Extrait de

DOCUMENTAIRE

«Mon incroyable 93», le documentaire qui donne envie de passer ses vacances en Seine-Saint-Denis

En 2016, Wael a passé un mois de vacances en Seine-Saint-Denis. Un voyage filmé, diffusé aujourd’hui dans plusieurs cinémas et qui montre des facettes méconnues du «9-3»…

  • Mon incroyable 93 est un documentaire sur des vacances dans le département.
  • L’objectif du réalisateur et du producteur : inviter les spectateurs à découvrir le 93 sous un autre jour.

« Sans cliché, ni scénario » pourrait résumer sur le fond et la forme le documentaireMon incroyable 93. « C’est le film de mes vacances en Seine-Saint-Denis » comme le présente son réalisateur Wael Sghaier. C’est à la fin de son master tourisme, lors d’un stage au comité départemental du tourisme de la Seine-Saint-Denis, que le jeune homme propose un tour du 93 comme projet de fin d’étude. « Je voulais avoir les armes pour défendre mon territoire que je connaissais mal. Montrer qu’il s’agit d’un département comme une autre. Ce tour j’aurais tout aussi bien pu le faire en Corrèze 

Un blog d’abord, qui victime de son succès deviendra un projet cinématographique. « Je suis allé voir Nabil Habassi, fondateur de l’agence de productions audiovisuelles 60sfilmz et je lui ai dit : "J’ai rien écrit, j’ai jamais tourné, mais j’ai envie de le faire". Il a accepté d’être mon producteur. Il est sympa ! » Pour Nabil Habassi, originaire de Stains, ce documentaire était aussi un moyen de « montrer que le 93 c’est autre chose que les 90 % de Google alerte que l’on reçoit ». C’est donc sans parcours préalablement établi et sans avoir jamais touché une caméra de sa vie que Wael Sghaier est parti à la rencontre de son département en mai 2016. Le résultat était diffusé le 15 janvier dans la salle quasiment comble du cinéma Paul Eluard de Stains.

Berger de Bagnolet et chanteurs torse nu du Blanc-Mesnil

Le documentaire est une succession de rencontres sans vraiment de liens entre elles. On passe d’un pêcheur en jogging à Neuilly-sur-Marne qui nous explique comment il pêche la carpe à des chanteurs gueulant torse nu dans un grarage du Blanc-Mesnil, en passant par le berger de Bagnolet qui promène ses chèvres en pleine rue. A part le nom de la ville, aucune adresse n’est donnée, le contexte non plus. On ne comprend pas toujours exactement de quoi il s’agit, les plans bougent un peu, ce n’est pas toujours parfaitement cadré et parfois, quand Wael confie la caméra aux personnes qu’il rencontre, il y a des doigts sur l’objectif. Bref : le brut, le spontané et le naturel sont complètement assumés et visiblement appréciés ce soir.

A la fin du documentaire, les applaudissements pleuvent dans la salle. « J’ai bien aimé le côté naturel et simple, je préfère ça par rapport à ce qu’on voit d’habitude dans les documentaires, commente Aaron, lycéen venu de Garges-lès-Gonesse. On est plus dedans et ça m’a donné envie de faire la même chose dans ma ville ! D’aller faire un tour pour découvrir des lieux. » « C’était vraiment le but, explique Wael Sghaier, donné envie aux spectateurs de découvrir par eux-mêmes ce qu’il y a à côté de chez eux, au bout de la rue, derrière une porte. »

« Je ne savais pas que l’on pouvait y rentrer »

« Ça m’a fait plaisir de reconnaître des lieux, mais aussi d’en découvrir de nouveaux et à seulement cinq minutes de chez moi », s’étonne Nour, habitante de Saint-Denis. Même constat pour Karim qui vit à Stains depuis 34 ans : « Je ne me doutais pas qu’il y avait autant de lieux comme ça. Il y en a d’autres que j’avais déjà vus en passant en voiture, mais je ne savais pas que l’on pouvait y rentrer, je n’y avais même pas pensé. C’est un peu comme vivre à côté de la tour Eiffel, mais n’y être monté qu’une fois, à 26 ans. »

Mais ce soir, Mon incroyable 93 prêchait des convaincus. Agnès et Stéphane qui résident depuis 15 ans à Stains doutent que ce documentaire fasse changer l’avis les gens en dehors du département. « On est tellement stigmatisé. Si on écoute uniquement les infos et que l’on est jamais venu dans le 93, ce n’est pas ce film qui va donner envie de venir visiter la Seine-Saint-Denis. Il ne montre pas assez toutes les choses extraordinaires qui existent. »

Pourtant Wael Sghaier et Nabil Habassi assurent qu’il a été beaucoup plus difficile de convaincre les programmateurs de salles de cinéma en Seine-Saint-Denis que ceux d’Ile-de-France et de province. « En dehors du 93, il y a un côté découverte et surprise car les gens ne se doutent pas forcément qu’il y a tout ça. » Prochaine projection prévue le 31 Janvier à Saint-Ouen au cinéma Espace 1789. Neuf autres dates sont prévues en Seine-Saint-Denis en février, avant que le documentaire ne sorte de son département pour se frotter aux regards de ceux qui ne le connaissent pas.