Paris: Armement, missions... Quelle tête aura la police municipale voulue par Anne Hidalgo?

SECURITE La maire de Paris Anne Hidalgo a décidé de créer une police municipale en 2020 munie de matraques « Tonfa ». Une décision qui divise les élus parisiens…

Romain Lescurieux

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La maire de Paris Anne Hidalgo. (illustration)
La maire de Paris Anne Hidalgo. (illustration) — STEPHANE ALLAMAN/SIPA
  • Les 3.400 policiers municipaux de la ville de Paris seront munis d’une matraque « Tonfa », de gaz lacrymogène et de gilets tactiques pour, entre autres, assurer la « verbalisation sur la voie publique ».
  • « Evidence », « reconnaissance d’échec », « coup de com » et « coup de canif »… Les réactions des élus parisiens interrogés par 20 Minutes sont partagées.

 

Les temps changent. En 2014, « Paris est la capitale de la France, c’est à la police nationale d’assurer la sécurité », assurait Anne Hidalgo à Nathalie Kosciusko-Morizet lors de leur seul face-à-face de la campagne des municipales. Cinq après, à la suite des résultats d’un audit sur la sécurité, que 20 Minutes a pu consulter, la maire de Paris Anne Hidalgo a décidé ce vendredi de créer une police municipale en 2020 dans la capitale, à près d’un an des élections et au moment où le débat fait rage entre les différents groupes politiques parisiens.

Alors qu’elle avait mis en place en 2016 une brigade de lutte contre les incivilités​, elle décide d’aller plus loin en matière de sécurité. Armement, missions… Comment cette police municipale va-t-elle fonctionner ?

Tonfa et des interventions 24h/24

Cette police municipale sera munie de matraques «Tonfa», une arme « non létale » mais considérée comme dangereuse, pour « lutter contre les infractions du quotidien ». Elle pourra intervenir 24 heures/24. Et ce, afin de « faire respecter la propreté des rues, en luttant contre les dépôts d’ordures ou le vandalisme, assurer la tranquillité publique, en luttant contre les nuisances sonores dans les rues et les espaces verts », a-t-elle expliqué dans un entretien au Parisien. Enfin, cette police « protégera les citoyens dans leurs déplacements, c’est-à-dire veiller à la sécurité des piétons sur les trottoirs, au respect des pistes cyclables et des feux tricolores, ou encore à la bonne application des normes antipollution », a-t-elle ajouté.

Ces 3.400 policiers municipaux seront également munis de gaz lacrymogène et de gilets tactiques pour, entre autres, assurer la « verbalisation sur la voie publique » ou « les nuisances sonores », a précisé la mairie. Un temps évoqué, le « Taser » ne fera finalement pas partie de l’équipement de ces agents.

« Coup de com »

Jusqu’ici la « brigade des incivilités » de Paris issue de la Direction de la prévention, de la sécurité et de la protection (DPSP) forte de 3.300 agents traquaient les jets de mégot par terre, les déjections canines, les terrasses qui débordent, les nuisances sonores. Et pouvaient dresser des PV. Cette brigade était souvent qualifiée de « fausse police municipale » par l’opposition de droite qui la jugeait « insuffisante ». « La création d’une police municipale est une absolue nécessité », notaient dans un communiqué les élus du groupe les Républicains et Indépendants au Conseil de Paris.

« A quelques mois des élections municipales, Anne Hidalgo fait encore un coup de com et cumule les postures électoralistes. Elle annonce la création d'une police municipale alors qu’elle en a toujours refusé le principe. Et cette police n’aura ni les compétences ni les moyens de lutter efficacement contre l’insécurité qui n’a cessé de s’aggraver à Paris depuis que cette majorité gère la ville », s’alarme auprès de 20 Minutes, Florence Berthout, présidente du groupe d’opposition. Plus récemment cette brigade était critiquée par La République en Marche, qui ironise aussi sur cette récente annonce.

Les agents de la DPSP signalent notamment les déchets abandonnés
Les agents de la DPSP signalent notamment les déchets abandonnés - R.LESCURIEUX

« Je suis contente qu’elle finisse par se rendre à l’évidence »

« C’est un modèle qui est aujourd’hui peu visible. Des services ont été rassemblés mais il y a un manque de formations et un manque de visibilité et de crédibilité. En fait, avec cette décision, qui ne nous surprend pas, elle reconnaît son échec », explique à 20 Minutes, Pacôme Rupin, député et porte-parole de LREM Paris, qui souhaite faire de la police municipale une des « promesses phares » de leur campagne à venir, en mettant en place une police municipale – avec certains agents armés – par arrondissement, directement sous l’autorité de chaque maire. « Aujourd’hui, quasiment toutes les grandes villes ont une police municipale, il est temps que Paris en adopte une. » D’autres Marcheurs se félicitent de cette décision.

« Madame Hidalgo vient de changer subitement d’avis sur la police municipale, à laquelle elle s’était toujours opposée par dogmatisme. Je me réjouis pour les Parisiens […]. Mais j’ai une petite pensée pour la majorité de la maire, en particulier les élus verts et communistes, qui n’ont pas été consultés et apprennent par la presse cette décision autoritaire, avec laquelle ils ne sont absolument pas d’accord. J’y vois de la part de la maire un besoin urgent de faire parler d’elle dans un contexte où les Parisiens sont davantage intéressés, ce qui est normal, par la construction de l’avenir du pays à travers le grand débat national​ », commente Marie-Laure Harel, conseillère de Paris LREM. 

Un Conseil de Paris sous haute tension

Hausse des cambriolages, agressions, vols, présence de toxicomanes dans certains quartiers ou trafic de drogues : face aux nombreux problèmes, la maire de Paris avait demandé en juillet un audit sur la sécurité dans la capitale, jusqu’alors assurée par les policiers de la préfecture de police et les militaires de l’opération Sentinelle. Mais de nombreuses voix ont commencé s’élever notamment face à volte-face de la maire de Paris.

Les élus écologistes de Paris, opposés au projet, s’inquiétaient récemment de l’armement de cette police et « la possibilité pour le préfet de les réquisitionner pour épauler la police nationale ». Le groupe communiste-Front de gauche au Conseil de Paris également contre cette création d’une police municipale estimait que « ce sont plus de policiers nationaux qu’il faut pour Paris ». Ce vendredi, la pilule passe très mal.

« Nous avons toujours été opposés à la création d’une police municipale à Paris. Le revirement de la maire est un coup de canif dans le contrat de confiance de la majorité », déplore auprès de 20 Minutes, Nicolas Bonnet Oulaldj, président du groupe. Les élus écologistes, génération.s et communistes au Conseil de Paris déplorent ce soir «une erreur». «Nous voyons, dans cette décision, un recul idéologique et une démarche de court terme, à laquelle nous ne pouvons ni ne voulons souscrire », indiquent-ils.

La mesure, présentée aux chefs de file des groupes élus vendredi, sera abordée lors du prochain Conseil de Paris qui démarre le 4 février. Une discussion sous haute tension est à prévoir.