Les élus votent la fin du service Autolib'... Retour sur un fiasco

PANNE SECHE Les élus du syndicat Autolib’ Vélib’ Métropole ont voté ce jeudi l’arrêt du service…

C.Po.

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Sept ans après son lancement, l'Autolib s'arrête.
Sept ans après son lancement, l'Autolib s'arrête. — A. GELEBART / 20 MINUTES
  • La crise entre la mairie de Paris et le groupe Bolloré est avant tout financière.
  • Autolib' a été lancée en 2011 à Paris, avant d’être étendue à une centaine de villes d’Ile-de-France.
  • A partir de 2016, le nombre d’abonnements a baissé.

Sortie de route pour Autolib'. Ce jeudi, les élus du syndicat Autolib' Vélib' Métropole (SAVM) se sont - sans surprise - prononcés en faveur de l’arrêt d’Autolib’, ces petites voitures grises en autopartage à Paris et dans une centaine de communes de la région parisienne. Les élus ont entériné la proposition de la présidente du syndicat, Catherine Baratti-Elbaz (maire du 12e), de « refuser de procéder au versement de la compensation financière demandée par le délégataire », refus qui acte la résiliation du contrat. Retour sur un fiasco.

La promesse d’un service pratique et écolo

En 2011, lorsqu’Autolib' est lancé par le prédécesseur d’Anne Hidalgo, Bertrand Delanoë, c’est la promesse d’un service écolo et adapté au mode de vie des Parisiens. De son côté, l’industriel Vincent Bolloré ne cache pas sa volonté de tester avec cette voiture électrique une batterie dernière génération dite LMP (lithium-métal-polymère). Jusqu’en 2016, l’Autolib connaît un certain succès : les abonnements sont en augmentation régulière (110.000 cette année-là), des bornes et des stations de recharges sont installées dans une centaine de villes de l’agglomération parisienne.

Dégradation du service et concurrence des VTC

Mais peu à peu, le service perd en qualité. Le groupe Bolloré le reconnaît lui-même, de nombreuses voitures sont sales, dégradées, souvent hors-service. L’arrivée des VTC et des nouvelles offres de partage de véhicules portent également un important coup de frein au développement de ce service. L’entreprise, par la voix de Marie Bolloré, fille de l’industriel et directrice de la mobilité, reconnaît quelques erreurs d’appréciation. « On pensait aussi qu’il y aurait plus de trajets banlieue-Paris, ou banlieue-banlieue, ce qui aurait fait des locations plus longues », confie-t-elle dans le Parisien.

Une situation financière critique

Mais la brouille entre la mairie de Paris et le groupe Bolloré est avant tout financière. Le déficit d’Autolib' est désormais estimé par le groupe à 293,6 millions d’euros, chiffre que la ville conteste. Or, contractuellement, Vincent Bolloré n’est tenu de verser de sa poche « que » 60 millions d’euros. Il demande donc aux collectivités, et notamment à la mairie de Paris, de lui verser 233 millions d’euros pour éponger la dette d’exploitation. Ce que refusent de faire la mairie et le syndicat.

Et maintenant ?

La résiliation étant désormais actée reste à savoir quand elle sera effective. Le groupe Bolloré avait assuré que l’arrêt du service pourrait être immédiat, le syndicat plaide quant à lui pour un retrait progressif. Les négociations sur la transition s’annoncent donc âpres. La présidente du syndicat Catherine Baratti-Elbaz affirme également être « d’ores et déjà en discussion avec de nombreux acteurs pour organiser très vite ces nouvelles solutions d’autopartage. Les premières seront initiées avant la fin de l’année. »

Reste que cette résiliation aura un coût pour les contribuables. L’inquiétude est de mise pour les villes adhérentes au service. A Argenteuil, le maire Georges Mothron (LR) estime dans un communiqué que « rompre le contrat me semble […] de nature à faire peser d’importantes menaces financières sur nos communes ».

A combien va se chiffrer la résiliation ? C’est pour l’heure la grande inconnue de cette équation. La présidente du syndicat mixte assure que la résiliation coûtera moins cher que le maintien du service, Marie Bolloré affirme l’inverse. « On sera plus proche des 300 millions d’euros que des dizaines de millions évoqués par le syndicat mixte », assure la directrice de la mobilité dans une interview au Parisien.