Paris: Une première rue «zéro déchet» avant une extension à toute la capitale?

ECOLOGIE Véritable laboratoire, la rue de Paradis dans le 10e arrondissement teste le « zéro déchet ». Une initiative qui mobilise les habitants, les commerçants et les entreprises…

Mathieu Marin

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Avec le zéro déchet, les poubelles de la rue de Paradis devraient considérablement diminuer.
Avec le zéro déchet, les poubelles de la rue de Paradis devraient considérablement diminuer. — Witt/SIPA
  • La rue de Paradis teste le « zéro déchet » durant un an. L’objectif est de faire attention à son mode de consommation pour réduire les déchets. Si le succès est au rendez-vous, le concept pourrait s’étendre dans l’ensemble de la capitale.
  • Les 6.000 habitants de la rue sont conviés à se mobiliser. Tout comme les commerçants et les entreprises.
  • Cette initiative vise à réduire par exemple le nombre d’emballages en apportant des sacs à vrac ou encore dans les bars à ne plus utiliser de pailles en plastique.

C’est une grande première dans la capitale. La rue de Paradis, entre la gare de l’Est et la gare du Nord, tente le zéro déchet. Une expérimentation qui vise à adopter de nouveaux modes de consommation en réduisant ses déchets. Avec un but : éviter au maximum l’incinération ou la mise en décharge. Une culture du zéro déchet qui va progressivement entrer dans les habitudes des foyers.

Les magasins bios et les restaurants vegan se sont multipliés ces dernières années. Tout comme les commerces qui prônent le « fait maison ». Cette rue du 10e arrondissement n’a donc pas été choisie au hasard.

Les magasins bios ont trouvé leur point de chute, rue de Paradis.
Les magasins bios ont trouvé leur point de chute, rue de Paradis. - M.Marin/20 Minutes

Une rue représentative de Paris

« La rue est assez représentative par ses nombreuses facettes car il y a des écoles, des commerces, des logements privés, des entreprises ou encore des bars. Mais aussi des contraintes comme les trottoirs étroits », détaille Léa Vasa, maire-adjointe du 10e arrondissement et coordinatrice du projet. Actuellement, la rue semble identique à ses voisines. Rien ne laisse présager une telle initiative. « Je pense que quand les composts seront mis en place, nous serons vraiment dans la démarche du zéro déchet, c’est un lancement en douceur mais je vais m’y mettre », avoue Estelle qui habite le quartier depuis dix ans.

A deux pas plus loin, Aymeric regarde avec attention les vignettes d’informations sur les vitrines. « Au premier abord, je ne me sens pas vraiment concerné. Mais cela pousse tout de même à réfléchir car ma poubelle est bien remplie d’emballages. »

Les commerçants impliqués

La mairie en lien avec l’association Zéro Waste Paris « souhaite apporter des solutions et une véritable prise de conscience sans être dans un projet moralisateur pour les 6.000 habitants ». Ces derniers ne sont pas les seuls à tenter l’expérience. Les commerçants sont également accompagnés dans la redistribution de leurs invendus, la phase de tri, le traitement des cartons et palettes ainsi que la réduction des consommables et la mise en place des sacs à vrac.

« Nous voulons montrer que ce n’est pas insurmontable de réduire ses déchets, c’est peu coûteux. Il faut juste avoir l’envie », explique Loukia Bana, la coordinatrice de Zéro Waste Paris. Avant de renchérir : « J’ai eu le déclic en voyant mes barquettes de jambon, ça m’a énervé de voir cet emballage si imposant pour deux tranches. C’est comme au supermarché, prendre un sac pour mettre un seul fruit devient aberrant. On organise parfois un pique-nique zéro déchet pour montrer que le vrac marche aussi très bien. »

La tendance au « do it yourself »

Un changement du mode de consommation qui ne passe pas uniquement par la réduction des emballages. Une attention toute particulière est également donnée au gaspillage alimentaire ou encore à l’obsolescence programmée. L’association Zéro Waste Paris proposera même dans les prochaines semaines, des ateliers « do it yourself » pour apprendre à fabriquer ses produits cosmétiques ou ménagers. Dernièrement, une bénévole a même ouvert les portes de son appartement pour montrer un quotidien sans déchets.

Si les emballages deviennent proscrits, les pailles dans les bars le sont également. Tout comme les gobelets en plastique. « Les salariés de certaines entreprises traversent même la rue avec leur mug à la main pour aller chercher leur café », confie Léa Vasa.

Un laboratoire d’expérimentation dont le verdict sera annoncé dans un an à l’occasion d’un premier bilan. « Si le projet est un succès poursuit-elle, l’opération pourrait s’étendre à toutes les rues de Paris. Et ainsi montrer que le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas. »