VIDEO. Paris: La mairie lance la dernière édition du budget participatif de la mandature, pour quel bilan?

SOCIETE La mairie de Paris a lancé cette semaine la 6e et dernière édition du budget participatif de la mandature. Si le projet a lancé une dynamique, il a encore des limites…

Romain Lescurieux

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40.745 Parisiens avaient voté à l'automne pour la première édition du budget participatif
40.745 Parisiens avaient voté à l'automne pour la première édition du budget participatif — Franck LODI/SIPA
  • Au fil des années, 1.300 projets issus du budget participatif ont été réalisés.
  • Cette initiative, qui a aussi ses limites selon des chercheurs, sera-t-elle reconduite lors de la prochaine mandature ?

Le projet était alors présenté comme une « innovation démocratique majeure », un moyen de « donner les clefs du budget aux Parisiens ». En juillet 2014, sur une scène ensoleillée installée sur la place de la République, la nouvelle maire Paris, Anne Hidalgo, lance officiellement le budget participatif de la capitale. Une des premières initiatives de ce type en France.

« Les Parisiens auront la possibilité de décider de 5 % du budget d’investissement annuel dans une forme participative », se réjouit celle qui avait fait de cette idée, « une priorité » de sa campagne aux municipales. « Face à une crise nationale du politique, la maire a voulu donner la possibilité aux Parisiens de s’impliquer dans la mise en œuvre de projets pour améliorer leur quotidien », expliquait à la même époque à 20 Minutes, Pauline Véron, adjointe à la maire, chargée de toutes les questions relatives à la démocratie locale, la participation citoyenne, la vie associative et la jeunesse.

Près de cinq ans plus tard, la mairie lance la sixième et dernière édition du budget participatif de la mandature. Quel bilan en tirer ?

« 1.300 réalisations issues du budget participatif »

« Murs végétalisés, équipements sportifs en libre accès, bagageries pour les personnes sans domicile, rues piétonnisées… On compte aujourd’hui plus de 1.300 réalisations issues du budget participatif. C’est un immense succès. Une révolution. Ce sont les projets des Parisiens que nous avons financés », se félicite Pauline Véron. En tout, le budget a représenté 500 millions d’euros d’investissement sur l’ensemble de la mandature. Pourtant, les principaux concernés étaient peu mobilisés au début.

En 2014, l’initiative démarre timidement. Avec 40.000 votants, le budget participatif connaît un taux de participation d’à peine 2 %. A l’époque, les Parisiens n’avaient pas proposé leurs idées mais avaient voté pour des propositions de la mairie en lien avec le programme politique d’Anne Hidalgo. On y trouvait notamment l’installation de tipis sur les quais de Seine. A l’arrivée, neuf projets sur quinze ont été retenus : « les jardins sur les murs », des espaces de « coworking étudiants-entrepreneurs » ou encore « des kiosques pour faire la fête ». Dès l’année suivante, les Parisiens peuvent déposer leur projet.

« Ça partait un peu dans tous les sens. Mais au fur et à mesure les gens ont compris le cadre », affirme Pauline Véron. En tout, 12.000 idées ont été déposées ces cinq dernières années. Côté participation, en septembre 2018, 210.000 personnes ont voté, soit 10 % de la population parisienne. Un chiffre « record », rappelle l’Hôtel de ville, pour un système qui n’est toutefois pas sans défaut.

« Une partie encore trop faible du budget total »

« Le budget participatif de Paris a lancé une dynamique et a bousculé la structure de la ville mais il ne représente finalement qu’une partie encore trop faible du budget total », explique Gilles Pradeau, doctorant à l’université de Westminster travaillant sur une comparaison de la France et le Brésil au sujet des budgets participatifs. Prenant l’exemple de Porto Alegre – une des premières villes à avoir lancé cette initiative – où les habitants votent notamment pour leurs crèches et centres de santé, le chercheur estime que les Parisiens sont invités eux à s’engager davantage sur « du récréatif » tout en ayant au fil des étapes « aucun contrôle sur leur idée ». Autre limite, selon lui, la transparence et la sélection des projets.

« A Paris, il est possible de voter plusieurs fois, déplore-t-il. Le budget participatif de Madrid permet par exemple un vrai un système de vérification. » Il poursuit : « Il y a aussi beaucoup de projets qui n’aboutissent pas car il y a un filtre politique. La Ville de Paris a recalé près de 82 % des projets déposés par les citoyens entre le moment où les suggestions sont faites et celui où on passe au vote. » Un chiffre ramené à 63% par la ville qui évoque que certains projets ne répondent effectivement pas aux règles. Selon Pauline Véron, « seulement 3 % sur les 800 projets soumis au vote du Conseil de Paris n’ont pas été réalisés ».

« Globalement, le budget participatif reste une initiative qui comble plus qu’elle ne déçoit », rembobine-t-elle. Alors, quid du futur ? « On peut imaginer un budget participatif qui permet de demander l’avis des gens sur des projets vraiment structurants », estime Gilles Pradeau.

Du budget participatif au référendum local ?

Alors qu’Anne Hidalgo devrait entrer en précampagne dans les prochaines semaines, le budget participatif sera-t-il à nouveau l’une de ses promesses phares ? « Le budget participatif est désormais un acquis démocratique qui fait consensus. Je ne vois pas comment on peut revenir en arrière », commente Pauline Véron.

Du côté de Benjamin Griveaux (LREM) un des potentiels candidats à la mairie, il se dit intéressé par l’idée. « Il y a des référendums qui fonctionnent localement. Vous avez des mairies, des départements ou des régions, où on a mis une part de participation dans le budget. Je trouve que c’est très bien, c’est intelligent, ça responsabilise les Français, sur la vie de leur quartier, sur les bâtiments et l’espace public sur ce que vous mettez à disposition », affirme-t-il.