Simone Veil au Panthéon: «Il ne s’agit pas d’un aboutissement, c’est le début d’une mémoire qui se met à vivre», estime la fille de Jean Zay

INTERVIEW Simone Veil entrera au Panthéon ce dimanche, elle sera la cinquième femme à reposer au tombeau de la République…

Propos recueillis par Naomi Mackako

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Hélène Mouchard-Zay, fille du résistant Jean Zay., devant une photo de son père.
Hélène Mouchard-Zay, fille du résistant Jean Zay., devant une photo de son père. — Capture d'écran France 3

A l'occasion de l’entrée au Panthéon de Simone Veil ce dimanche 1er juillet, Hélène Mouchard-Zay, fille du résistant Jean Zay assassiné par la milice en 1944, évoque la signification de cette cérémonie pour l'ancienne ministre décédée en juin dernier mais également pour  son père, qui  avait lui-même reçu cet honneur posthume en 2015, à l’initiative de François Hollande.

Simone Veil entrera ce dimanche au Panthéon. Est-ce important pour vous ? 

Je connaissais bien Simone Veil et j’ai été personnellement invitée à assister à la cérémonie. Lorsqu’elle était présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, elle a énormément aidé le Centre d'étude et de recherche sur les camps d'internement du Loiret (Cercil). Simone Veil avait fait le déplacement pour l’inauguration du musée mémorial des enfants du Vel d’Hiv à Orléans. Toute sa vie, elle a porté la mémoire de la Shoah. Il semble évident pour moi qu’elle repose au Panthéon pour son combat pour l’émancipation des femmes et la légalisation de l’IVG. De plus, son expérience de la déportation lui a donné une forte légitimité au regard des questions européennes. Il n’y a pas eu et il n’y a toujours pas assez de femmes au Panthéon. Avec Simone Veil, on voit la volonté de rétablir un équilibre.  

La dépouille d’Antoine Veil reposera aux côtés de Simone Veil au tombeau de la République. Pourquoi votre mère n’avait pas pu accompagner votre père à l’époque ? 

En 2015, l’Elysée nous a dit qu’il était impossible que ma mère soit placée aux côtés de mon père. Cela a été très douloureux d’autant plus qu’elle s’est battue toute sa vie contre l’injustice mémorielle entourant sa mort. Elle l’a soutenu dans son combat alors qu’il était en prison et résistait aussi à son niveau. Elle glissait les écrits de mon père dans mon landau pour les transmettre aux autres résistants. Mes parents formaient un couple uni et s’aimaient très fort. Mais l’ensemble de l’organisation de la cérémonie était prise en main par le gouvernement. Nous avons été consultés pour le choix d’un emplacement parmi les deux proposés. Nous étions quatre familles et, ne parvenant pas à trouver d’accord, l’Elysée a finalement tranché.

Vous qui avez déjà assisté à une panthéonisation, avez-vous une pensée particulière pour les enfants de Simone Veil qui s’apprêtent à vivre cette cérémonie à leur tour ?

L’entrée au Panthéon a donné au souvenir de mon père une solennité qui me dépasse. Dès lors qu’un proche entre dans ce monument, son combat et sa mémoire ne vous appartiennent plus. Ils reviennent à toute la nation et c’est une belle reconnaissance publique. Pour ma famille, cet acte a été d’autant plus fort que la France a mis un demi-siècle à reconnaître la responsabilité du régime de Vichy dans la disparition de mon père. Il ne s’agit pas d’un aboutissement, c’est le début d’une mémoire qui se met à vivre. C’est une belle façon de la pérenniser pour les générations futures. Il faut laisser grandir la mémoire du défunt.

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