Sarcelles: Trop de femmes au conseil municipal, on revote après un acte «mesquin» et «déplorable»

JUSTICE Le maire de Sarcelles, une avocate du barreau de Paris et même Marlène Schiappa fustigent les conseillers municipaux UDI et LREM qui ont fait annuler l’élection du conseil municipal parce qu’il comptait plus de femmes que d’hommes

Marie de Fournas

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Le conseil municipal de Sarcelles comptait trop de femmes pour respecter la parité.
Le conseil municipal de Sarcelles comptait trop de femmes pour respecter la parité. — RENAUT THEO/SIPA
  • A Sarcelles, deux conseillers de l’opposition UDI et LREM ont déposé un recours pour faire annuler l’élection des adjoints du conseil municipal car avec huit femmes et six hommes, la parité n’était pas respectée.
  • Pour le maire de la ville, il s’agit d’un acte mesquin à des visées politiques et pour l’avocate au barreau de Paris Sophie Soubiran, cela va à l’encontre de l’esprit de la loi sur la parité homme-femme.

« Aller devant un tribunal pour qu’il y ait une femme en moins au conseil municipal, c’est mesquin et pas vraiment d’une grande envergure politique. » Plus d’une semaine après la décision de justice, Patrick Haddad, le maire de Sarcelles ne digère toujours pas la démarche de deux membres de l’opposition. Le 31 janvier dernier, le tribunal a donné raison aux membres de l’opposition Chantal Grolier (UDI) et David Grandon, adhérent LREM, qui avaient déposé un recours pour faire annuler l’élection du conseil municipal de Sarcelles sous prétexte qu’il ne respectait pas la parité. En effet, celui-ci comptait six hommes et… huit femmes.

« Pour une fois que c’était l’inverse, déplore l’avocate au barreau de Paris, Sophie Soubiran, invitée par 20 Minutes à réagir sur le sujet. Cela va à l’encontre de l’esprit de la loi. Dans le cas présent, la loi est utilisée pour lui faire faire l’inverse de ce pour quoi elle a été adoptée. » En effet, l’avocate rappelle que la loi sur la parité homme-femme a été votée en 2000 pour permettre une meilleure représentation politique des femmes en France, alors que la situation était « abominable ».

« Une volonté de déstabiliser »

« J’interprète la démarche de ces deux opposants comme une volonté de déstabiliser à 14 mois des élections municipales. Toute mon équipe a trouvé ça déplorable et pas très élégant », confie à 20 Minutes, Patrick Haddad (PS) qui a remplacé le 5 décembre dernier l’ancienne maire de la ville. « Si on m’incluait dans le calcul paritaire, il n’y aurait plus qu’un écart d’un », souligne celui qui devra tout de même procéder à un nouveau vote lors du prochain conseil municipal ce lundi.

Interrogée par Le Parisien, Chantal Grolier s’est défendue en martelant que la loi c’était la loi. « Si cette liste avait comporté plus d’hommes que de femmes, on aurait fait la même chose, a-t-elle assuré. La parité doit aller dans le même sens pour tous, il ne doit pas y avoir de différences. »

« Je ne trouve pas ça normal »

Un avis que ne partage pas la secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les femmes et les hommes. Suite à la décision du tribunal, le maire de Sarcelle avait déclaré sur Franceinfo : « Je me demande ce que pense Marlène Schiappa du fait qu’un élu LREM saisisse la justice et utilise la loi sur la parité, destinée à promouvoir la présence des femmes en politique, pour contraindre une femme à démissionner de ses fonctions. ». « Je ne trouve pas ça normal, la loi sur la parité n’a pas été faite pour qu’il y ait moins de femmes en politique », a-t-elle assuré à 20 Minutes en précisant qu’elle ne s’associait pas à cette démarche qui n’engageait que David Grandon.

Malgré tout, Patrick Haddad assure que la femme adjointe qui perdra son poste lors du vote deviendra conseillère déléguée avec les mêmes responsabilités et le même niveau indemnitaire.