Paris: Refus de prise en charge, entretien «flash» ou suspicion… Une ONG dénonce l’accueil des mineurs isolés

MIGRANTS Selon l’ONG Human Right Watch, l’accueil des mineurs isolés à Paris relève de la « loterie ». Des accusations vivement démenties par la Croix-Rouge…

Caroline Politi

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L'ONG Human Right Watch dénonce l'accueil des mineurs migrants isolés à Paris.
L'ONG Human Right Watch dénonce l'accueil des mineurs migrants isolés à Paris. — CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP
  • Selon l’ONG Human Right Watch, 400 mineurs isolés dormaient dans les rues en février 2018.
  • L’ONG dénonce une prise en charge très aléatoire de ces adolescents.
  • La Croix-Rouge, qui assure leur prise en charge, dénonce les accusations portées à son encontre.

« C’est incroyable de devoir dormir dans la rue dans un pays comme la France. Si tu n’es pas accompagné, tu es abandonné. » Comme Souleymane, un jeune Guinéen de 16 ans, des centaines de migrants mineurs seraient livrés à leur sort à Paris, dénonce, dans un rapport alarmant, l’ONG Human Right Watch. Selon un recensement fait par l’organisation, quelque 400 mineurs non accompagnés dormaient dans les rues de la capitale au mois de février 2018. « A Paris, les autorités de la protection de l’enfance recourent à des procédures défaillantes d’évaluation de l’âge des enfants migrants non accompagnés, excluant un grand nombre d’entre eux de la prise en charge », écrit l’organisation, qui s’appuie sur des entretiens avec 49 mineurs mais également des médecins, avocats…

Le parcours de prise en charge a pourtant été clarifié. Tous les enfants et adolescents migrants non accompagnés doivent passer par le dispositif d’évaluation des mineurs isolés étrangers (Demie) pour obtenir une reconnaissance légale de leur âge. Une structure administrée par la Croix-Rouge. Or, selon Human Right Watch, nombre d’entre eux sont refoulés du centre avant même d’avoir été évalués ou subissent un entretien expéditif. « Les enfants, ainsi rejetés, sont livrés à eux-mêmes », assure l’organisation.

La Croix-Rouge dément les accusations portées à son encontre

Même ceux qui passent les entretiens peuvent être exclus des procédures, soit parce qu’ils n’ont pas de papiers prouvant leur minorité, soit parce que la validité de ceux-ci est mise en doute. Parfois, assure l’ONG, un « récit trop détaillé » est vu comme un signe de « maturité » et donc de majorité. Le rapport cite le cas d’un Malien de 16 ans dont la reconnaissance de minorité a été rejetée parce qu’il avait travaillé pour financer la poursuite de son périple jusqu’en Europe. « Vous avez fait preuve d’une autonomie avérée, en travaillant comme manœuvre sur plusieurs chantiers durant votre parcours migratoire, de juillet 2016 à mars 2017 », cite le rapport. A l’inverse, ne pas fournir suffisamment de détails est considéré comme suspect.

Les mineurs n’ayant pas obtenu la reconnaissance de leur minorité sont en droit de saisir un juge mais cette procédure est longue et les laisse souvent dans le dénuement le plus total. Les adolescents, selon l’ONG, sont livrés à eux-mêmes, souvent obligés de dormir dans la rue. « Une fois, dans la rue, alors que je dormais, on m’a volé mon sac à dos avec tous mes habits. Je dormais, j’avais trop froid. Je n’avais pas de couverture, ni de tente », assure à Human Right Watch Ramatoulaye S., un Ivoirien âgé de 17 ans.

La Croix-Rouge a vivement démenti les accusations portées à son encontre quant à la gestion du dispositif d’évaluation des mineurs isolés étrangers. « Cette mission exigeante, que nos équipes assument avec professionnalisme, n’est en aucun cas “une loterie”, “arbitraire”, basée “sur des entretiens de 5 minutes” », assure-t-elle dans un communiqué. Elle dément également avoir refusé l’entrée du centre à certains jeunes, rappelant, au contraire, que « plus de 6.600 personnes ont été accueillies » l’an dernier.

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