Projet DAU à Paris: «Chimérique», «parallèle», «spirituel»… On n’a pas tout capté mais c’est cool

CULTURE Le projet artistique DAU se dévoile au public ce jeudi jusqu’au 17 février. Une première mondiale qui propose un univers parallèle et soviétique permanent en plein Paris…

Romain Lescurieux

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Image tirée de l'oeuvre DAU
Image tirée de l'oeuvre DAU — Olympia Orlova
  • Le projet artistique DAU « hors-norme » se déroule dans les théâtres de la Ville et du Châtelet ainsi qu’au Centre Pompidou.
  • Pour ce projet, il n’y a pas de billet, mais un visa pour un « séjour » de 6 heures, de 24 heures, ou d’une durée illimitée. Il est à retirer auprès des « autorités » après inscription et questionnaire psychométrique et psychologique.
  • DAU est né dans l’esprit du réalisateur russe Ilya Khrzhanovsky il y a 12 ans et c’est aussi 13 longs-métrages.

Résumer le projet artistique DAU en 4.000 signes pour 20 Minutes ne relèverait-il pas du projet DAU ? Fou, un poil présomptueux, flou, déconnecté de la réalité, à la limite de l’impensable. Mais voilà, le chef de la rubrique culture a essayé de comprendre cette œuvre « totale et radicale » dans cet article : Coup de génie artistique ou escroquerie? L'ovni DAU débarque à Paris (et on n'a pas bien compris de quoi il s'agit). Combatifs, nous avons décidé de nous y rendre directement, pour retenter de percer le mystère. Ouvrez vos chakras, prenez éventuellement de l’ayahuasca, on y va.

Image tirée de DAU
Image tirée de DAU - Phenomen IP, 2019

Visas, Truman Show et « poche fictionnelle »

On ne va pas se mentir, on n’était pas prêt à ça et un poil dépourvu de quelques codes en vigueur dans le milieu. Le public de ce mercredi, – principalement des journalistes et les équipes techniques du projet – réuni place du Châtelet sous une neige battante, semble porter l’art avec un grand A, sur eux, sur le bout de leurs lèvres. « C’est un univers parallèle », entend-on là, « une poche fictionnelle », capte-t-on ici. On a vu que le Guardian compare l’expérience – qui débute ce jeudi pour un mois – à un Truman Show « totalitaire ». Mais concrètement ?

Concrètement, un « visa center » est ouvert place du Châtelet. Car chez DAU, ce projet dit « hors-norme », il n'y a pas de billet, mais un visa – pour un « séjour » de 6 heures, de 24 heures, ou d’une durée illimitée. Il est à retirer auprès des « autorités » après inscription et questionnaire psychométrique et psychologique afin que « chaque visite soit entièrement unique ». Après avoir laissé son téléphone portable au vestiaire, le public a dès lors accès à un autre monde, un territoire à part, en l’occurrence soviétique, avec son Institut de physique, qui s’étend dans deux théâtres en travaux actuellement (ceux du Châtelet et de la Ville) et au Centre Pompidou. Là, un appartement accueille notamment 24h/24 et 7 jours/7 des scientifiques qui vivent et travaillent sans discontinuer sous les yeux du public. C’est tout ? Evidemment, non.

« Un système plus qu’une œuvre d’art »

DAU – qui est né dans l’esprit du réalisateur russe Ilya Khrzhanovsky il y a 12 ans –, c’est aussi 13 longs-métrages qui « nécessitent un véritable engagement psychologique et physique », des posters de Lénine, des dortoirs, des conférences sur la physique quantique, une création musicale originale, la censure. Des personnages – spécialistes des théories des cordes ou des chamans – sont présents pour échanger, dans des décors que peut toucher et s’approprier le public. Le tout pour une véritable « expérience sociale ». A noter qu’un sex-shop est ouvert dans l’une des pièces d’un des théâtres, avec films pornos, poupée gonflable et gadgets.

« C’est davantage un espace fantasmatique », recadre un membre de l’équipe qui rappelle aussi que les personnages, vus dans les films ou croisés dans les couloirs, n’en sont pas : « Ce sont des participants comme vous et moi. » A ce moment précis, on se sent un peu partir vers Les Portes de la perception.

« Ce que vous voyez se situe entre la fiction et la réalité. C’est la matière même de ce projet qui joue aussi avec la vérité. Nous sommes dans un système plus qu’une œuvre d’art », débite Martine d’Anglejan-Chatillon, productrice exécutive. Mais au fait, c’est quoi DAU ? « C’est une référence au Prix Nobel de physique russe Lev Landau surnommé Dau. Un personnage extrême qui vivait de façon très libre. » Voilà, on y est. On est bien. « Et c’est en participant qu’on comprend ce que DAU est. Sans trop réfléchir mais en sentant ce qu’il représente pour soi », conclut-elle.

DAU a-t-il une fin ?

Pour ne pas se paumer (si toutefois vous n’avez pas déjà décroché de cet article), l’installation va être signalée dans les cieux de Paris par le Triangle Rouge, un triangle lumineux inspiré par l’avant-garde russe et reliant les trois lieux.

Enfin, quand s’achève DAU ? Officiellement, le 17 février. Enfin, ça… c’est la réponse de notre monde « réel » car « DAU est sans fin, inépuisable, à l’image de l’exploration de l’âme humaine entreprise par Ilya Khrzhanovsky », nous indique-t-on. La vraie vie était-elle là ? Ruth Mackenzie, directrice artistique du théâtre du Châtelet, sourit dans l’une des pièces. « L’art gagnera toujours », dit-elle.

 

Tarifs: Visa de 6 heures, 35 euros (20 euros pour les moins de 26 ans). Visa de 24 heures, 75 euros. Visa accès illimité, 150 euros.