Évacuation d’un camp de migrants à Paris: «Je veux obtenir le statut de réfugié en France»

SOCIETE Les forces de l’ordre ont lancé mercredi matin l’opération d’évacuation du plus gros campement de migrants à Paris…

Romain Lescurieux

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Mohamed a 26 ans, il a quitté la Somalie en avril. Il est arrivé sur le campement du Millénaire il y a deux jours, le 27 mai 2018.
Mohamed a 26 ans, il a quitté la Somalie en avril. Il est arrivé sur le campement du Millénaire il y a deux jours, le 27 mai 2018. — Romain Lescurieux
  • L’opération a débuté dans le calme peu après 6 heures sur le campement du Millénaire où vivaient près de 1.500 migrants, situé porte de la Villette au nord-est de la capitale.
  • Cette opération a eu lieu après des semaines de bras de fer entre le gouvernement et la Ville.

« Je ne peux plus vivre dans ces conditions, je ne peux plus dormir dans la rue. Il faut une solution », explique Mohamed, la tête baissée, sur le quai du Canal Saint-Denis. A 26 ans, il a quitté la Somalie en avril dernier pour « une meilleure vie » et est arrivé il y a deux jours sur le campement dit du Millénaire dans le XIXe arrondissement. Comme lui, 1.500 migrants y étaient installés depuis plusieurs semaines. Jusqu’à ce mercredi.

Aux alentours de 6 heures, la préfecture de région Ile-de-France, la préfecture de police de Paris, et la mairie de Paris, ont en effet procédé à l’évacuation du site.

35e opération de ce type depuis 2015

Situé dans l’est de la capitale, ce camp concentrait majoritairement des personnes originaires de la Corne de l’Afrique (Ethiopie, Erythrée, Soudan). Alors que les conditions de vie continuaient de s’y dégrader, d’un point de vue sanitaire mais aussi sécuritaire, notamment avec des rixes régulières et des noyades, la Ville de Paris et l’Etat ont décidé de mener conjointement cette action. Et ce, après des semaines de bras de fer entre la maire de Paris, Anne Hidalgo et le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb. Chacun se renvoyant la responsabilité de la prise en charge des migrants.

Cette opération – la 35e de ce type depuis 2015 – s’est déroulée dans le calme et de manière très organisée, en présence de plusieurs journalistes, du préfet de la région Ile-de-France Michel Cadot ou encore de nombreux salariés d’associations comme France Terre d’Asile chargés d’organiser des rondes dans le campement pour expliquer aux migrants la situation.

Examen de la situation

« Six personnes peuvent encore monter dans le bus », lance vers 7 heures un fonctionnaire de la région Ile-de-France. Les CRS laissent alors les migrants passer un par un, pour accéder au bus. Non loin, un homme d’une vingtaine d’années indique vouloir partir d’ici « rapidement » et obtenir le statut de réfugié. Pendant ce temps, des hommes récupèrent leurs affaires dans des tentes, d’autres prennent une couette. Puis commencent à former, ensemble, une file d’attente, sous le regard des forces de l’ordre. Les premiers bus se remplissent.

Les migrants sont alors dirigés vers des locaux réquisitionnés pour l’occasion. La ville de Paris s’est engagée à fournir 780 places, via six sites, principalement des gymnases. « 40 % des personnes seront prises en charge dans Paris intra-muros », commente-t-on à l’Hôtel de ville. Les autres migrants seront conduits dans des locaux du même type en Ile-de-France.

« Je veux obtenir le statut de réfugié »

Ils y resteront durant plusieurs jours. Le temps d’étudier leur situation. Notamment en ce qui concerne les primo-arrivants ou encore les « dublinés » (les migrants qui, en vertu du règlement Dublin de l’Union européenne, doivent faire leur demande d’asile dans le premier pays européen où ils ont été contrôlés). C’est le cas d’Ibrahim, un Soudanais interrogé par l’AFP. « Certains trouvent que c’est bien ici, on ne sait pas si on pourra rester en France. Moi je veux rester en France, je sais que je peux faire ma vie ici, mais j’ai mes empreintes en Italie », explique-t-il.

Mohamed, lui, assure ne pas avoir laissé ses empreintes dans un autre pays. « Je veux obtenir le statut de réfugié en France », dit-il, avant de se reprendre : « Enfin, je l’espère ».