Pas de papiers, mais des droits

IMMIGRATION Un Malien expulsé revient pour se défendre aux prud'hommes...

Carole Bianchi

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Son retour autorisé sur le sol français a des airs de revanche. Expulsé en 2006 vers le Mali, Souleymane Bagayogo, 41 ans, est revenu en France le 2 juin avec un visa d'un mois pour pouvoir se rendre cet après-midi aux prud'hommes de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Avec neuf anciens collègues, aujourd'hui régularisés, ils accusent leur société de gardiennage, tombée depuis sous le coup d'une interdiction d'exercer, de les avoir exploités.

Ce procès, Souleymane y pense à chaque instant depuis le 25 juillet 2006, date de son arrestation dans un supermarché du Bourget où il était agent de sécurité. Il affirme avoir tenu grâce à cette affaire, portée devant les prud'hommes avec l'aide de la CGT, pendant les deux années passées à Bamako, qu'il a vécues comme une véritable traversée du désert. « Physiquement, j'étais là-bas. Mais spirituellement, j'étais en France, où vivent ma femme et ma fille, explique-t-il. J'en ai pleuré au début. J'avais des palpitations. » A Bagadadji, premier quartier populaire de Bamako, sa famille l'accueille et le soutient. Sans rancoeur ni haine, il poursuit d'un ton posé son récit. « Mes proches m'ont consolé. Ils me disaient que c'était le fait de Dieu ». Mais dans la rue, les questions des voisins se font pressantes. « Au bout d'un an, certains commençaient à croire que j'avais fait une bêtise en France. » Dans son quartier, « il n'avait plus de repère. Il était plus français que malien », raconte Yann Fronty, journaliste de France 2 qui l'avait suivi lors d'une enquête sur l'immigration.

Aujourd'hui, Souleymane a conscience que son retour, payé grâce à une collecte de solidarité lancée par la CGT, est « exceptionnel ». Pour marquer le coup, il a d'ailleurs offert à l'organisation syndicale de Seine-Saint-Denis une sculpture en bois d'une tête de lion sur laquelle il a fait peindre le logo de la CGT. « Le lion, c'est le roi de la forêt qui sait se défendre quand il le faut. » Souleymane compte désormais se battre pour obtenir ses papiers, et « fêter avec éclat » le troisième anniversaire de sa fille à l'automne, en France.