Vie en entreprise : La start-up Mooncard déclare la guerre aux notes de frais

Innovation Une start-up parisienne a déclaré la guerre aux notes de frais via une carte bancaire et une application. Elle vient de lever 5 millions d’euros avec l’espoir d’équiper 200.000 salariés…

Yasmina Cardoze

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Mooncard propose une solution de paiement destinée aux entreprises.
Mooncard propose une solution de paiement destinée aux entreprises. — Mooncard

Vous allez pouvoir dire adieu aux notes de frais. C’est en tout cas la promesse de la start-up Mooncard qui allie solution de paiement et outil de comptabilité. Sa carte bancaire paramétrable est associée à une application et un cloud sécurisé.

Moyennant un abonnement, les entreprises peuvent équiper leurs salariés de cette solution. Une fois le déjeuner ou ordinateur payé via la Mooncard, l’employé reçoit un SMS. Avec un lien, il ouvre l’application, vérifie les données préremplies à l’aide des informations de paiement, photographie son justificatif et le tour est joué. Plus besoin de passer une après-midi à rassembler ses factures.

Une solution unique en France

Lorsque Tristan Leteurtre, alors à la tête de l’entreprise de télécom Anevia, a décidé de se lancer dans la création d’une start-up, il a été animé par son ras-le-bol des notes de frais. Avec son associé, Damien Metzger, spécialisé dans le développement de sites de vente en ligne, ils ont toqué à la porte des banques européennes. C’est Wirecard, un fournisseur de paiement allemand qui les a accompagnés et leur a permis de décrocher un partenariat avec Mastercard. LA Mooncard peut ainsi être utilisée partout dans le monde. Toute leur technologie a ensuite été développée en interne pour élaborer un produit unique en France.

 

Il a ensuite fallu démarcher des entreprises, celles ayant entre 5 et 5.000 employés, car elles utilisent le plus souvent des tableurs fastidieux. Mais depuis la commercialisation à l’été 2017, de grands groupes ont aussi choisi Mooncard. Tristan Leteurtre cite Vinci ou Air France. « On relève aussi des utilisations inattendues, relève le CEO. Des conciergeries de luxe qui font des achats pour leurs clients ou une société d’aménagement qui confie une carte à ses ouvriers pour acheter les matériaux. On a aussi beaucoup d’agences événementielles. »

Eviter la fraude

C’est le cas de Weezevent. A sa tête, Pierre-Henri Deballon, dont les employés utilisent cette solution depuis deux ans. Son entreprise propose une solution de billetterie pour les organisateurs d’événements. Lassés de devoir imprimer un fichier Excel, le remplir, y agrafer leurs justificatifs de paiement puis glisser le tout dans une enveloppe, ils lui ont présenté cette méthode. « J’ai été dur à convaincre, estime le CEO, mais je ne regrette pas d’avoir pris cette décision. Ça fait un gain de temps et une sécurité. » S’il n’avait pas constaté de cas de fraudes auparavant, il a désormais l’esprit plus tranquille. « Avant on pouvait falsifier les tickets en effaçant une date ou dire que quelqu’un d’autre avait payé, ce n’est plus le cas », argumente Hanane Dinaoui, responsable commerciale de Mooncard.

 

« C’était beaucoup plus lourd avant », note par ailleurs Pierre-Henri Deballon. Il suffit d’un clic pour déterminer un plafond de paiement, autoriser les achats dans certains commerces, ou durant certaines plages horaires. Le système n’est pas tributaire d’une banque, les modifications sont donc appliquées en temps réel.

Tristan Leteurtre, CEO de Mooncard et Hanane Dinaoui, responsable commerciale.
Tristan Leteurtre, CEO de Mooncard et Hanane Dinaoui, responsable commerciale. - Yasmina Cardoze

 

Du temps pour les comptables

Weezevent verse environ 2 000 € par an, sous forme d’un abonnement mensuel, pour équiper une trentaine de collaborateurs. Les cartes sont facturées à partir de 15 € par mois, comme pour une carte bancaire d’entreprise. Mais au lieu d’aller à Mastercard, la commission bancaire va à la start-up qui peut ainsi se rémunérer.

 

Le CEO de Weezevent ajoute : « Il n’y a pas eu de perte d’emploi au service comptabilité, on a pu leur confier des tâches à plus forte valeur ajoutée. » Tristan Leteurtre précise qu’il y a actuellement une « pénurie de recrutement » dans les cabinets de comptables. « Quand ils recrutent des jeunes, ils n’aiment pas être collés à agrafer des tickets, ils préfèrent faire du conseil et de l’accompagnement. »

Un outil efficace

« Maintenant, on a 98 % de notes de frais transmises ainsi, estime Pierre-Henri Deballon. Les 2 % restants ce sont des oublis. Avant c’était plutôt autour de 10 % de notes de frais manquantes et on s’en apercevait au moment d’un audit, alors que là c’est immédiat. On peut relancer très vite et il n’y a aucune note de frais de perdue. Ce qui évite aussi de se faire redresser par l’administration fiscale… » Il apprécie aussi la multiplicité d’outils « très utiles et bien pensés ».

 

A l’avenir, grâce à sa levée de fonds effectuée mardi, Mooncard devrait se doter de nouvelles fonctionnalités, comme davantage d’intelligence pour aller chercher des justificatifs de paiement dans les mails des utilisateurs. La start-up compte aussi recruter. Surtout, elle espère équiper 200.000 salariés en France d’ici trois ans.