Paris: Vers l’ouverture de nouvelles salles de consommation à moindre risque?

SOCIETE En plus de l’ouverture de salles de consommation à moindre risque dans la capitale et en Seine-Saint-Denis, la mairie souhaiterait la mise en place d’un bus itinérant pour lutter contre la consommation de crack…

Romain Lescurieux

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Illustration salle de shoot.
Illustration salle de shoot. — Petros Giannakouris/AP/SIPA
  • De nouvelles salles de consommation à moindre risque (SCMR) pour les toxicomanes pourraient ouvrir à Paris et en Seine-Saint-Denis.
  • L’actuelle et seule « salle de shoot » de Paris – dans le 10e – est « en surcharge ».
  • Une salle d’inhalation pour le crack dans le nord de Paris, sous forme d’un bus itinérant, est à l’étude.

De nouvelles salles de consommation à moindre risque (SCMR) pour les toxicomanes pourraient être ouvertes prochainement. Et ce, deux ans après celle installée dans le 10e arrondissement, concentrant « des difficultés », rappelle ce mardi David Belliard, président du groupe écolo au Conseil de Paris. « C’est le seul dispositif et il est en surcharge. Il faut donc adapter l’offre à la demande », note-t-il. Dans ce sens, la mairie réfléchit depuis plusieurs mois à étendre le dispositif.

Les Halles, Aulnay, un bus ?

« Nous n’avons qu’une seule salle pour Paris et l’Ile-de-France. C’est insuffisant », affirme Anne Souyris. L’adjointe à la maire de Paris chargée de toutes les questions relatives à la Santé et aux relations avec l’AP-HP, prône donc pour l’ouverture de plusieurs salles. Notamment une en Seine-Saint-Denis, vers Aulnay-sous-Bois, une dans le quartier des Halles et une salle d’inhalation pour le crack dans le nord de Paris, sous forme d’un bus itinérant. « Ce serait un premier pas vers quelque chose de plus adéquat à la situation », assure-t-elle. Mais concrètement comment faire ?

« Dans un premier temps, il faut l’accord des maires d’arrondissement. Pour ce qui est de la Seine-Saint-Denis, il y a une demande. On va essayer de construire les choses dans le cadre de la mission métropolitaine de prévention des conduites à risques [MMPCR], dont je suis coprésidente. L’idée est de porter un projet pour une salle, qui doit notamment être près d’un hôpital », poursuit-elle. Toutefois, les consommateurs de crack – qui inhalent – n’ont pas accès à ces endroits destinés aux injections. Alors quid de la prise en charge face à une recrudescence du phénomène, notamment à la Chapelle et à Stalingrad ?

La loi n’autorise pas les « salles d’inhalation »

Depuis un certain temps et malgré l’évacuation de la « colline du crack » cet été, les équipes de la ville présentes sur le terrain constatent « un retour alarmant de scènes ouvertes de consommation et de trafics de drogue, des conditions sociales et sanitaires dégradées et des scènes de violences intolérables ». Si l’homme qui a blessé sept personnes avec un couteau et une barre de fer dimanche soir à Paris avant d’être maîtrisé par des passants n’a pas agi sous l’effet de la drogue, le débat a été relancé. « Il faut protéger les habitants et en même temps prendre en charge globalement et durablement, ces usagers de crack, nombreux en errance social et psychique, tout autant qu’en danger sanitaire », note le maire du 19e arrondissement, François Dagnaud.

« Le crack se développe, car il y a un trafic amplifié et un prix qui baisse. Mais il n’y a pas de dispositif suffisant à Paris. Il faut augmenter le dispositif de prise en charge global », rappelle Anne Souyris. Mais surtout la loi doit être modifiée car elle n’autorise pas l’expérimentation de « salles d’inhalation ».

« Pour le moment, on ne peut pas ouvrir une salle uniquement d’inhalation étant donné le cahier des charges existant. D’où ce système de bus itinérant. Mais on ne peut pas faire ça tout seul. Il faut que l’Etat paye, le fonctionnement est du ressort de l’Etat ». Sur ce sujet du bus, les pourparlers se poursuivent donc avec la Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives) et la préfecture de police.