«Gilets jaunes»: Les «street medic» viennent en aide aux blessés dans les manifestations

SOLIDARITE Secouristes ou professionnels de la santé, ces bénévoles soignent les petites et grosses blessures pendant les manifestations de « gilets jaunes »… 

Lucie Bras

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Des "gilets jaunes" aident l'un des leurs après un tir de gaz lacrymogène, le 8 décembre 2018 à Paris.
Des "gilets jaunes" aident l'un des leurs après un tir de gaz lacrymogène, le 8 décembre 2018 à Paris. — Sathiri Kelpa / SOPA Imag/SIPA
  • Les « gilets jaunes » ont appelé à une nouvelle journée de mobilisation samedi 15 décembre partout en France.
  • A Paris, Adrien, Clément et William font partie des street medic, ces manifestants qui viennent en aide aux blessés.
  • Ils ont parcouru les rues de Paris lors des précédentes manifestations de « gilets jaunes ».

Ils étaient à Paris, sur les Champs-Elysées, place de la Bastille ou de la République pour les manifestations des « gilets jaunes ». Animés de l’envie de manifester ou pas, ils ont soigné les autres, tombés « en plein chaos ». William, Clément et Adrien sont des street medic : des manifestants qui viennent en aide aux personnes blessées dans les cortèges. Ils racontent leur expérience à 20 Minutes.

Samedi 8 décembre, lors de l’acte IV des manifestations des « gilets jaunes », un homme reçoit un projectile de lanceur de balles de défense (LBD) dans la trachée. La plaie est ouverte, sa survie ne tient qu’à quelques secondes. Rapidement pris en charge, l’homme est évacué à temps. « Si on n’avait pas été là, il était mort », se souvient Clément, président du Groupe d’appui des ambulanciers de France (GDAAF). Cet ambulancier de 28 ans est street medic bénévole. Avec ses collègues, lors des manifestations des « gilets jaunes », il a traité « deux urgences vitales » et des multitudes de blessures et de plaies. Venu en tant que « gilet jaune » pour défendre son métier d’ambulancier, il a décidé de s’engager face à la violence de ce face-à-face. « On était au cœur des affrontements. On a assisté à des scènes de guerre. Oui, c’est violent », estime-t-il. « Le Flashball, c’est une arme impressionnante. Ça casse des os, ça explose des organes, ça fait des plaies hémorragiques », détaille-t-il.

Gérer la panique des manifestants

Comme lui, Adrien, artiste de 29 ans, a dû gérer des situations difficiles. « Une manifestante qui a perdu son œil, un homme avec deux doigts arrachés, des éclats de grenade de désencerclement dans les jambes… », liste-t-il. Adrien, « ni gilet jaune, ni anti-flic », cherchait « une solution pour [s]'engager ». Le jeune homme diffuse un appel aux dons sur Facebook pour acheter des pansements. Une caserne de pompiers le contacte et lui fournit du matériel de premiers secours. Au vu de la violence des manifestations, les pompiers lui prodiguent même une formation de secourisme. Sur eux, les street medic transportent l’essentiel : du sérum physiologique et du Maalox pour contrer les effets des gaz lacrymogènes, des pansements, du désinfectant…

En plus des blessures, il faut aussi gérer la panique de certains manifestants. William, 30 ans, infirmier à Chartres, a dû trouver les mots pour « apaiser une femme paniquée par la violence de la charge des CRS » sur les Champs-Elysées. « C’est important de les sécuriser, de les écarter du conflit », affirme ce street medic. Tout en assurant la sécurité des victimes et des blessés, ces bénévoles doivent veiller à leur propre sécurité. Le risque n’est jamais très loin. « J’ai vu des scènes de chaos », confirme William. « J’étais en train de soigner quelqu’un quand une lacrymo est arrivée près de son visage. Je l’ai prise avec la main pour l’éloigner et ça m’a brûlé », raconte Adrien. « On voit le risque, on en est conscient mais sur le moment, on ne réfléchit pas. »

« On accuse le coup »

William, lui, avait prévu de s’équiper de masques pour se protéger des gaz lacrymogènes mais la majorité de son matériel lui a été « subtilisée » par les CRS lors de fouilles à l’entrée des Champs-Elysées. Pour évoluer en toute sécurité sur le terrain, chacun a sa propre stratégie : se mettre en hauteur, derrière un arbre ou derrière une barrière… « Je me rapproche au plus près de la première ligne et dès qu’il y a en a un qui tombe, je vais vers lui », explique Adrien. Des scènes qui ne sont pas sans conséquences pour ces street medic, peu habitués à de telles images. « Le soir, je me suis dit "Ah oui, quand même" », témoigne Adrien. « Quand ça retombe, quand on rentre chez soi au calme… On accuse le coup. Et pourtant, je me sentais plus que préparé », estime William.

Pour l’acte V des manifestations, Adrien et Clément seront à nouveau sur le terrain. « J’ai pris mes billets. Je pourrais aller dans d’autres villes mais à Paris, c’est particulier. Les pompiers ne peuvent pas passer », remarque Adrien, qui s’y sent d’autant plus utile. « Cette fois, on sera plus équipés, on arrivera plus tôt, on aura des systèmes radio pour communiquer », prévoit Clément. William, lui, passe son tour. S’il reste engagé aux côtés des « gilets jaunes », il n’a pas envie d’un troisième week-end de violences. « J’ai besoin de faire un break. »