Ile-de-France: «Nous allons ouvrir 7.000 places d’hébergement d’urgence pour les personnes à la rue», annonce le préfet de région

INTERVIEW Le préfet de région, Michel Cadot, détaille pour «20 Minutes» le dispositif d’hébergement d’urgence pour les sans-abri cet hiver à Paris et en Ile-de-France…

Propos recueillis par Romain Lescurieux

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Newly appointed prefect of Ile de France region Michel Cadot poses in his office in Paris on June 19, 2017.
Newly appointed prefect of Ile de France region Michel Cadot poses in his office in Paris on June 19, 2017. — Thomas SAMSON / AFP
  • Michel Cadot, le préfet de région annonce l’ouverture de 7.000 places pour cette période hivernale en Ile-de-France, dont 2.633 à Paris.
  • « Nous mettons en place un dispositif très fortement renforcé », assure-t-il.

Début de la campagne hivernale. Le gouvernement présente ce mercredi son plan hiver, un effort qu’il estime « sans précédent » mais encore « sous-dimensionné » selon les associations. Dans la capitale et pour faire face à une saturation, Anne Hidalgo s’est récemment engagée à créer 1.500 nouvelles places d'hébergement, appelant l’Etat à créer les 1.500 autres. Michel Cadot, le préfet de région annonce l’ouverture de 7.000 places pour cette période hivernale en Ile-de-France, dont 2.633 à Paris. Il revient pour 20 Minutes sur ce dispositif d’hébergement d’urgence pour les sans-abri en Ile-de-France, effectif du 1er novembre à fin avril.

Combien de places et quel dispositif allez-vous mettre en place pour la période hivernale cette année ?

Nous mettons en place un dispositif très fortement renforcé. Nous allons ouvrir et mettre à la disposition des personnes à la rue, plus de 7.000 places en région Ile-de-France. 5.700, dont 2.633 à Paris, sont d’ores et déjà disponibles pour les prochaines semaines. Nous allons les activer au fur et à mesure des besoins. L’an dernier, nous avions débuté à 2.300. Nous avons plus que doublé le nombre de places immédiatement disponibles. Le but est de répondre à toutes demandes de mise à l’abri dans les périodes de grand froid. 1.244 places seront ouvertes, selon l’urgence des besoins, dès la première semaine de novembre.

Où ces places vont-elles être créées ?

Dans des casernes, des bâtiments publics, des hôpitaux, au Secours Catholique, dans des centres d’hébergement, dans le domaine intercalaire, des pensions de famille, l’Hôtel-Dieu, des hangars, dans lesquels il y aura des lits d’accueils.

L’an dernier, le dispositif d’urgence était saturé avant même la vague de grand froid. Selon le Samu Social, seulement 20 % des familles qui appelaient le 115 se voyaient offrir une proposition le soir même. Quel était le problème ?

L’an dernier, nous avons vu une forte augmentation des demandes de mises à l’abri, et notamment de demandes non pourvues pour les familles. Nous étions également confrontés à la crise migratoire. Nous avons dû en urgence trouver des places. Nous n’avions pas suffisamment anticipé. Cette année, nous essayons de mieux anticiper les besoins et répondre aux situations familiales, dans leur diversité. Nous mettons en place un suivi renforcé des personnes à la rue, avec des maraudes qui vont les rencontrer et leur proposer un hébergement dans les places disponibles. On a augmenté le nombre de véhicules et d’équipes du 115. Nous mettons également 645 places dans des haltes de nuit. Des lieux pour les personnes qui viennent en cours de nuit, quand les places d’hébergement ont été pourvues.

Est-ce qu’un dispositif encore plus particulier va être déployé pour prendre en charge les plus vulnérables, notamment les femmes isolées et ces familles ?

Les maraudes, renforcées, vont se rapprocher de cette population pour leur proposer une mise à l’abri. Elles l’acceptent ou non. On ne peut contraindre personne. Et pour toutes les demandes non pourvues de familles qui arrivent au 115, elles seront vérifiées. Notre objectif est de n’avoir aucune demande non pourvue pour les familles. C’est notre priorité.

Selon un récent rapport de l’association Atelier parisien d’urbanisme (APUR), les sans-abri ont peu recours aux dispositifs d’urgence. 45 % déclarent n’avoir jamais dormi dans un centre d’hébergement, souvent faute de places. Et 65 % n’ont jamais appelé le Samu social, au 115. Que répondez-vous ?

Cette année, nous allons aller vers eux et leur proposer plus systématiquement une mise à l’abri. Les maraudes sont la seule solution. Souvent, ces personnes ont aussi besoin d’un accompagnement social, sanitaire, parfois médical. Mais elles ne souhaitent pas toujours être prises en charge. Il y a une forme de solidarité venant de voisins ou du quartier. Mais derrière, il faut un vrai travail de fond pour les aider à construire un chemin de retour.

Quel est le parcours d’une personne à la rue à partir de sa prise en charge ?

Soit elle est prise en charge dans un centre d’hébergement et reste dans ce centre, en période hivernale. Les associations s’assurent notamment de l’ouverture des droits. L’an dernier, nous avons pérennisé plusieurs milliers de places. Soit, certaines se posent quelques jours, pour se réchauffer, prendre une douche, régler des problèmes médicaux et repartent. Il y a une situation qui traduit la précarité de notre monde et sa dureté vis-à-vis de parcours qui se cassent.

En février dernier, lors d’une initiative municipale, la Nuit de la Solidarité, près de 3.000 sans-abri avaient été dénombrés dans les rues de Paris. Vous êtes raccord avec ce chiffre ?

Je pense qu’à un moment donné, il est possible d’avoir ce niveau de chiffre. Pour nous, l’enjeu de cette initiative est double. D’une part, ne pas faire une simple photographie, un décompte, mais d’avoir une analyse du parcours individuel qui conduit à la situation de rue. D’autre part, les habitants qui se mobilisent pour faire ce comptage, sont souvent prêts ensuite à effectuer un travail de solidarité. C’est positif.

Le président de la République s’était engagé à ce que plus personne ne dorme dans la rue avant la fin de l’année 2017. Vous pensez que cette promesse, non tenue, est réalisable ?

Déjà, il n’y a plus de campements massifs, dus notamment aux flux migratoires. Pour les personnes à la rue, c’est un indicateur de difficulté sociale, qu’il faut réduire au maximum, particulièrement en période de grand froid. Mais on ne peut pas complètement réduire à zéro la présence à la rue. C’est un objectif et nous améliorions chaque année le système. C’est un vrai défi.