Paris: L'ouverture d'un restaurant par la fille d'un parrain sicilien fait réagir en Italie

SOCIETE L'initiative a fait réagir de l'autre côté des Alpes, où on n'a pas oublié le parrain accusé d'avoir commandité plus de 150 homicides...

20 Minutes avec AFP

— 

Illustration: Une pizza.
Illustration: Une pizza. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA
  • Lucia Riina, 38 ans, la benjamine de Salvatore «Toto» Riina, est un des parrains de la mafia sicilienne.
  • Cette ouverture a fait réagir en Italie.

Une ouverture qui fait polémique. Au mur, des vieilles photos de Corleone, sur les étagères, des bouteilles d'alcool italien... Le restaurant récemment ouvert à Paris par la fille de l'un des plus célèbres parrains de Cosa Nostra cultive l'ambiance sicilienne et fait réagir en Italie.

Le «Corleone»

Lucia Riina, 38 ans, la benjamine de Salvatore «Toto» Riina, un des parrains de la mafia sicilienne décédé en prison en 2017, a nommé l'établissement le «Corleone» d'après le fief historique de la famille. Non propriétaire des lieux, elle a bénéficié du soutien financier d'un de ses amis, Pascal Fratellini, qui possède plusieurs boites de nuit, a-t-on appris auprès de son entourage.

Dans cet établissement situé dans le très chic VIIIe arrondissement de Paris, près du Parc Monceau, les clients viennent déguster une cuisine italo-sicilienne dans une ambiance feutrée: pâtes, poissons et viandes en sauce.

L'initiative a fait réagir de l'autre côté des Alpes, où on n'a pas oublié le parrain accusé d'avoir commandité plus de 150 homicides, condamné à une vingtaine de peines de prison à vie. Surnommé «la belva» (le fauve) pour sa férocité, il a fait régner la terreur pendant près de 20 ans au sein de Cosa Nostra, dont il avait pris le contrôle à partir des années 70. Il avait notamment ordonné les meurtres des juges antimafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino en 1992.

La soeur du juge Falcone, Maria Falcone, a indiqué au Corriere della Sera n'avoir «aucun commentaire à faire» sur la décision de Lucia Riina «d'ouvrir un restaurant», tout en précisant qu'il «appartient à chaque citoyen de décider de s'y rendre ou non».

« Dévastateur »

«Rapprocher le nom de notre ville de celui d'un mafieux est dévastateur», a pour sa part estimé Nicolò Nicolosi, le maire de Corleone, dans le même journal. «Nous devons faire parler à nouveau de Corleone comme une ville de paix et de traditions culturelles. Je vais essayer de contacter le ministère des Affaires étrangères et faire tout ce que la loi me permet: le nom de Riina ne doit pas se trouver à côté de l'emblème de Corleone».

Commune mythique, la ville est devenue célèbre quand le romancier Mario Puzo s'en est inspiré pour nommer son Parrain, porté à l'écran par Marlon Brando dans le film de Francis Ford Coppola.

Interrogé par l'agence de presse italienne ANSA, Pascal Fratellini a démenti vouloir «faire du profit sur (le) nom de famille ou sur les agissements» du parrain mafieux. Contactée par l'AFP, Lucia Riina, n'a pas souhaité s'exprimer.

Cette stratégie marketing n'est pas nouvelle: en décembre 2017, la soeur de Lucia Riina, Maria Concetta Ciavarello, et son mari avaient lancé une marque de café nommée «Zù Totò», «oncle Toto». Projet avorté quelques heures après son lancement en ligne, face à la controverse.