Histoires des catastrophes naturelles (1/3): Quand une tornade dévastatrice traversait Paris

HISTOIRE En 1896, une tornade meurtrière a traversé Paris du jardin du Luxembourg au parc de la Villette ravageant tout sur son passage...

Caroline Politi

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Une tornade
Une tornade — Brian Davidson / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
  • La tempête de 1896 a fait six morts et plus de 70 blessés. Elle a également causé d'importants dégâts matériels. 
  • Les vents ont soufflé à plus de 220 km/h.
  • On estime à une cinquantaine, le nombre de tornades en France chaque année. 

Cette semaine, 20 Minutes revient sur les catastrophes naturelles qui se sont abattues en France en partenariat avec Retronews, le site de presse de la Bibliothèque nationale de France. Aujourd'hui, on se replonge dans cette tornade meurtrière qui a balayé Paris en septembre 1896.

Des vents si forts que les Parisiens ont été « soulevés de terre et emportés par la trombe », les carrioles précipitées les « unes contre les autres », les arbres se sont brisés tels des allumettes, des toits et des « murailles » se sont affaissés d’un coup. Le 11 septembre 1896, aucun superlatif ne semble suffisant au journaliste du quotidien Le Matin pour décrire la catastrophe qui s’est abattue la veille sur la capitale. Un cyclone vient de traverser Paris.

« Tous les médias de l’époque ont parlé d’un cyclone car ils ne connaissaient pas bien ce phénomène mais en réalité il s’agit d’une tornade de catégorie 2 », précise Pierre Mahieu, co-fondateur de l’observatoire des tempêtes et des orages violents Keraunos. Ce jour-là, les vents ont soufflé à près de 220 km/h. A 14h42 précisément, ils ont commencé à tourbillonner du côté du jardin du Luxembourg. La colonne a traversé l’île de la Cité avant de s’enfoncer dans le Xe arrondissement remontant à Belleville pour mourir quelques minutes plus tard à La Villette. « On pourrait comparer assez justement la marche du tourbillon dévastateur à celle d’une énorme balle en caoutchouc qui aurait, à chaque fois qu’elle eut touché terre, tout dévasté et brisé sur son passage », déplore le journaliste du quotidien Le Temps.

Un lourd bilan

Sur le plan humain également, le bilan est lourd : au moins six personnes ont perdu la vie, soixante-dix autres ont été blessées. Sur le Quai des Orfèvres, là où la tornade fut la plus virulente, un jockey anglais est décédé après qu’une rafale l’a soulevé de terre et précipité contre un parapet. A 200 mètres de là, sur la place du Châtelet, un enfant de 5 ans est tué de la même façon. Les journaux du lendemain égrènent, sur des colonnes entières, les drames. Un cocher est éjecté de sa voiture, la femme d’un marinier a été heurtée par le mas d’un bateau. Vers République, un travailleur journalier est écrasé par une plaque de plomb de 300 kilos tombée d’un toit. Sur le canal Saint-Martin, c’est une femme et son enfant qui sont emportés par les vents. Le garçonnet a été sauvé, le corps de sa mère n’a jamais été retrouvé. D’autres ont eu un peu plus de chance, à l’image de ces 50 à 80 blanchisseuses, selon les sources, prises au piège d’un bateau-lavoir. La tempête a détaché l’embarcation du Quai des Orfèvres, les prenant au piège sur la Seine. Elles seront finalement secourues in extremis.

Ce n’est pourtant pas la première fois que la capitale est touchée par une telle catastrophe. En 1809 et en 1811, deux tornades avaient déjà traversé Paris, la seconde atteignant même la catégorie 3. Mais au début du XIXe siècle, la ville est bien moins peuplée et urbanisée, les dégâts passent presque inaperçus. « En 1811, par exemple, elle touche Saint-Ambroise dans le XIe arrondissement. A l’époque, il faut s’imaginer que c’est une zone marécageuse et rurale », poursuit Pierre Mahieu. En revanche, en 1896, la tornade touche le cœur de la ville, la zone la plus densément peuplée, le cœur administratif de la ville.

Une cinquantaine de tornades par an en France

Si on estime aujourd’hui à une cinquantaine le nombre de tornades en France, la majorité d’entre elles se forment sur une ligne allant du Pas-de-Calais à la Charente et dans le Midi. « Ce sont des zones plus orageuses, donc statistiquement, elles ont plus de chances d’être touchées par des tornades », précise l’expert. Pourtant, entre la fin du XIXe siècle et 1905, ce phénomène est constaté à de nombreuses reprises en Ile-de-France. En 1893, une tornade de catégorie 3 traverse le centre-ville de Maisons-Laffitte dans les Yvelines. Quatre ans plus tard, le scénario se reproduit à Asnières-sur-Seine, dans les Hauts-de-Seine. « Les orages fonctionnent par cycle pour des raisons que l’on ne s’explique pas précisément. Pendant dix ou quinze ans, une zone va être traversée par de forts orages, augmentant donc le risque de tornades, comme ce fut le cas à cette période pour l’Ile-de-France, puis cela va se calmer. »

Depuis le début du XXe siècle, quelques tornades ont été recensées dans la région, notamment en Seine-et-Marne, mais rien de comparable avec celle de 1896. Est-ce une question d’années comme la crue centennale ? Une nouvelle tornade pourrait-elle traverser Paris ? « Le risque est limité dans les zones très urbanisées », estimé Pierre Mahieu. Pour une raison simple : les tornades se développent sur des terrains humides, or la pollution des villes assèche l’air. « Mais en la matière, il n’y a pas de risque zéro. »