Ile-de-France: «La gratuité des transports publics serait une impasse», conclut Valérie Pécresse

TRANSPORTS Ile-de-France Mobilités a présenté ce mardi les conclusions d’un rapport sur la gratuité dans les transports collectifs...

Romain Lescurieux

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La présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, dans son bureau ce lundi à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis)
La présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, dans son bureau ce lundi à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) — LEWIS JOLY / SIPA pour 20 Minutes​
  • Après six mois de travail, le comité de huit experts a rendu ses conclusions sur la gratuité des transports.
  • Selon ce comité, la gratuité « n’est pas en mesure de répondre aux défis qui se posent dans les transports publics ».

« Nous étions ouverts sur cette question. Nous sommes partis sans posture politique », indique Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France et d’Ile-de-France Mobilités. Ce mardi, le syndicat des transports de la région a présenté les résultats de l’étude de faisabilité sur la gratuité des transports collectifs. Une idée  lancée en mars par la maire de Paris, Anne Hidalgo.

Après six mois de travail, le comité de huit experts, sous la présidence de Jacques Rapoport, ancien Président de SNCF Réseau, ex-directeur général de La Poste et ancien directeur général adjoint de la RATP, a rendu ses conclusions. « La gratuité, idée attractive, n’est pas en mesure de répondre aux défis qui se posent dans les transports publics voire les aggraverait », note Jacques Rapoport.

Pas une solution à la pollution de l’air

« Les travaux ont prouvé que la gratuité des transports publics en Ile-de-France serait une impasse. Et elle ne résoudrait absolument pas le problème de la pollution de l’air », a affirmé Valérie Pécresse. « Nous, ce que nous voulons, c’est donné envie aux Franciliens de prendre les transports, avec des transports neufs, confortables. Pour cela nous avons besoin de financements », a-t-elle dit. Il y a quelques jours, elle avait déjà expliqué que la gratuité des transports serait «profondément inadaptée» à la situation de la capitale, qui compte huit lignes de métro saturées – « si vous faites de la gratuité, vous augmentez la saturation » – et plusieurs lignes vétustes ayant besoin d’investissements.

Si depuis le 1er septembre, Dunkerque – ville de 200.000 habitants – a par exemple mis en place la gratuité totale sur l’ensemble de son réseau de transports en commun, la région Ile-de-France se heurterait à différentes barrières et bénéfices limités, selon Ile-de-France Mobilités. La gratuité aurait un « effet minime sur la baisse du trafic routier et l’amélioration de la qualité de l’air », elle « dégraderait rapidement l’ensemble des lignes de transports en commun » et elle «  occasionnerait 500 euros d’augmentation des impôts par ménage l’année prochaine en Ile-de-France ». Enfin, Ile-de-France Mobilités rappelle que « plus d’un million de personnes bénéficient déjà de la gratuité ou de tarifs réduits ». Des élus parisiens ont regretté la « marche arrière » de Valérie Pécresse.

« Nous en débattrons début 2019 »

« Il semblerait, sans surprise, que les préconisations de l’étude qu’elle a commandée ne proposent que des pistes de financement visant à faire payer davantage les usagers et usagères. En bonne élève de Madame Thatcher, elle ferme le débat en n’envisageant qu’une augmentation du titre de transport, ou l’instauration de péages urbains. Nous restons opposés à ces péages qui créeraient des frontières entre les territoires et les classes sociales », indiquent les élus communistes au Conseil de Paris. « A rebours de ce manque d’ambition, nous réaffirmons la possibilité d’avancer à très court terme des mesures de gratuité partielle pour aller vers la gratuité totale », ajoutent-ils.

De son côté, la mairie de Paris attend les premiers résultats d’une étude concurrente, dont les résultats devraient arriver mi-octobre. « Nous en débattrons début 2019 », a déclaré Anne Hidalgo sur France Culture. La question devrait en effet revenir sur le tapis, dans le cadre de la campagne des élections municipales, tant la question agite les différents partis politiques.

Le groupe Les Républicains et Indépendants, a qualifié l’idée de la gratuité d'« inutile », d'« inconséquente », d'« irresponsable » et de « démagogue ». « Que la campagne des municipales 2020 commence ! », avait réagi de son côté le groupe PPCI (pro-Macron ex-LR) du Conseil de Paris, en mars dernier « La gratuité [des transports en commun] à la fin, il y a toujours quelqu’un qui paie », avait affirmé à la même époque, Benjamin Griveaux (LREM), ajoutant : « Je ne connais pas de service qui soit entièrement gratuit ».​