Des prêches de femmes imams? Des sermons en français? Deux projets de mosquées progressistes à Paris

SOCIETE En Allemagne, au Danemark ou aux Etats-Unis, il y a déjà des imams femmes. En France, ce serait une première…

20 Minutes avec AFP

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Prière du vendredi dans une mosquée. Illustration.
Prière du vendredi dans une mosquée. Illustration. — K. Konrad - Sipa
  • En juin 2017 s'est ouvert à Berlin une mosquée «libérale», où hommes et femmes peuvent prier côte à côte, et qui prône un islam moderne. 
  • En recherche de financements, les porteurs du projet aimeraient que la mosquée Fatima, «idéalement et symboliquement», soit à Paris.

«On a envie de vivre l'islam autrement», lance Kahina Bahloul. Deux associations de musulmans portent à Paris des projets avec une lecture progressiste de l'islam et une plus grande place pour les femmes. L'un des projets a été élaboré par cette doctorante en islamologie à l'Ecole pratique des hautes études et un professeur de philosophie, Faker Korchane. Ils ont élaboré les «statuts» d'un lieu de culte, qui serait constitué en association cultuelle loi 1905, a confirmé à l'AFP Kahina Bahloul, après une information du Monde.

«Nous étions insatisfaits de l'offre actuelle des mosquées musulmanes: si ce n'est pas du salafisme, cela reste un islam très traditionaliste, avec une certaine façon de lire les textes fondateurs, qui reste très dogmatique, pas toujours très ouvert», résume cette femme de «sensibilité soufie», une branche mystique de l'islam. Nom de leur projet : Fatima.

Mise en avant de l'islam mutazilite

Alors qu'«aujourd'hui les femmes sont souvent exclues de la salle principale du lieu de culte, la mosquée “Fatima” accueillerait dans une même pièce hommes et femmes, avec un côté pour les hommes et un autre pour les femmes, mais tous seraient sur la même ligne», explique Kahina Bahloul.

Un imam homme et un imam femme feraient en outre les prêches du vendredi, une semaine chacun. Si l'Allemagne, le Danemark ou les Etats-Unis ont déjà des imams femmes, ce serait une première en France. «Les gens qui viennent sans se couvrir la tête seront également les bienvenus», ajoute Faker Korchane, sur son site internet où il défend l'islam mutazilite, une école de théologie qui allie la raison à la foi.

La «mosquée Simorgh»

«De nombreux musulmans aspirent à une nouvelle religiosité mais ne l'expriment que sous forme livresque ou de conférences. [...]. Il est temps de cesser de dire comment on voit l'islam, mais il faut le montrer et l'incarner», dit-il encore, voulant aussi «montrer la profondeur de l'enseignement islamique capable de traverser l'espace et le temps».

En recherche de financements, ils aimeraient que Fatima, «idéalement et symboliquement», soit à Paris.

Un deuxième projet, porté par deux femmes, est à l'étude. Celui d'Anne-Sophie Monsinay et Eva Janadin, fondatrices de Voix d'un islam éclairé (VIE) - Mouvement pour un islam spirituel et progressiste: la «mosquée Simorgh».

Une mosquée totalement mixte

Elles ont déposé à l'automne les statuts d'une association loi 1901, «qui a vocation à devenir une association cultuelle loi 1905», et sont à la recherche de financements et d'un lieu, «si possible Paris», a affirmé à l'AFP Eva Janadin. «Il est urgent aujourd'hui de construire de nouveaux lieux de culte pour incarner nos principes et répondre aux besoins des musulmanes et musulmans “orphelines et orphelins de mosquée” qui se sentent très seuls dans leur pratique de l'islam et ne se retrouvent plus dans la vision majoritaire du culte musulman», écrivent-elles dans l'argumentaire de leur projet.

D'où la volonté d'avoir une mosquée «totalement mixte, sans séparation gauche-droite comme dans la mosquée Fatima, avec des femmes imams et une liberté totale du point de vue vestimentaire», précise Mme Janadin.

Des sermons en français

Autre souhait, celui d'avoir des sermons en français, l'idée étant «d'inciter une véritable appropriation de l'islam par les musulmans français en leur permettant une compréhension approfondie du discours».

En attendant de trouver une adresse, les uns et les autres, investis dans le dialogue interreligieux, sont à la recherche de prêt de locaux auprès de leurs réseaux chrétiens ou juifs.

En juin 2017 s'est ouvert à Berlin une mosquée «libérale», où hommes et femmes peuvent prier côte à côte, et qui prône un islam moderne. Les prêches sont en allemand, et se font dans un bâtiment prêté par la communauté protestante. L'imam, une avocate et militante des droits des femmes très connue en Allemagne, a toutefois été placée sous haute protection policière.