Paris: Un refuge exclusivement réservé aux femmes sans-abri vient d'ouvrir ses portes

PRECARITE Cette «Cité des dames», réservée aux femmes vivant dans une extrême précarité a ouvert ses portes dans le 13e arrondissement de Paris...

20 Minutes avec AFP

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Un refuge entièrement réservée aux femmes sans-abri vient d'ouvrir, rue du Chevaleret.
Un refuge entièrement réservée aux femmes sans-abri vient d'ouvrir, rue du Chevaleret. — GILE MICHEL/SIPA

« Se poser en sécurité. » Telle est l’ambition du nouveau centre d'acceuil réservée aux femmes sans abri qui a ouvert ses portes samedi, dans le 13e arrondissement de la capitale. Plusieurs dizaines de femmes sans-abri ont déjà bénéficié d’un répit à la « Cité des dames ». Elles peuvent y prendre une douche, laver leur linge, se reposer ou se restaurer, mais aussi voir un travailleur social, une sage-femme ou une psychologue, dans ce centre ouvert 24 heures sur 24, toute l’année. Du jamais vu à Paris : jusqu’ici, la « halte femmes » proche de la gare de Lyon n’assurait qu’ un accueil de jour.

Emmitouflée dans son manteau kaki, Rosalie contemple son café, l’air absent. Cette Béninoise de 38 ans était parmi les premières dans ce centre. « C’est un vrai soulagement » : depuis deux nuits, elle peut « dormir tranquillement », plutôt que dans le métro.

Un programme de réinsertion

Le dispositif, géré par l’Armée du Salut et l'Association pour le développement de la santé des femmes (ADSF), pourra bientôt accueillir 50 femmes sur ses couchettes chaque nuit. La journée, une centaine de femmes pourra se présenter spontanément et recevoir un soutien pendant quelques heures. « On va bien plus loin que proposer un lit et une soupe », explique Eric Piedra de l’Armée du Salut. Si elles ont des papiers et le bon profil, certaines femmes pourront se réinsérer grâce à un programme qui propose quelques heures de travail par semaine.

« L’idée, c’est d’avoir une offre sur mesure » pour « des femmes isolées, qui ne demandent plus rien », poursuit Eric Piedra. « Certaines ont été victimes de violences et ne sont pas prêtes à aller dans un lieu où il y a des hommes. » Des violences dont Rosalie a été victime : elle a fui le Bénin et les coups de son mari, pour débarquer à Paris en avril. D’abord logée chez une amie, elle est à la rue depuis cet été et vient d’apprendre qu’elle est enceinte.

Une prise en charge avant une solution durable

A côté d’elle, Kandia est en errance depuis cinq ans. Cette Malienne de 38 ans appelle régulièrement le 115, mais le Samu social lui répond généralement qu’il n’a « pas de place ». Pour éviter la rue la nuit, elle se débrouille comme elle peut : elle dort « parfois à l’hôpital, parfois dans des bus ». Il lui arrive aussi de « faire l’amour » avec des hommes pour qu’ils l’hébergent.

« On peut garder les plus vulnérables quelques nuits, mais on essaie de leur trouver un centre d’hébergement ou une solution plus durable très rapidement », explique Nadège Passereau, déléguée générale de l’ADSF. « C’est un premier pas, mais la prise en compte des femmes isolées reste encore largement insuffisante à Paris ».

Des appels au 115 de plus en plus nombreux

En 2012, deux sans-abri sur cinq en France étaient des femmes selon l’Insee. En février, le comptage effectué pendant la Nuit de la solidarité a recensé 12 % de femmes sur les 3.000 SDF de Paris. Ces chiffres restent largement « sous-évalués », selon les associations, car les femmes à la rue se cachent. «Les demandes des femmes seules au 115 ont augmenté de 66 % entre 2006 et 2016 », insiste Eric Piedra. « Des centres comme le nôtre, il en faudrait beaucoup plus dans Paris ». Notamment pour répondre aux problématiques de santé de ces femmes.

Outre les professionnels et les bénévoles, des « femmes repères », elles aussi passées par la rue, assistent les sans-abri. C’est le cas de Prisca : à travers un conseil ou une embrassade, elle espère les convaincre que « c’est dur, mais que ça va changer ». « Ce qui est bien ici, c’est qu’il y a des gens pour rigoler avec nous », sourit Kandia.