Paris: «Mise en valeur»? «Machine à cash»? L’avenir de la Petite ceinture fait débat

URBANISME Le Conseil de Paris s’ouvre ce lundi et devrait connaître un vif débat sur l’avenir de la Petite ceinture…

Romain Lescurieux

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21 août 2014, Visite commentée du tronçon d'1,3 km de la petite ceinture qui a été réaménagé dans le 15e arrondissement de Paris.
21 août 2014, Visite commentée du tronçon d'1,3 km de la petite ceinture qui a été réaménagé dans le 15e arrondissement de Paris. — O. Gabriel / 20 Minutes
  • La mairie prévoit en effet de faire voter le principe de la création d’une SAS (société par actions simplifiée) avec la SNCF pour réhabiliter des sites de la Petite ceinture.
  • De nombreux élus, de différents courants politiques, se dressent contre ce projet.

« C’est un gros sujet politique », lance Florence Berthout, présidente du groupe LRI (Les Républicains et Indépendants) au Conseil de Paris qui s’ouvre ce lundi. En cette session de rentrée, les élus de la capitale devraient s’écharper sur un éternel serpent de mer parisien :  L’avenir de la Petite ceinture. L’exécutif doit soumettre une délibération sur l’avenir de cette ancienne rocade ferroviaire, longue de 32 kilomètres, autour de Paris.

Anne Hidalgo sur un tronçon de la Petite ceinture dans le 13e arrondissement.
Anne Hidalgo sur un tronçon de la Petite ceinture dans le 13e arrondissement. - R.LESCURIEUX

Vers la création d’une coentreprise

La mairie prévoit en effet de faire voter le principe de la création d’une SAS (société par actions simplifiée) avec la SNCF qui possède une partie du tronçon, afin de réhabiliter une vingtaine de sites – gares, tunnels ou encore locaux techniques – mais également de créer de nouveaux espaces pour potentiellement y développer des activités commerciales. « Pour le moment, l’idée est de donner l’autorisation à la maire de Paris de saisir le conseil d’Etat », et ainsi permettre la mise en place de cette coentreprise, explique Jean-Louis Missika, adjoint à la maire de Paris, chargé de l’urbanisme. Mais de nombreux élus, de différents courants politiques, se dressent contre ce projet.

« Nous considérons que la Petite ceinture doit rester cet espace de promenade et de respiration unique. Elle n’a pas vocation à devenir une artère commerçante avec son cortège de nuisances pour les riverains », note Florence Berthout. « Cette crainte est d’autant plus vive que la ville de Paris souhaite une rentabilité maximale. Pour 1,65 million d’euros investis, elle demande à obtenir 4 millions de dividendes », ajoute-t-elle, avant de contester également la méthode. « Encore une fois, le Conseil de Paris se voit retirer son pouvoir de décision, comme cela a déjà été le cas pour Autolib' et Vélib’, avec le succès qu’on connaît. » Les Verts, les communistes et La France insoumise, contestent aussi cette potentielle future « mise en valeur » de la Petite ceinture.

« C’est une provocation hallucinante », lâche Danielle Simonnet, conseillère de Paris (LFI). « La délibération qui sera présentée au Conseil de Paris est claire : cette société commerciale a pour objectif de faire rentrer du cash. Cette SAS a vocation à trouver des activités dans ces emprises foncières répondant à “l’objectif de rentabilité”, afin de générer “des revenus domaniaux et d’autres recettes” », détaille-t-elle.

« Un centre commercial à ciel ouvert »

De plus, selon l’élue, « le conseil d’administration sera réduit, de 6 à 8 membres au total, à parité toujours entre la Ville et la SNCF. Les maires d’arrondissement, les élu-e-s de l’opposition ne pourront donc pas y siéger, et encore moins des représentants des habitants et du mouvement associatif ». Les communistes, qui prônent, eux, depuis plusieurs années une exploitation du rail, se disent également « inquiets » par ce projet. Tout comme le groupe écolo.

« Nous craignons, avec ce projet de SAS, de voir la Petite ceinture devenir un centre commercial à ciel ouvert », déplore David Belliard, président du groupe. « Nous souhaitons que le projet de revalorisation de la Petite ceinture reste un projet d’espace vert, de préservation de la biodiversité, d’espace public ouvert librement à toutes et à tous », abonde Fatoumata Koné, élue EELV du 19e arrondissement.

Les Verts comptent voter contre cette délibération, d’autres opposants demandent, eux, le report de cette délibération, notamment pour retravailler les contours. « Nous n’avons pas l’intention de bétonner la Petite ceinture », rassure Jean-Louis Missika, adjoint à l’urbanisme, qui devra donc faire face au Conseil de Paris, à une forte opposition.