Paris: L'affaire Benalla pourrait-elle relancer le débat sur la réforme de la préfecture de police?

POLICE L'affaire Benalla a fait ressurgir un vieux serpent de mer: le fonctionnement en vase clos de la préfecture de police parisienne nécessite-t-il d'être repensé?...

20 Minutes avec AFP

— 

Michel Delpuech répond aux questions des députés, le 23 juillet 2018.
Michel Delpuech répond aux questions des députés, le 23 juillet 2018. — ZIHNIOGLU KAMIL/SIPA

Vers une refonte de la préfecture de police de Paris après l’affaire Benalla ? Lors des auditions devant les commissions d’enquête, le fonctionnement de l’institution a été sévèrement mis en cause. Trois policiers haut gradés sont mis en examen pour « violation du secret professionnel » et « détournement d’images issues d’un système de vidéoprotection ». La chaîne de validation des observateurs extérieurs a également été montrée du doigt puisque le préfet de police, Michel Delpuech, et le directeur de la direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC), Alain Gibelin, affirment ne pas avoir été informés de la présence de ce conseiller élyséen.

Lors des commissions, certains, à l’instar de la députée LREM Alice Thourot, se sont interrogés sur l’opportunité de « repenser » l’organisation de la structure. « Le problème de la préfecture de police est historique », a expliqué à la presse Jean-Marc Bailleul, secrétaire général du Syndicat majoritaire des cadres de la Sécurité Intérieure (SCSI) à l’issue d’un entretien avec le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb. Le syndicaliste n’est ni le premier, ni le seul à s’interroger sur sa « spécificité ». En 2011, dans un livre-programme (« 11 propositions chocs pour rétablir la sécurité »), le socialiste Jean-Jacques Urvoas, avant de devenir Garde des Sceaux, proposait même « l’abolition » de cette « hérésie juridique ».

Une structure créée par Bonaparte

« La PP [préfecture de police], Etat dans l’Etat, a été créée par Bonaparte qui face au tout puissant ministre de la police nationale Fouchet voulait un contre-pouvoir », rappelle l’historien Jean-Marc Berlière. Parallèlement à la police nationale, la PP a depuis toujours sa propre police judiciaire, sa brigade d’intervention, sa direction de l’ordre public, son infirmerie psychiatrique ou encore son service de renseignement. Créée en 1800, la PP -- 43.800 personnes dont 27.500 policiers et 8.400 sapeurs-pompiers -- se qualifie elle-même d'« administration unique en France ».

La réforme de la préfecture de police de Paris est un véritable serpent de mer. En février 2017, le sénateur Philippe Dominati (LR) préconisait dans un rapport intitulé « La préfecture de police de Paris : qui trop embrasse mal étreint ? », de transférer certaines compétences du préfet de police - notamment en matière de police judiciaire et de renseignement - afin de « recentrer la préfecture de police sur son cœur de métier ». « Bizarrement à chaque fois qu’ils arrivent au pouvoir, ils ne réforment jamais », souligne Jean-Marc Bailleul pour qui « il peut y avoir une spécificité préfecture de police mais il faut clarifier les rôles de chacun ».

Un fusible supplémentaire ?

« Aucun ministre de l’Intérieur n’a réussi à ce que la PP ne soit pas cet Etat dans l’Etat », assure l’historien Jean-Marc Berlière. Fondre la préfecture de police dans la police nationale semble compliqué : « Cela peut être pratique pour le pouvoir d’avoir une préfecture et un préfet qui peut servir de fusible supplémentaire », glisse une source policière. Et un autre fonctionnaire d’ajouter : « Cela fait trente ans que je travaille dans la police et cela fait trente ans que j’entends parler de la réforme de la préfecture de police. C’est une forteresse imprenable. »