Les rodéos sauvages bientôt plus sévèrement sanctionnés?

PROPOSITION DE LOI Un texte visant à renforcer la lutte contre les rodéos sauvages sera examiné mercredi à l’Assemblée nationale…

Caroline Politi

— 

Une proposition de loi pour renforcer la législation contre les rodéos urbains sera débattue en juillet. (image d'illustration)
Une proposition de loi pour renforcer la législation contre les rodéos urbains sera débattue en juillet. (image d'illustration) — PHILIPPE HUGUEN / AFP
  • Le groupe LREM à l’Assemblée nationale dépose une proposition de loi pour renforcer la lutte contre les rodéos sauvages.
  • Les députés souhaitent une correctionnalisation de ces rodéos.
  • En 2017, plus de 15.000 rodéos ont été enregistrés.

Des moteurs qui vrombissent, des motards souvent non casqués qui enchaînent les « roues arrière » et les excès de vitesse, des quads et mini-motos, pourtant interdits en ville, qui slaloment au milieu des automobilistes… Depuis quelques années, le retour du printemps sonne la saison des rodéos sauvages. Au grand dam des riverains excédés par les nuisances sonores et des élus qui se sentent souvent dépassés par cette délinquance routière, à l’origine de plus en plus d’accidents. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, la police a recensé près de 8.700 rodéos en ville et notamment dans les zones urbaines sensibles l’an dernier. Et les secteurs ruraux ne sont pas en reste : en 2017, le phénomène a été constaté 6.614 fois par les gendarmes, soit une augmentation de près de 20 % en un an.

Correctionnalisation des rodéos sauvages

Pour lutter contre cette mode plus si nouvelle, une proposition de loi est examinée à partir de mercredi à l’Assemblée nationale. Objectif :  transformer cette pratique en délit. Aujourd’hui, les rodéos sont punis par toute une série d’infractions contraventionnelles au code de la route : les excès de vitesse, l’absence du port de casque, les véhicules non homologués… « L’objectif est de punir spécifiquement ce type de délit et non uniquement les infractions qui en découlent », explique le député LREM, Rémy Rebeyrotte, porteur du projet au sein du groupe.

Le texte propose de punir d’un an d’emprisonnement et de 15.000 euros d’amende « le fait d’adopter, au moyen d’un véhicule terrestre à moteur, une conduite répétant de façon intentionnelle des manœuvres constituant des violations d’obligations particulières de sécurité ou de prudence ». Une peine alourdie à cinq ans de prison et 75.000 euros si les faits sont commis en réunion ou sous l’emprise d’alcool et de stupéfiants. Il prévoit également de rendre la confiscation du véhicule systématique. « Ces peines sont avant tout dissuasives, l’idée principale est de lutter contre le sentiment d’impunité ressenti par ces jeunes et de décourager les fauteurs de trouble », poursuit le député.

Difficultés d’interpellation

Si le texte est globalement salué par les syndicats de police, tous pressentent qu’une évolution législative ne saurait à elle seule régler le problème. Car face à ce phénomène en expansion, les forces de l’ordre font face à un dilemme : en tentant d’interpeller les conducteurs de ces deux-roues, ils risquent une course-poursuite qui peut mener à un accident mortel, voire à des violences urbaines dans certains cas. « On est quasiment systématiquement confrontés à des refus d’obtempérer, ce sont des individus qui cherchent la confrontation », analyse Loïc Lecouplier, délégué à Paris du syndicat de police Alliance. Ils privilégient plutôt des interpellations a posteriori en relevant, lorsqu’ils le peuvent, la plaque d’immatriculation et en travaillant sur la vidéosurveillance. Encore faut-il que la plaque n’ait pas été retirée. « Sur le principe, ce nouveau délit est bien mais il ne règle pas les difficultés d’interpellations et les risques qui en découlent », poursuit le syndicaliste.

Un sentiment partagé par Rocco Contento, secrétaire du syndicat Unité SGP-Police à Paris. S’il estime que le texte va dans « le bon sens », il s’inquiète de son application. « C’est une première étape nécessaire car ce phénomène mobilise de plus en plus de policiers mais encore faut-il le mettre en pratique et que les parquets nous soutiennent », s’inquiète le policier.