Retards, bugs en série... Les raisons d'un fiasco du nouveau Vélib'

VELIB Le déploiement du nouveau Vélib' est entaché de couacs. Un «point d'étape» est effectué ce jeudi par Anne Hidalgo avec le nouveau prestataire Smovengo et le syndicat Autolib' et Vélib'...

C.Po.

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Des techniciens à l'oeuvre sur une station Vélib' dans le VIIIe
Des techniciens à l'oeuvre sur une station Vélib' dans le VIIIe — R.LESCURIEUX
  • Le nombre d'abonnés Vélib' est passé de 290.000 l'an dernier à 219.000, selon la mairie.
  • Smovengo et le syndicat Vélib' et Autolib' sont convoqués jeudi pour un «point d'étape».
  • Seules 670 stations ont été installées sur les 1400 prévues. 

On les promettait plus légers, plus pratiques et plus nombreux. La réalité est bien moins flamboyante. Depuis le début de l’année, le déploiement des nouveaux Vélib’ à Paris et dans la petite couronne a viré au fiasco. Retard monstre, bugs en série et mouvement social sont venus entacher l’arrivée de la nouvelle génération de vélos en libre-service. Fin avril, selon le syndicat Autolib' et Vélib’(SAVM), seules 670 stations étaient en service contre les 1.400 escomptées. Et près de 3.000 vélos électriques n’étaient pas utilisables.

Jeudi dernier, la  mairie de Paris a demandé « un plan d’urgence » pour faire face à une situation qui s’est encore dégradée au mois d’avril (était-ce vraiment possible ?). Smovengo, qui a remporté l’an dernier le marché face à JC Decaux - l’opérateur historique - et le syndicat Vélib’Autolib' sont convoqués ce jeudi par Anne Hidalgo. Objectif :  accélérer le déploiement et enrayer la baisse des abonnements. Ils sont passés, selon la mairie, de 290.000 à 219.000 en quatre mois.

Un problème d’alimentation électrique

L’électrisation des bornes, c’est le nœud du problème. Les anciennes stations JC Decaux sont progressivement remplacées par celles de Smovengo. Or, le nouveau parc a besoin d’un voltage plus important pour recharger les vélos électriques. Et c’est là que la chaîne déraille. Sur les 670 stations installées, seules 263 ont été raccordées. A la mi-mars, dans un communiqué au vitriol, le nouvel opérateur justifiait ce retard par une mauvaise gestion du projet par le Syndicat Autolib' et Vélib' qui aurait transmis un cahier des charges incomplet.

Pour faire face à ces difficultés, Smovengo a donc équipé les stations non raccordées de batteries qui nécessitent d’être régulièrement rechargées. Si ce n’est pas fait, il devient impossible de prendre un vélo, même classique, car le lien entre la borne et le point d’attache ne se fait pas. C’est ce qu’il se produit depuis la mi-avril avec les problèmes sociaux de l’entreprise (voir plus bas) : les batteries sont à sec dans la majorité des stations, rendant la situation chaotique.

Jeudi dernier, Christophe Najdovski, adjoint EELV aux Transports, a demandé que les 3.000 vélos électriques soient retirés de toute urgence pour débloquer les bornes. Il a également réclamé l’électrification en urgence des stations sur batteries et que toutes les nouvelles stations soient raccordées au réseau. Contacté, Smovengo n’a pas souhaité s’exprimer avant la rencontre avec Anne Hidalgo.

De l’anti-jeu chez JC Decaux ?

Si Smovengo reconnaît avoir rencontré de nombreuses difficultés lors du déploiement, il affirmait également dans son communiqué de la mi-mars avoir été victime de « manœuvres » de son prédécesseur. « Le sortant, notre concurrent, a tout tenté par ses recours juridiques (tous perdus !) et ses manœuvres dilatoires, y compris en matière sociale, pour retarder le passage de relais. »

Smovengo cite notamment le retard pris par son prédécesseur dans le démontage des anciennes stations qui empêchent l’installation des nouvelles bornes. « Chacun peut aisément constater dans les rues de Paris la présence, encore à ce jour, des stations que notre prédécesseur devait avoir démontées », cingle le nouvel opérateur. La réponse de son prédécesseur ne s’est pas fait attendre. « Au 1er mars, nous avons démonté 797 stations. Smovengo a été en faculté de n’en ouvrir que 324 », répondait JC Decaux.

Une grève chez Smovengo

Aux difficultés techniques, s’ajoute un mouvement social. Depuis la mi-avril, une cinquantaine d’employés de Smovengo sont en grève pour réclamer les mêmes avantages que chez JC Decaux. Ils demandent notamment la revalorisation des nuits et des dimanches et jours fériés travaillés. Aujourd’hui, 70 % des salariés travaillent de nuit avec une revalorisation de 10 % de leur salaire contre 45 % auparavant.

Les grévistes accusent, en outre, Smovengo d’avoir recours à des intérimaires pour contourner la grève, ce qui, si c’est avéré, est illégal. Tout en reconnaissant des « conditions de travail difficile », le consortium a déploré un mouvement qui retarde encore un peu plus l’installation des Vélib’.