Paris: Une Parisienne sur trois ne pourrait pas être en couple avec un habitant de Seine-Saint-Denis

SOCIETE L’Ifop publie ce mardi une enquête sur le poids des origines et du lieu de résidence dans le choix du conjoint chez les habitants de la capitale…

R.L.

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Un couple devant la tour Eiffel.
Un couple devant la tour Eiffel. — Best Shot Factory / Rex/REX/SIPA
  • D’après l’Ifop, il existe un décalage entre le discours d’ouverture à la mixité sur le plan social, géographique ou ethnique des Parisiens et des Parisiennes et les faits.
  • « Les Parisien(ne)s cultivent en matière sexuelle et conjugale une sociabilité de l’entre-soi qui favorise une forte endogamie géographique, sociale et culturelle », commente François Kraus.

« Hommes blancs seulement », « pas de femmes africaines », « désolée, je n’aime pas les Asiates »… La multiplication des témoignages de victimes de préjugés raciaux sur les applis de rencontre « soulève de plus en plus la question des considérations raciales qui président aux choix des rencontres amoureuses », souligne l’Ifop. L’Institut français d’opinion publique a décidé de mener une enquête chez les habitants de Paris, sur le poids des origines et du lieu de résidence dans le choix du conjoint, intitulée Coucheriez-vous avec un mec du 9-3 ? et publiée ce mardi.

« Comme pour leurs stratégies scolaires ou résidentielles, les choix conjugaux des Parisiens n’échappent pas à des rapports de domination de “classe” ou de “race” bien que ceux-ci restent masqués dans un discours qui vante une certaine ouverture aux principes de mixité sociale ou ethnique. Dans les faits, la plupart des habitants de la capitale limitent le recrutement de leur conjoint à Paris intra-muros, ce qui en exclut d’emblée les catégories populaires », note François Kraus, directeur du pôle politique de l’Ifop.

Endogamie et ostracisme

Selon l’étude, si les discours des Parisiennes et Parisiens ont en effet tendance à valoriser une certaine ouverture à la mixité sur le plan social, géographique ou ethnique, celle-ci est, en réalité, peu pratiquée dans les faits. Ils sont 8 % à reconnaître que le lieu de résidence est un critère déterminant dans leur choix. Or, lorsqu’on demande aux habitants de la capitale actuellement en couple où résidait leur partenaire lorsqu’ils l’ont rencontré pour la première fois, ils sont plus des deux tiers (69 %) à indiquer que ce dernier résidait dans Paris intra-muros au moment des faits. Et cette forme d’endogamie s’avère plus fréquente dans les arrondissements aisés de l’Ouest que dans les arrondissements plus populaires de l’Est, soulève l’Ifop.

À Paris, y a-t-il donc un rejet des banlieusards ? Si, au total, près d’un quart (23 %) des Parisien(ne)s est en couple avec un(e) banlieusard(e), ils ont beaucoup plus tendance à avoir trouvé leur partenaire dans des départements « aisés » comme les Hauts-de-Seine (6 %) que dans un département « populaire » et « métissé » comme la Seine-Saint-Denis (3 %).

« Les habitants de Seine-Saint-Denis souffrent ainsi d’une forme d’ostracisme pour trouver un partenaire qui n’a rien à envier à celui qu’ils rencontrent pour trouver un emploi ou un logement », poursuit cette étude, qui précise qu’une Parisienne sur trois (31 %) déclare qu’elle ne pourrait pas être en couple avec un Séquano-Dionysien, soit trois fois plus que pour les habitants du riche département des Hauts-de-Seine (12 %).

« Une nette réticence aux unions interraciales »

D’après l’Ifop, ce décalage entre le discours et les faits existe aussi dans la perspective d’un métissage impliquant une trop grande distance sociale, ethnique ou culturelle. Interrogées sur leur disposition à s’engager dans une relation avec des personnes de divers horizons.

Les Parisiennes expriment ainsi majoritairement leur refus de s’unir avec des gens correspondant à l’image qu’elles ont des hommes originaires d’Afrique sub-saharienne (62 %) ou du Maghreb/Moyen-Orient (57 %), ceux-ci ayant pour point commun d’être souvent présentés comme « porteurs d’une culture conservatrice peu respectueuse des principes d’égalité entre les sexes ». Mais ce rejet n’affecte pas que les hommes sur lesquels pèse ce genre de clichés : une majorité de femmes refuse aussi l’idée d’avoir une relation avec quelqu’un venant d’Asie du Sud-Est (54 %).

« Comme dans d’autres domaines, les Parisien(ne)s cultivent donc en matière sexuelle et conjugale une sociabilité de l’entre-soi qui favorise une forte endogamie géographique, sociale et culturelle », commente François Kraus.

* L’étude de l’Ifop Coucheriez-vous avec un mec du 9-3 ? a été réalisée auprès d’un échantillon de taille conséquente (2.000 personnes âgées de 18 ans et plus).