Paris: Baisse des abonnements, dette XXL et mairie remontée… Est-ce la fin d’Autolib’?

TRANSPORTS Le groupe Bolloré a demandé aux collectivités, dont Paris, d’éponger la lourde dette du dispositif de voitures électriques en partage…

Romain Lescurieux

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Paris le 05 decembre 2011. Inauguration reelle du concept de voiture electrique en libre service Autolib' inspire de Velib' avec la  Blue Car de Bollore.
Paris le 05 decembre 2011. Inauguration reelle du concept de voiture electrique en libre service Autolib' inspire de Velib' avec la Blue Car de Bollore. — A. GELEBART / 20 MINUTES
  • Vincent Bolloré a demandé aux collectivités de lui verser 46 millions d’euros par an pour régler une partie de la dette.
  • Dans une interview aux Echos, Anne Hidalgo assure être en « discussion avec différents constructeurs » pour tourner la page.

5 décembre 2011, Bertrand Delanoë, alors maire de Paris, et Vincent Bolloré inaugurent dans la capitale, le service d’autopartage Autolib’et ses Bluecar 100 % électriques. « Une révolution urbaine » était alors annoncée. Près de sept ans plus tard, c’est la chute libre. Effondrement des abonnements, déficit important, concurrence amplifiée, clients déçus… Aujourd’hui, même la mairie de Paris veut tourner le dos au service.

« La somme demandée par l’entreprise est extravagante »

D'après des chiffres révélés par Le Monde, confirmés par la mairie de Paris, la dette d’exploitation du service s’élèverait à 293,6 millions d’euros jusqu’à la fin du contrat, en 2023. Si Vincent Bolloré va – comme le prévoit le contrat – sortir 60 millions d’euros de sa poche, l’industriel breton réclame aussi aux collectivités de lui verser 46 millions d’euros par an, pour éponger le reste. Des élus s’étranglent. A commencer par Anne Hidalgo.

« La somme demandée par l’entreprise est extravagante », a-t-elle expliqué aux Echos, tout en remettant en cause le modèle dans sa globalité. « Ce dispositif devait être rentable. Force est de constater qu’il ne l’est pas », poursuit-elle et se dit prête à « regarder ce qui se fait ailleurs ». Le service devait en effet au départ fonctionner sans aucun fonds publics et même dégager un bénéfice « d’au moins 56 millions d’euros par an ».

Vincent Bolloré au volant d'une Autolib en 2014.
Vincent Bolloré au volant d'une Autolib en 2014. - Jacques Brinon/AP/SIPA

Contacté par l’AFP, Bolloré n’a ni confirmé ni infirmé sa demande aux collectivités mais « réaffirmé son souhait de voir les discussions se poursuivre et aboutir » avec le syndicat Autolib' Vélib' Metropole (SAVM), qui gère le dispositif pour les 103 villes partenaires. Toujours est-il qu’au fil du temps, Autolib' a perdu de nombreux abonnés.

Problèmes techniques, incivilités et concurrence

Depuis fin 2016, le service d’autopartage dans l’agglomération parisienne a subi une baisse de plus de 5% de ses abonnés, selon une étude du bureau de recherches 6-t, spécialiste de la mobilité urbaine, publiée fin 2017. Selon le rapport d’activité du syndicat mixte Autolib' Metropole, les ventes d’abonnements de courte durée (un mois, une semaine et un jour) ont par exemple diminué de 14 % pour la seule année 2015. Certains clients ont en effet été attirés par la concurrence ou d’autres moyens de mobilité, notamment après des déconvenues.

Louis, un Parisien de 36 ans était un utilisateur régulier du service Autolib'. Jusqu’à ce qu’il rencontre quatre soucis techniques en un an. Point commun de ces mésaventures : la pluie. « Un jour, sur le périphérique, l’ensemble de l’électronique s’est coupé », dit celui qui s’est retrouvé sans clignotants ni feux ni indication de vitesse. « La seule réponse d’Autolib' : “Arrêtez-vous tout de suite” », déplore-t-il auprès de 20 Minutes. Quelques mois plus tard, c’est l’écran qui lui indique soudain qu’il doit s’arrêter de « manière imminente ». Trop tard. « La voiture a stoppé net en plein milieu de la chaussée. En arrivant, le dépanneur m’a lancé : “On est débordé, avec la pluie elles tombent toutes en panne”. » Depuis, Louis n’est plus jamais revenu vers le service Autolib’.

L'écran d'une voiture Autolib' affiche un problème
L'écran d'une voiture Autolib' affiche un problème - DR

« Au début, il y a eu des ajustements à faire notamment au niveau de l’entretien et du suivi technique des voitures. Les incivilités n’avaient par exemple pas été suffisamment prises en compte », expliquait récemment à 20 Minutes, Marie Castelli, secrétaire générale d’Avere (Association nationale pour le développement de la mobilité électrique). Les élus parisiens déplorent aujourd’hui la situation.

« Ça ne marche plus »

« Ça ne marche plus », déplore Eric Azière, président du groupe UDI-MoDem. « Bolloré s’est servi d’Autolib' pour se faire une image à l’international et améliorer sa technologie », accuse de son côté, le président du groupe écologiste David Belliard. De nombreux élus demandent aussi à pouvoir consulter les résultats de l’audit « afin de vérifier la façon dont le groupe Bolloré impute des charges sur cette activité et d’évaluer la réalité du déficit », note dans un communiqué le groupe Démocrates et Progressistes. Une demande similaire a été émise par la présidente groupe LRI (Les Républicains et Indépendants), Florence Berthout, pour qui « il est urgent de mettre fin à “fiascolib” ».

Anne Hidalgo qui assure être en « discussion avec différents constructeurs », évoque dans son entretien aux Echos, la nouvelle piste de systèmes d’automobiles en « free-floating » avant d’ajouter : « Des constructeurs ont des propositions opérationnelles, il n’y a aucune raison d’attendre. » Une commission devrait être prochainement créée, où siégeront l'ensemble des élus parisiens, pour suivre l'«évolution du sujet ».