. « Un technicien est passé dans les immeubles. Depuis cette semaine, je n’ai pas eu de remontées », commente Anne-Laure Peugeot.

Mais face « au peu de résultats », l’association des riverains de la Santé organise samedi prochain, une assemblée générale pour décider des modes d’actions à mettre en place pour obtenir d’avantage « d’avancées satisfaisantes ». A la mairie du 14e arrondissement, le cabinet de la maire, indique à 20 Minutes que depuis un mois « tout se passe bien » : « Nous n’avons pas eu de remontées particulières et nous suivons la situation de près. »