Montreuil: «Je prends ma baguette même si je n’ai pas de sous», la boulangerie anarchiste fait un carton

REPORTAGE La boulangerie « La conquête du pain », nichée dans le nord de Montreuil, propose une baguette bio à 1 euro et pratique des tarifs dégressifs pour les plus démunis…

Atika Bakoura

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La boulangerie autogérée et anarchiste La conquête du pain st située dans le nord de Montreuil, en Seine-Saint-Denis. Le 19 juillet 2018.
La boulangerie autogérée et anarchiste La conquête du pain st située dans le nord de Montreuil, en Seine-Saint-Denis. Le 19 juillet 2018. — A.B./ 20 Minutes
  • « La conquête du pain » est située au 47 rue de Beaune, au nord de Montreuil, en Seine-Saint-Denis.
  • Lancée en 2010, onze salariés dont deux apprentis y travaillent et échangent leur tâche à tour de rôle.
  • La carte des sandwichs est composée de noms de militants anarchistes.

S’offrir une baguette sous l’œil attentif de militants anarchistes, c’est possible à Montreuil. La boulangerie autogérée « La conquête du pain », ouverte en 2010, propose du « très bon pain bio à un bon rapport qualité/prix », commente une habituée. « Nous sommes fiers de notre baguette à 1 euro », lance Myriam, l'une des boulangères, depuis le fournil. La boutique, qui se définit comme anarchiste et autogérée, applique des « tarifs de crise » à la simple demande des clients en situation de précarité. La baguette peut ainsi revenir à 0,74 euros. Et ce, « sans demander de justificatif car nous ne sommes pas la police », souligne Myriam.

Après s’être « liée d’amitié avec l’équipe », Monique passe régulièrement prendre sa baguette, et ce, « même quand je n’ai pas de sous ». Ici, la solidarité est de mise. Un client peut ainsi payer une baguette ou une viennoiserie et la laisser disponible pour celui qui ne peut pas se l’offrir. Et chaque soir, c’est le même rituel, un panier contenant les invendus de la journée est entreposé pour les plus démunis.

La boulangerie autogérée et anarchiste La conquête du pain. Le 19 juillet 2018.
La boulangerie autogérée et anarchiste La conquête du pain. Le 19 juillet 2018. - A.B./20 Minutes

Une boulangerie autogérée

L’affaire est tenue par onze salariés, tous embauchés en CDI, dont deux apprentis, issus de parcours et de nationalités différents. Le concept de l’autogestion prôné par « La conquête du pain » induit que « chaque salarié mette la main à la pâte ». Ici, tous les salariés sont payés au même taux horaire et sont sur un pied d’égalité hiérarchique. « Nous sommes tous des militants d’une cause politique », précise Myriam.

À l’extérieur de la boulangerie, située dans le nord de Montreuil, en Seine-Saint-Denis, une affichette joue carte sur table : « Ici on boit du café rebelle et zapatiste », issu du commerce équitable. Les sandwichs portent tous des noms évocateurs : Bakounine, Engels, Davis ou encore Marx… La décoration est revisitée chaque semaine par un salarié, à tour de rôle. Ce jeudi, place à Karl Marx. « Tiens, il y a un portrait que je ne connais pas », confie un voisin qui « ne mange pas beaucoup de pain » mais qui passe souvent pour donner des livres et garnir le « petit coin anarcozapatiste », la bibliothèque collective. Car la boutique est aussi un lieu culturel, chaque initiative citoyenne lancée à Montreuil est relayée dans cet espace.

La carte des sandwichs est composée de noms anarchistes réputés. Le 19 juillet 2018.
La carte des sandwichs est composée de noms anarchistes réputés. Le 19 juillet 2018. - A.B./20 Minutes

Et le concept fonctionne. Pascal profite de l’accalmie estivale pour acheter sa baguette, car « ça part très vite, parfois à 16 heures il ne reste plus rien ». Une nostalgique du savoir-faire à l’ancienne a pris ses habitudes à « La conquête du pain » car elle y retrouve « le goût du vrai pain et de sa croûte croustillante que l’on faisait, à l’époque, avec les vieux fours ». En 2016, des erreurs de comptabilité et un four cassé ont bien failli mettre un terme à l’aventure. Mais, c’était sans compter sur la solidarité des Montreuillois qui se sont battus pour que le commerce perdure. Notamment, grâce à une pétition ainsi que des dons. La boulangerie solidaire a de beaux jours devant elle.

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