VIDEO. SUN-E, le vélo «made in Montrouge» qui carbure au soleil

MOBILITE La startup Rool’in a présenté mardi soir un prototype de vélo électrique solaire qui sera bientôt expérimenté par des agents de la ville de Montrouge. L’idée ? Ne plus avoir à brancher sa batterie sur le secteur. Enfin, bien moins souvent…

Fabrice Pouliquen

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Le vélo à assistance électrique SUN-E est équipé de cellules photovoltaïques permettant à la batterie de se recharger grâce au soleil.
Le vélo à assistance électrique SUN-E est équipé de cellules photovoltaïques permettant à la batterie de se recharger grâce au soleil. — F. Pouliquen / 20 Minutes
  • SUN-E est un vélo aux courbes étonnantes qui embarque sur son cadre et sa roue avant des cellules photovoltaïques qui permettent à la batterie du vélo de se recharger automatiquement. A l’arrêt ou en mouvement.
  • Des modèles de vélo électrique solaires existent déjà, mais sont le plus souvent dotés de grands panneaux photovoltaïques peu pratiques pour les trajets du quotidien. SUN-E à l’inverse est semblable à un vélo à assistance électrique classique.
  • Mis au point par Rool’in, startup basée à Montrouge, le SUN-E n’est encore qu’un prototype. Il sera testé au premier semestre 2019 par des agents de la ville des Hauts-de-Seine et des salariés d’une filiale de La Poste.

« C’est une première mondiale », a répété à l’envi la municipalité de Montrouge ce mardi soir au Beffroi, son centre culturel et de conférences. « Une invitation a d’ailleurs été lancée à Emmanuel Macron », a même prévenu le maire Etienne Lengereau, sans qu’on puisse devenir s’il plaisantait ou non.

La commune des Hauts-de-Seine avait mis les petits plats dans les grands pour présenter Rool’in, l’une de ses start-up locales qu’Etienne Lengereau espère voir marcher sur les pas de Blablacar. « Car chacun sait que Blablacar est né à Montrouge il y a maintenant douze ans », a ainsi rappelé l’élu.

Combiner vélo électrique et photovoltaïque

Pour décoller, Rool’in ne mise pas sur le covoiturage mais sur la réunion de deux technologies qui suscitent de l’engouement aujourd’hui : le vélo électrique et le photovoltaïque. Mélangez les deux et vous obtenez SUN-E, un vélo électrique solaire dont la batterie se recharge automatiquement grâce à ses cellules photovoltaïques. Que ce soit à l’arrêt ou en mouvement et sans avoir donc à la brancher à une prise électrique. Antoine D’Acremont et Stéphane Rachmuhl, les deux fondateurs, ont d’ores et déjà mis au point un prototype : une bicyclette aux courbes étonnantes et à la roue avant presque lenticulaire, comme celles qui équipent les vélos de piste. C’était bien elle, la véritable vedette mardi soir

Ce n’est pas tant l’idée d’un vélo électrique solaire qui est nouvelle. La technologie existe déjà et a même un rallye dédié, The Sun Trip, qui a vu une quinzaine d’équipages relier Lyon à Canton, en Chine, cet été. Les 12.000 kilomètres ont été bouclés en 44 jours et 19 heures pour le premier équipage sans utiliser d’autres énergies que celle fournie par le Soleil. « Mais les vélos solaires existants actuellement sur le marché sont le plus souvent dotés d’imposants porte-bagages voire d’un habitacle sur lesquels sont installés des panneaux photovoltaïques », indique Stéphane Rachmuhl.

Un vélo pour les trajets du quotidien

Cela donne des vélos rigolos, taillés pour l’aventure peut-être, mais nettement moins pour les trajets du quotidien, en particulier ceux effectués en milieu urbain. « SUN-E en revanche, est un vrai vélo, reprend Stéphane Rachmuhl. Nous ne lui rajoutons rien. Avec ses 25 kg, il n’est pas plus lourd qu’un vélo à assistance électrique classique. » Les cellules photovoltaïques, qui produiront de l’électricité une fois exposée au soleil, sont installées à même le vélo, sur la roue avant et de part et d’autres du cadre.

SUN-E est à voir comme l’aboutissement d’un long cheminement commencé en 2013. Roll’in avait d’abord mis au point une roue de vélo électrique équipée d’un moteur et d’une batterie. « L’intérêt était de pouvoir transformer n’importe quel vélo classique à vélo à assistance électrique rien qu’en changeant la roue avant, raconte Stéphane Rachmuhl. Mais nous cherchions un concept plus simple et plus pratique encore. Nous nous sommes mis alors à plancher sur une roue qui se rechargerait automatiquement sans avoir à être branché sur le secteur, grâce à des cellules solaires photovoltaïques installées sur ses rayons. »

Et les jours de grisaille ?

L’idée cartonne en janvier 2017 au CES (Consumer electronique show) de Las Vegas au point d’être élu parmi les dix meilleurs produits présentés à ce grand salon de l’innovation technologique en électronique. De quoi valider le concept. « Mais l’idée ne faisait sens que si elle permettait d’apporter suffisamment d’autonomie. Or, on est vite contraint par le manque de place quand on installe des cellules photovoltaïques sur une roue. »

D’où l’envie de travailler sur un vélo complet. Les cellules photovoltaïques du SUN-E ne feront toutefois pas des miracles. En cas de mauvais temps, elles ne se rechargeront pas, voire très peu. Ce qui peut être embêtant lorsque les jours de grisaille s’enchaînent et que l’utilisateur doit tout de même avaler les kilomètres », reconnaît Maurice Kahn, dans l’équipe Rool’in. Mais la start-up montrougienne a prévu le coup en faisant de SUN-E un vélo hybride. « La batterie peut se recharger grâce au soleil, mais vous pouvez aussi la retirer pour la brancher sur une prise électrique, explique Stéphane Rachmuhl. Rechargée complètement sur le secteur, la batterie vous fournit en moyenne 51 km d’autonomie. »

Toute la promesse de Rool’in est de presque plus avoir à répéter cette opération et d’éviter que la batterie de votre vélo tombe à plat au pire des moments. Tout en utilisant une énergie propre et gratuite. La start-up a fait les projections : « En Ile-de-France, d’avril à octobre, vous allez pouvoir recharger en moyenne par jour jusqu’à 17 km d’autonomie grâce aux cellules photovoltaïques et même jusqu’à 31 km même en juillet, reprend Stéphane Rachmuhl. Dans le sud de la France, les moyennes grimpent à 26 km d’avril à octobre avec un pic à 40 km de recharge en juillet. »

Un test de six mois par des agents de la mairie et des salariés de La Poste

Sun-E n’est pas encore à vendre. Rool’in se refuse même encore à donner un prix. « Il ne s’agit que d’un prototype qui nécessite encore en phase de test », précise la start-up qui entend mettre à contribution la ville de Montrouge et Bemobi, une filiale de La Poste spécialisée dans les conseils en écomobilité. Courant 2019, pendant six mois, cinq Sun-E seront utilisées par des agents de la ville des Hauts-de-Seine sur leurs trajets professionnels et cinq autres seront mis à disposition de salariés Bemobi, cette fois-ci pour effectuer les trajets domicile-travail.

Une fois les retours de ces usagers pris en compte, Rool’in espère ensuite commercialiser son vélo électrique solaire. « Vraisemblablement en 2020 », projette Stéphane Rachmuhl qui aborde déjà la possibilité d’équiper des scooters, des voitures voire des drones de ces mêmes cellules photovoltaïques.