Paris: Video, photo... Comment agir en cas de harcèlement ou d’agression sexuelle dans les transports en commun?

AGRESSION La RATP, la SNCF et la police ont mené plusieurs campagnes et pris des mesures pour lutter contre le harcèlement et les agressions sexuelles dans les transports en commun. Pourtant, encore trop d’usagers ne savent pas comment réagir…

Marie de Fournas

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Un policier de la Brigade des réseaux franciliens (BRF) dans le métro. (Illustration)
Un policier de la Brigade des réseaux franciliens (BRF) dans le métro. (Illustration) — FRANCOIS GUILLOT / AFP
  • Il est possible de signaler un individu en appelant ou en envoyant un SMS au numéro unique 31117.
  • Filmer son agresseur peut servir de preuve mais il ne faut pas prendre de risques.
  • Aucune enquête et poursuite ne peuvent être engagées à l’encontre d’un individu sans qu’une plainte n’ait été déposée par la victime.

Régulièrement sur les réseaux sociaux, des usagers des transports en commun d’Ile-de-France rapportent des cas de harcèlement ou d’agression sexuelle. Dans leurs messages écrits, parfois accompagnés d’images et de vidéos, les victimes souvent démunies interpellent la RATP ou la SNCF et accusent parfois leur manque de réaction. La raison est simple : dénoncer ces délits uniquement sur Internet ne permet pas d’arrêter les coupables, ni pendant ni après les faits. La RATP, la SNCF et la police des transports tentent régulièrement d’informer les voyageurs sur les bons réflexes à avoir. 20 Minutes fait le point.

Le tout premier geste à adopter si vous êtes témoin ou victime et dans la possibilité de le faire, c’est de signaler le ou les individus à la RATP et à la SNCF en appelant le 3117, par SMS au 3117 ou via l’application 3117. « Si l’individu paraît dangereux, le mieux reste le texto, plus discret », indique à 20 Minutes Thierry Hue-Lacointe, commissaire divisionnaire adjoint au chef de la brigade des réseaux francilien.

Bornes, numéro d’urgence et sonnette d’alarme

Une fois signalé « le groupe de protection et de sécurisation des réseaux (GPSR), composé de 1.000 agents » peut intervenir dans les plus brefs délais, assure la RATP. Si le réseau téléphonique fonctionne dans le métro, certaines zones ne sont pas encore couvertes. Dans ces cas-là, le numéro d’urgence de la police, le 17, fonctionne et des bornes d’appel et des agents sont également présents dans toutes les gares et les stations.

La sonnette d’alarme présente dans tous les wagons peut également être une solution en cas d’urgence, mais, attention, celle-ci fait instantanément arrêter le train. Attendez donc d’être à quai pour la déclencher. Les équipes d’intervention mettront moins de temps à intervenir que si le train est arrêté entre deux stations.

« Au bout de 72 heures les vidéos s’écrasent »

Photographier ou filmer son harceleur ou agresseur est un bon réflexe, mais à ne pas adopter dans toutes les circonstances. « C’est toujours bien d’avoir des preuves supplémentaires pour l’enquête, avec des images qui permettent parfois d’identifier plus facilement un individu, mais il ne faut pas le faire au détriment de sa sécurité et si, par exemple, la personne montre des signes d’agressivité », avertit Thierry Hue-Lacointe.

Ne prenez pas de risques inutiles d’autant que le réseau est équipé de plus de 50.000 caméras de surveillance qui permettent aux autorités de suivre une personne sur son trajet : « Si son visage n’est pas visible dans le champ de l’une des caméras, il le sera sur la suivante. Nous pourrons aussi remonter son trajet. »

Ni la RATP, ni la police n’ont cependant la possibilité d’enquêter sur les images de vidéosurveillance si aucune plainte n’est déposée par la victime. De plus, la plainte doit être déposée rapidement, « car au bout de 72 heures les vidéos s’écrasent », indique la RATP à 20 Minutes. « Une fois la plainte déposée, nos process d’enquête sont bien rodés et rapides, assure le commissaire. On peut immédiatement appeler pour que les vidéos soient bloquées le temps que l’on envoie la réquisition pour les récupérer. »

Se masturber devant une personne, c’est une agression sexuelle

Dans de trop nombreux cas, les victimes de harcèlement ou d’agression ne portent pas plainte. Par manque de temps ou même parce qu’elles minimisent ce dont elles sont victimes. Dans le premier cas, Thierry Hue-Lacointe assure qu’un dépôt de plainte « prend entre trente minutes à une heure selon les faits » et que des commissariats sont ouverts de 6h30 à 22h30 à Châtelet-les-Halles et dans toutes les gares parisiennes, exceptée Austerlitz. Dans le second cas, le commissaire rappelle que « lorsqu’un individu vient vous importuner, qu’il insiste, pose éventuellement une main sur votre épaule ou a des paroles explicites à votre égard : c’est du harcèlement et l’on doit porter plainte ».

D’autant que la victime pourrait « très bien recroiser dès le lendemain son harceleur qui empreinte comme elle les transports, parfois aux mêmes horaires et sur un trajet identique ». Il est également nécessaire de porter plainte à l’encontre d’une personne s’exhibant, même sans contact physique à votre égard. Se masturber devant une personne, c'est une agression sexuelle. Même classification lorsqu’il y a un contact sur une partie intime ou que la personne se frotte.

Selon la base de données Giros qui recense les victimes de délinquance dans les transports en commun d’Ile-de-France, en 2014 et 2015, 458 victimes ont porté plainte pour « violences sexuelles dans les transports ». Pourtant, selon une étude menée en 2015 par le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, 100 % des Françaises ont déjà subi une forme ou une autre de harcèlement dans les transports.