Comment les Parisiens vivent depuis le départ des migrants en bas de chez eux?

REPORTAGE Le 30 mai, l’Etat a procédé à une évacuation avec mise à l’abri des migrants. Un peu plus d’un mois après, 20 Minutes est retourné dans les quartiers où ils s’étaient installés…

A.B.

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L'accès est bloqué au quai de Valmy situé dans le 10e arrondissement de Paris. Le 10/7/2018.
L'accès est bloqué au quai de Valmy situé dans le 10e arrondissement de Paris. Le 10/7/2018. — A.B. 20 Minutes
  • 2.500 migrants étaient enregistrés dans trois campements à Paris : Millénaire (19e), Canal Saint-Martin (10e) et Porte de la Chapelle (18e) avant leur évacuation avec mise à l’abri, le 30 mai, par l’Etat.
  • Ils ont été répartis dans des centres d’hébergements provisoires, « pour une période temporaire », explique l’association France terre d'asile qui confirme le retour de migrants dans certains quartiers.

Les quais de l’est parisien restent sous surveillance policière. A notre arrivée sur les quais du canal Saint-Martin, un véhicule de police était stratégiquement posté entre l’association France terre d’asile et les quais de Valmy et de Jemmapes. Là où le 30 mai les autorités ont procédé à une évacuation avec mise à l’abri des 550 migrants, majoritairement Afghans, qui y campaient. Depuis, ils ont été répartis dans des centres d’hébergements provisoires, gymnases ou universités, sur tout le territoire national « pour une période temporaire », explique l’association France terre d’asile.

« Oui, les gens apportaient du café mais ce n’était pas tout le monde. »

« Oui, les gens apportaient du café mais ce n’était pas tout le monde. », dit un riverain qui vit près de la station Crimée dans le 19e arrondissement de Paris, et a vu les tentes de migrants « évoluer progressivement sur l’avenue de Flandres de Stalingrad à Crimée ».

Quai de Valmy, le 10/07/2018.
Quai de Valmy, le 10/07/2018. - A.B. 20 Minutes

Du côté du campement du Millénaire, où 1.500 migrants campaient sur le canal Saint-Denis, dans le 19e arrondissement de Paris, un salarié de la navette fluviale Millénaire confie : « Notre seule crainte était que la navette blesse ceux qui se lavaient quotidiennement dans le canal ». Pour Fatima, leur présence était « dérangeante ». Elle s’excuse en évoquant des footings, le long du canal Saint-Denis, où elle se sentait « regardée ». Patricia, elle, avait dû renoncer à ses balades nocturnes avec sa mère et avoue : « Franchement, je vous le dis. Ce n’est pas plus mal leur départ. C’était dégueulasse. Les migrants n’avaient pas de sanitaires ni de poubelles, ils faisaient leurs besoins derrière le pont et les odeurs restaient. »

« La castagne le soir mais entre eux, ils n’ont jamais embêté les riverains »

Un épicier a été témoin de l’arrivée des migrants sur le long du Canal Saint-Martin, 10e. Il évoque « de la castagne, le soir, mais juste entre eux », avant d’assurer « qu’ils n’ont jamais embêté les riverains ». « Je n’ai jamais eu de souci », affirme aussi une passante agrippée à son caddie qui espère que « leur situation est meilleure, là où ils sont. » Trois policiers sillonnent la zone et se mêlent à quelques touristes qui empruntent les quais, dont parfois l’accès est empêché par un grillage.

Canal de Saint-Denis, le 10/07/2018.
Canal de Saint-Denis, le 10/07/2018. - A.B. 20 Minutes

Depuis peu, des riverains ont remarqué le retour de migrants. Une information confirmée par France terre d'asile, qui a constaté le retour de migrants lors de ses maraudes. Le cabinet du maire, François Dagnaud (PS), du 19e arrondissement de Paris évoque : « un regroupement vers la porte d’Aubervilliers avec des opérations de mises à l’abri régulières ».

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