VIDEO. Attaque au couteau à Paris: «Ma femme est traumatisée, elle est cloîtrée volets fermés»

REPORTAGE Dimanche vers 22h40, les riverains du Quai de Loire (XIXe), alertés par des cris, ont neutralisé l’individu suspecté d’avoir blessé sept personnes avec un couteau…

A.Ba

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La rue Henri-Noguères  (Paris 19e) où dimanche l'assaillant a attaqué des passants au couteau. Le 10 septembre 2018
La rue Henri-Noguères (Paris 19e) où dimanche l'assaillant a attaqué des passants au couteau. Le 10 septembre 2018 — A.B./20 Minutes
  • Sept personnes ont été blessées dont quatre sont dans un état grave avec une arme blanche entre le Quai de Loire et la rue Henri-Noguères, dans le XIXe arrondissement de Paris. 
  • Lundi matin, des riverains sont sous le choc et certains dénoncent l'insécurité grandissante dans le quartier. 
  • Une cellule psychologique a été ouverte en urgence lundi, de 15h à 20h, par la mairie du XIXe.

C’est à la hauteur du 36 Quai de Loire, dans le XIXe arrondissement, qu’une attaque au couteau a semé la panique dimanche vers 22h40. Sept personnes ont été blessées dont quatre sont dans un état grave. La piste terroriste est, pour le moment, écartée. L’individu a attaqué des passants devant l’entrée de l’école Henri-Noguères puis sur le terrain de pétanque du Quai de Loire, lieu où s’étaient rassemblés des amateurs du jeu. C’est là, que l’assaillant terminera sa course folle, maîtrisé par des badauds.

Vers 23 heures, Adnane n’a pas hésité à intercepter l’individu, dimanche soir. « On a partagé un bout de courage », dit l’homme de 35 ans, qui passait une soirée paisible entre amis avant d’être alerté par des cris.

« Je le connais, il tourne ici »

Les enfants ont bien repris le chemin de l’école ce matin, confirme le directeur de l’école Henri-Noguères. « La gardienne de l’école a lourdement souffert. EIle était présente jusqu’à 2 heures du matin avec les secours », explique celui qui a rassemblé, lundi matin, les élus des parents d’élèves pour répondre à leur inquiétude et à leurs questions. La gardienne, encore sous le choc, n’a pas souhaité en dire plus.

« Je le connais, il tourne ici », confie Redjdan serveur au café Jaurès, qui décrit l’identité « d’un jeune afghan ou syrien de 25 ou 28 ans » qu’il décrit en survêtement et tee-shirt blanc. D’ailleurs, « avant-hier, il s’est battu en face », abonde le serveur pour qui l’individu lui semblait « normal et pas alcoolisé ».

Jules a été appelé par sa femme en état de crise de nerfs qui lui demandait d’appeler les pompiers à distance. « Ma femme est encore traumatisée. Elle est cloitrée chez nous et ferme les volets depuis ce matin. "Je le connais de vue" », finit-elle par lui dire. Cette famille installée depuis cinq ans dans ce quartier du XIXe arrondissement de Paris se dit abasourdie.

Du haut d'un immeuble de l'avenue Jean-Jaurès qui donne partiellement sur le quai de la Loire et la rue Henri-Noguères, Paris 19e. Le 10 septembre 2018
Du haut d'un immeuble de l'avenue Jean-Jaurès qui donne partiellement sur le quai de la Loire et la rue Henri-Noguères, Paris 19e. Le 10 septembre 2018 - A.B./20 Minutes

« A Harlem, ce sont les armes, ici, ce sont les couteaux »

« En 25 ans, c’est la première fois que j’assiste à une scène de cette ampleur ». Thierry a vu un homme « se faire courser par une quinzaine d’individus » avant qu’il ne se couche « touché au bras et après avoir pris un coup de cageot sur la tête ».

« A Harlem, ce sont les armes, ici, ce sont les couteaux », confie Samuel qui s’est rassemblé avec ses voisins devant le 36 Quai de Loire (Paris XIXe). Ce riverain n’a pas pu regagner son domicile, dimanche soir, car les accès étaient bloqués. C’est en utilisant son téléphone portable qu’il apprendra la nouvelle. Il nous explique être plusieurs fois intervenu, dans le quartier, pour empêcher des hommes hagards prêts à agresser des femmes.

Samira fait ses courses au supermarché quand elle évoque les souvenirs douloureux de la veille. « Mon ami m’a dit 'J’entends des cris de mort' ». Celui-ci fumait sa cigarette sur le balcon quand il entend ce qui lui parait être, de prime abord, une bagarre entre ivrognes. Puis s’ensuivent des premiers puis d’interminables bruits de sirènes. Vers 23 h, ils découvrent leur quartier encerclé par les forces de l’ordre. C’est en descendant l’avenue Jean-Jaurès, qu’à l’intersection de la rue Henri-Noguères, Samira aperçoit « un homme recouvert d’un drap blanc sur un brancard ». « Il ne bougeait pas », ajoute t-elle.

L'assaillant a poursuivi sa course folle en direction du cinéma MK2 situé sur le quai de la Loire (Paris 19e). Le 10 septembre 2018.
L'assaillant a poursuivi sa course folle en direction du cinéma MK2 situé sur le quai de la Loire (Paris 19e). Le 10 septembre 2018. - A.B./20 Minutes

Henri a aussi pris un cliché de ce « tas de chiffon blanc qui ressemblait à un corps » et nous le montre lundi matin alors qu’il rentrait des courses avec son caddie. « Je suis descendu vers minuit », explique cet ancien professeur d’histoire, quand face à une situation confuse il comprend très vite qu’un drame s’est produit. De son doigt, il indique où l’un des corps était étendu. Là, face à l’entrée de l’école Henri-Noguères.
Le drame de la veille a marqué les riverains dont certains sont excédés par une insécurité grandissante. Lundi matin, la vie de quartier a reprit même si cette attaque au couteau anime toutes les conversations. Une cellule psychologique a été ouverte en urgence lundi, de 15h à 20h, par la mairie du XIXe. « C’est un lieu de passage » de l’attaque, indique pour sa part le cinéma MK2 où des clients visionnaient un film au moment des faits. « Rien ne s’est déroulé devant le cinéma contrairement à ce qui a été diffusé », ajoute l’enseigne pour qui la sécurité est assurée avec la présence d’un vigile chaque soir.

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