VIDEO. Explosion à Paris: «Les gens ont des flash-back d’images de destruction, de blessés»

EXPLOSION Depuis l’explosion au gaz de la rue de Trévise, samedi, Gaëlle Abgrall, psychiatre de référence de la cellule d’urgence médico-psychologique du Samu de Paris suit les personnes traumatisées…

Marie de Fournas

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Une vue générale montre les débris et les carcasses de voitures après l'explosion d'une boulangerie au coin des rues Sainte-Cecile et de la rue de Trévise dans le 9e arrondissement de Paris le 12 janvier 2019.
Une vue générale montre les débris et les carcasses de voitures après l'explosion d'une boulangerie au coin des rues Sainte-Cecile et de la rue de Trévise dans le 9e arrondissement de Paris le 12 janvier 2019. — Carl LABROSSE / AFP
  • Vingt-cinq immeubles ont été « directement impactés » par l’explosion de la boulangerie dans le 9e arrondissement, samedi matin.
  • Encore beaucoup d’habitants ne peuvent pas retourner dans leur logement : un stress en plus du traumatisme causé par l’explosion en elle-même.

L’explosion survenue dans une boulangerie du 9e arrondissement de Paris rue de Trévise, samedi, a fait quatre morts, de nombreux blessés, mais aussi laissé des habitants traumatisés et sans logement. Des personnes qui ont afflué dès samedi à la cellule médico-psychologique installée à la mairie du 9e, aujourd’hui fermée.

« Il s’agissait d’une cellule d’urgence, or depuis lundi nous avons principalement des demandes de prises en charge sur le long terme ce qui est tout à fait normal, explique à 20 Minutes Gaëlle Abgrall, psychiatre de référence de la CUMP ​ – cellule d’urgence médico-psychologique – de Paris. Une explosion cela a un caractère brutal, imprévisible et intense. Les gens ont cru qu’ils allaient mourir et étaient impuissants face à cela. C’est une situation qui provoque l’effroi et va créer une blessure psychique. »

Animaux de compagnie laissés dans la précipitation

Le fait que l’explosion ait touché les habitations des personnes ajoute d’autres stress au traumatisme. « Le logement représente l’intime, le lieu de sécurité, explique la psychiatre. En plus du traumatisme, il y a le stress de ne plus avoir de logement et l’incertitude de ne pas savoir quand on en aura un de nouveau. » En effet, la maire de l’arrondissement Delphine Bürkli a rapporté que 25 immeubles avaient été « directement impactés », dont sept « déclarés en péril » laissant 700 personnes sans hébergement « ou dans un hébergement dégradé, c’est-à-dire sans eau, électricité, ni gaz ».

Sans compter que certains ont perdu toutes leurs affaires, papiers d’identité et même parfois animaux de compagnie, laissés dans la précipitation ou qui se sont enfuis lors de l’explosion.

Sentiment de décalage

Le retour à la normale risque également d’être compliqué. En se basant sur des études, la psychiatre estime qu’environ 30 % des personnes impactées seront suivies sur le long terme. « Les gens ont des flash-back d’images de destruction, de blessés, mais aussi des flash-back d’odeurs et de sons qui peuvent survenir à n’importe quel moment. Lorsque cela arrive, c’est comme si les personnes revivaient ce qui s’était passé. Cela peut influer sur le travail, la vie sociale ou familiale. » Gaëlle Abgrall souligne que dans ces moments, le plus dur peut être le décalage avec les personnes qui n’ont pas vécu l’événement et sont souvent passées à autre chose. « Cela crée un sentiment d’étrangeté par rapport à soit. On a l’impression de devenir fou, que l’on est bizarre et que l’on ne s’en sortira jamais. »

C’est pourquoi la psychiatre encourage ceux qui ne l’ont pas encore fait à consulter. La cellule d’urgence ouvrira d’ailleurs à nouveau ses portes samedi et dimanche à la mairie du 9e. « Dans l’urgence beaucoup de personnes ont d’abord pensé à se reloger ou aux aspects administratifs et ne s’autorisent que maintenant à aller consulter. » Une dizaine de psychiatres, psychologues et infirmiers seront présents pour recevoir le public de 10 heures à 17 heures.