Explosion à Paris: Au lendemain du drame, les pompiers sécurisent le secteur

REPORTAGE Une violente explosion dans une boulangerie du 9e arrondissement, probablement causée par une fuite de gaz, a fait quatre morts et de nombreux blessés samedi à Paris...

Anissa Boumediene

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Ce dimanche, au lendemain de l'explosion d'une boulangerie rue de Trévise à Paris, les sapeurs-pompiers étaient toujours à pied d'oeuvre et poursuivaient les opérations de sécurisation du secteur.
Ce dimanche, au lendemain de l'explosion d'une boulangerie rue de Trévise à Paris, les sapeurs-pompiers étaient toujours à pied d'oeuvre et poursuivaient les opérations de sécurisation du secteur. — A. Boumediene / 20 Minutes
  • Une violente explosion s’est produite samedi matin dans une boulangerie située rue de Trévise, dans le 9e arrondissement parisien.
  • Le dernier bilan fait état de quatre personnes décédées, neuf blessés graves et quarante-cinq blessés légers.
  • Ce dimanche, au lendemain de l’explosion, le quartier porte les stigmates du drame.

Des fenêtres soufflées, des vitrines explosées, le sol jonché de débris et d’éclats de verre brisé. Dans la rue de Trévise et ses abords, c’est tout un quartier qui porte les stigmates du drame, au lendemain de l’explosion d’une boulangerie qui, selon le dernier bilan provisoire, a coûté la vie à quatre personnes et fait 9 blessés graves et 45 blessés légers.

Les sapeurs-pompiers toujours à pied d’œuvre

« Sauver ou périr ». Fidèles à leur devise, les sapeurs-pompiers de Paris sont toujours à pied d’œuvre ce dimanche rue de Trévise. Alors que deux des leurs ont perdu la vie dans l’explosion – le caporal-chef Simon Cartannaz et le sapeur de première classe Nathanaël Josselin, les soldats du feu parisiens poursuivent les recherches pour retrouver une personne manquante. En fin de matinée, c’est le corps sans vie d’une femme qu’ils sortent des décombres.

A la mi-journée, le commandant Eric Moulin, commandant de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, vient annoncer à la presse présente sur les lieux le dernier bilan de l’accident. « Je vous confirme que nous avons découvert une femme décédée sous les décombres, déclare-t-il. Après tous les efforts des pompiers de Paris liés à sa recherche, elle a succombé à ses blessures, ce qui porte le bilan provisoire à quatre personnes décédées dont deux pompiers de Paris, neuf personnes dans un état grave dont un sapeur-pompier et 45 blessés légers dont six sapeurs-pompiers ».

Ce dimanche après-midi, ce sont encore 55 sapeurs-pompiers qui restent mobilisés, « que ce soit en équipe de cynotechnie, que ce soit en recherche-sauvetage en milieu urbain ou en exploration de longue durée et en intervention en milieu périlleux », ajoute le commandant Moulin.

Si à ce jour, plus personne n’est porté disparu, « nous allons continuer à chercher d’éventuelles victimes dans chacune des pièces des bâtiments du secteur ». C’est pourquoi, après avoir extrait la dépouille de la quatrième victime, la tâche n’est toujours pas achevée pour les pompiers. « Le travail continue, on continue à sécuriser l’ensemble des façades des bâtiments du secteur, et les bâtiments en eux-mêmes au niveau de la superstructure, jusqu’au sous-sol, de manière à sécuriser ces bâtiments, assurait ce dimanche le commandant Moulin. Nous partirons une fois que tout aura été déblayé pierre par pierre, pour être certains qu’il n’y ait plus personne ».

C’est ainsi que se poursuivent les opérations de sécurisation du secteur. Au niveau de l’immeuble situé en face à la boulangerie, un sapeur-pompier juché au sommet d’une grue arrache gouttières et autres volets fragilisés par la déflagration, autant d’objets qui risqueraient de tomber et faire des blessés.

« Je voulais leur rendre hommage, saluer leur courage et celui de leurs collègues »

A une centaine de mètres du lieu de l’explosion, au niveau du cordon de sécurité, Simeon observe la scène, un bouquet de roses rouges dans les bras et le regard chargé d’émotion. En vacances à Paris avec son épouse, ce pompier britannique à la retraite a tenu à rendre hommage aux deux sapeurs-pompiers décédés dans l’explosion. « Il fallait que je vienne. J’ai été un soldat du feu pendant 32 ans, je sais ce que c’est de perdre des camarades dans ces circonstances, explique-t-il. Je voulais leur rendre hommage, saluer leur courage et celui de leurs collègues, pour qui j’ai beaucoup de compassion ce matin ».

Ses fleurs toujours à la main, Siméon attend depuis plus d’une heure qu’on lui indique un endroit où les déposer et se recueillir. Au bout de quelques minutes, un policier parti se renseigner revient et indique au touriste anglais l’adresse de la caserne de pompiers de Château d’Eau – où les deux sapeurs-pompiers étaient affectés, située à quelques rues de là. Dans son bouquet, Simeon a pris soin de glisser un mot : « RIP to fellow firefighters, from West Yorkshire fire & rescue. UK » (Reposez en paix, camarades sapeurs-pompiers, de la part des pompiers du West Yorkshire, Royaume-Uni).

Les habitants évacués « tant que ce ne sera pas sécurisé »

Sur son chemin, Simeon passe devant quelques commerces dont les vitrines ont été soufflées. Bien que situées à une centaine de mètres de la boulangerie qui a explosé, les vitrines en verre d’une entreprise et d’un restaurant localisés après le cordon de sécurité n’ont pas résisté au souffle de la déflagration. En attendant les vrais travaux de réparation qui ne démarreront probablement pas avant le passage des experts des assurances, on s’affaire à retirer les derniers gros morceaux de verre qui ont résisté, avant de calfeutrer le cadran béant d’une vitrine avec des panneaux de liège. Mais heureusement, les dégâts ne semblent pas trop importants.

Dans ce triste ballet, chacun joue sa partition. Les camions de la Propreté de Paris se mettent en action. Comme pour laver le quartier de sa tristesse, les agents déblayent à la pelleteuse les tas de débris. Au même moment, un homme quitte un immeuble situé dans le secteur bouclé par la police. Les traits tirés, il porte un caddie de marché et un cabas, deux bagages de fortune dans lesquels il a entassé à la hâte quelques vêtements et chaussures, faute de pouvoir regagner son domicile dans l’immédiat.

Tous ceux qui comme lui ont dû quitter en urgence leur domicile ont été relogés par la mairie dans des hôtels parisiens. Car c’est pour eux, ceux qui vivent dans les immeubles situés au plus près de la boulangerie que les choses devraient être plus compliquées, et plus longues aussi. « Les charpentiers de la Ville de Paris, aidés des architectes de sécurité, consolident la structure des bâtiments du secteur », détaille le commandant Eric Moulin, qui reconnaît que « les habitants des bâtiments les plus proches évacués de leur domicile devront attendre un long moment » avant de regagner leur habitation, « tant que ce ne sera pas sécurisé. Après, ce sera l’affaire d’experts qui diront s’ils peuvent ou non retourner chez eux ».