Blocage des lycées: Des parents dénoncent des excès de violence des forces de l'ordre

VIOLENCES Tirs de flashball non maîtrisés et gardes à vue disproportionnées, parents, associations et élus dénoncent des abus en marge de blocages de lycées en Ile-de-France…

Marie de Fournas

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Des lycéens face aux policiers à Bordeaux le 4 décembre 2018, lors du blocage des lycée.
Des lycéens face aux policiers à Bordeaux le 4 décembre 2018, lors du blocage des lycée. — UGO AMEZ/SIPA
  • Une lycéenne d’Enghien-les-Bains se rendant en cours a reçu un tir de flashball dans la jambe.
  • Six lycéens d’Ivry-sur-Seine ont été gardés 36 heures en garde à vue pour un graffiti « Macron démission ».

Choc et colère. Il est 13 heures mardi dernier quand Chloé* et ses amis reviennent de leur pause déjeuner en ville pour aller en cours dans leur lycée d’Enghien-les-Bains (Val-d'Oise). Problème, l’avenue menant à son lycée est bloquée par des CRS. Son établissement fait partie, comme de nombreux autres en France, du mouvement de blocage lancé par divers syndicats étudiants contre la réforme du bac et de l’enseignement supérieur.

« Les CRS leur ont dit qu’ils ne pouvaient pas passer par là, qu’il fallait qu’ils fassent le tour et les ont dirigés vers une rue parallèle, explique à 20 Minutes Patrick, son papa. C’est dans cette rue que ma fille et une cinquantaine d’autres élèves ont été pris entre deux feux : bloqués entre les casseurs et les CRS. » Déjà gazée la veille alors qu’elle traversait la rue avec d’autres élèves pour se rendre en cours, la jeune fille de 15 ans va alors recevoir un tir de flashball dans le mollet.

L'hématome de Chloé au mollet dû au tir de flashball
L'hématome de Chloé au mollet dû au tir de flashball - Patrick, le papa de Chloé

« Ma fille est complètement choquée »

« Ses amis ont tenté de le signaler au CRS, mais ces derniers les ont tous fait s’allonger au sol face contre terre et mains sur la tête en attendant le fourgon pour les emmener en garde à vue », rapporte Patrick précisant que les policiers leur auraient alors lancé : « Alors on fait moins les malins ? Petites putes ! » Chloé est finalement mise de côté et emmenée à l’hôpital.

Le post Facebook de Patrick le père de Chloé, touchée par un flashball pendant le blocage de son lycée à Enghien-les-Bains.
Le post Facebook de Patrick le père de Chloé, touchée par un flashball pendant le blocage de son lycée à Enghien-les-Bains. - Capture Facebook

Le coup ne l’a touché que superficiellement, lui laissant un hématome et la dispensant d’activité sportive pendant 21 jours, mais pour son papa la blessure est ailleurs. « Ma fille est complètement choquée. Elle a dû courir pour échapper aux casseurs, à la police. Aujourd’hui elle ne s’est pas levée et je ne suis pas sûr qu’elle soit en état d’aller demain à l’école. » Très en colère, ce dernier a déposé une pré-plainte sur Internet à l’IGPN, l'inspection générale de la police nationale. Chloé doit se rendre au commissariat ce vendredi matin pour la faire valider et faire constater la blessure. L’établissement devrait également mettre en place une cellule psychologique pour les élèves envoyés en garde à vue.

« Disproportionné »

La colère, c’est également le sentiment partagé par la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) du Val-de-Marne. Dans la nuit du lundi 3 au mardi 4 décembre, six élèves du lycée Romain-Rolland d’Ivry-sur-Seine ont été mis en garde à vue pour avoir tagué « Macron démission » sur le panneau d’affichage de leur établissement. Ces derniers âgés de 16 à 17 ans ont finalement été relâchés, mais seulement après 36 heures. « C’est complètement disproportionné, s’exclame Nageate Belahcen, la présidente de la FCPE 94 interviewée par 20 Minutes. Il y a deux poids, deux mesures. Là, on a l’impression d’être face à des criminels. »

Le grafiti qui a envoyé six lycéens d'Ivry-sur-Seine pendant 36 heures lors du blocage des lycées en décembre 2018
Le grafiti qui a envoyé six lycéens d'Ivry-sur-Seine pendant 36 heures lors du blocage des lycées en décembre 2018 - FCPE 94

« Il est vrai que pour des faits de dégradation, 36 heures de garde à vue cela parait beaucoup et pas forcément nécessaire », indique à 20 Minutes Caroline Mecary, avocate au barreau de Paris, qui précise qu’elle ne dispose cependant pas de tous les éléments du dossier.

« Une provocation politique »

Un avis partagé par la mairie d’Ivry sur Seine. « Nous ne pouvons qu’être choqués par le caractère manifestement disproportionné de cette mesure à l’attention de ces jeunes, mais aussi de leurs parents, peut-on lire dans le communiqué de presse. Elle est d’autant plus révoltante qu’elle émane directement d’une décision du procureur, qui a d’ailleurs pris l’initiative de prolonger la garde à vue de 24 à 48 heures. » Le maire communiste évoque également « une provocation politique » en plein mouvement social.

« Certains élèves, tout comme leurs parents, qui n’ont reçu que des bribes d’information pendant la longue garde à vue de leurs enfants, sont très éprouvés », rapporte Nageate Belahcen. La FCPE tente en vain de faire retirer la plainte déposée par la proviseur du lycée contre les élèves. Les six nient être les auteurs du graffiti. La présidente de l'association de parents d'élèves assure que contrairement à d’autres établissements, le blocus du lycée avait été plutôt calme, sans débordement.

*Le prénom de la jeune fille a été modifié.