«Gilets jaunes» à Paris: Des grapheurs réalisent une fresque sur le mouvement et Christophe Dettinger

STREET ART A l’initiative des grapheurs du mouvement Black Lines, une vingtaine d’artistes ont peint une fresque géante dans le 19e arrondissement de la capitale sur le thème des récentes manifestations des « gilets jaunes »…

Marie de Fournas

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Christophe Dettinger, l'ex-boxer pro accusé d'avoir frappé deux gendarmes, sur une fresque du mouvement Black Lines à Paris.
Christophe Dettinger, l'ex-boxer pro accusé d'avoir frappé deux gendarmes, sur une fresque du mouvement Black Lines à Paris. — Florence Deubel
  • Une fresque de 300 mètres avec pour thème les manifestations des « gilets jaunes » a été réalisé sur un mur du 19e.
  • Parmi les symboles représentés dessus : le boxeur Christophe Dettinger, soupçonné d’avoir agressé deux gendarmes.

Christophe Dettinger, un personnage symbolique ? Le 20 janvier dernier, 25 artistes se sont retrouvés dans le 19e arrondissement de Paris afin de réaliser une fresque géante sur le thème du mouvement de contestation des «  gilets jaunes ». En une journée : graffs, peintures, pochoirs ou encore collages représentant des scènes, des personnalités et des symboles du soulèvement ont recouvert près de 300 mètres de mur de la rue d’Aubervilliers.

« Il y a une partie sur les violences policières, mais aussi sur les casseurs ou les affrontements. Il n’y avait pas de contrainte ou de censure. Chacun était libre de venir et représenter ce qu’il voulait », explique Lask à l’origine de l’initiative avec Itvan K, graffeur lui aussi. En mai dernier, ils ont lancé le mouvement Black Lines qui invite régulièrement des artistes de tous horizons à réaliser de grandes fresques sur un thème d’actualité.

Peintures engagées ?

« Celle-ci s’appelle “Hiver jaune”, c’est une sorte de mythologie avec tous ses personnages emblématiques, explique Itvan K. On retrouve des policiers et des manifestants anonymes, des caricatures de Macron et du Premier ministre, une Marianne cassée et le boxeur Christophe Dettinger. » L’homme accusé d’avoir frappé deux gendarmes lors d’une manifestation et dont le procès doit se tenir en février, est en effet représenté plusieurs fois.

Lask et Itvan K assurent qu’il n’y a pas de « prise de position ou une incitation à la haine » et insistent sur le fait que la plupart des peintures sont tout simplement inspirées d’images vues dans la presse ou sur Internet. Mais comme le propre d’une œuvre d’art est aussi d’exprimer la pensée de son auteur certains artistes affichent ouvertement leur point de vue.

« Un vrai boxeur ne se bat pas dans la rue sans y avoir été contraint »

« J’ai choisi de représenter Christophe et de lui rendre hommage car son histoire et ses mésaventures avec les forces l’ordre m’ont touchées, explique l’artiste Skalper, auteur de l’une des représentations et lui-même ancien boxeur. Il m’est tout simplement insupportable d’entendre les gens parler des boxeurs comme des voyous ! La boxe est un sport d’humilité et de respect, ceux qui en doutent se trompent ou n’y connaissent rien. Un vrai boxeur ne se bat pas dans la rue sans y avoir été contraint. Il y a bien plus d’humanité, d’élégance et de respect dans ce sport, que chez les gens qui ont forcé Christophe à mal agir et être incarcéré. »

La fresque témoigne également de la résonance des images du boxeur au-delà des frontières de l’hexagone. On le retrouve par exemple dans la peinture de l’artiste Ukrainien Miaki qui compare le mouvement à la révolution Maïdan en Ukraine en 2014. Parmi les autres oeuvres engagées : des caricatures d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe ou la peinture zoomorphique et son slogan « Le peuple est traité comme un chien pendant que les porcs se gavent », montrant des chiens « gilets jaunes » affronter un cochon en chapeau haut de forme.

« Un moyen de lutte »

Ce n’est pas la première fois que le mouvement des « gilets jaunes » inspire des street artists. Début janvier, Pboy avait réinterprété à la sauce « gilets jaunes » le célèbre tableau de Delacroix La Liberté guidant le peuple, également sur un mur de la rue d’Aubervilliers. « Tout simplement parce que c’est un événement majeur », explique Lask et qu’il « se renouvelle en permanence dans sa forme en échappant aux façons traditionnelles de manifester et de se manifester », complète Itvan K. Sur son compte Facebook, le mouvement Black Lines, explique utiliser la peinture comme « un moyen de lutte » et les fresques comme une façon « de s’inscrire dans ce mouvement de contestation des pouvoirs en place ». Une fresque sur le thème des réfugiés a ainsi été réalisée lors de la polémique autours de l’Aquarius et une sur le climat à l’occasion de la marche pour le climat.