Paris: Les sans-abri, dans l’ombre de la ville Lumière dès l’arrivée des beaux jours

HUMANITAIRE Depuis le 12 avril, l’Armée du salut organise une maraude quotidienne et matinale à Paris pour les sans-abri. Si les conditions météorologiques semblent moins redoutables en été, des associations dénoncent déshydratation et baisse des places d’hébergement…

Caroline Sénécal

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Illustration d'un SDF, devant un distributeur de billets de banque à Paris, le 30 octobre 2012.
Illustration d'un SDF, devant un distributeur de billets de banque à Paris, le 30 octobre 2012. — A. GELEBART / 20 MINUTES
  • 129 décès de personnes sans-abri ont été recensés l’été dernier en France.
  • En 2017, leur moyenne d’âge s’élèvait à 49 ans, contre 82 ans pour le reste de la population.
  • Depuis le jeudi 12 avril, l’Armée du salut effectue des maraudes matinales et quotidiennes, en dehors de la période hivernale.
  • Plus de 3.000 places d’hébergement manquent chaque soir.

Avec 129 décès recensés l’été dernier au cœur de l’Hexagone, la chaleur ne réchauffe pas les cœurs des sans-abri. « Peu importe la saison, la température ou le temps qu’il fait, constate Fabrice en ajustant son papier journal dressé sur sa chaise en bois à l’entrée de la bouche du métro Dugommier (XIIe). La véritable meurtrière c’est la rue. »

Huit mille personnes sans-abri devraient retourner dans les rues parisiennes avec la fin de la trêve hivernale. En 2017, leur moyenne d’âge s’élève à 49 ans, contre 82 ans pour le reste de la population. Sur la même période, l’association Les Morts dans la rue déplorent 403 décès. Selon le collectif, il n’y a pas moins de mortalité à l’arrivée des beaux jours.

Des maraudes estivales

« Le seul changement pendant l’été, c’est la difficulté à trouver quelque chose à se mettre dans le ventre, ajoute Fabrice. Les associations prennent des congés, pas nous. » C’est une première dans la capitale qui risque de bouleverser le quotidien des sans-abri.

Depuis le jeudi 12 avril, l’Armée du Salut propose des maraudes matinales et quotidiennes, en dehors de la période hivernale. Eté comme hiver, l’opération « Bonjour » vise à servir un petit-déjeuner aux personnes et aux familles qui ont dormi dehors.

La déshydratation des plus fragiles inquiète

A la gare du Nord, aux abords de la gare de l’Est et sur les grands boulevards, une fourgonnette de l’Armée du salut sillonne les rues dès 6 heures pour distribuer boissons chaudes et croissants. « Nos bénévoles servent une centaine de personnes chaque matin, détaille Samuel Coppens, porte-parole de l’Armée du Salut. Des sacs de couchage et des produits d’hygiène sont également proposés en fonction des besoins des gens. » L’association s’inquiète de la déshydratation des plus fragiles avec la canicule.

« En été, il y a moins de regards tournés vers les sans-abri, moins d’actions menées pour leur venir en aide, ajoute Samuel Coppens. Ces personnes se sentent délaissées et complètement livrées à elles-mêmes. Il y a davantage de décès dans la rue que l’hiver. »

3.000 places manquantes chaque soir

« Je déteste cette chaleur, témoigne un quinquagénaire qui souhaite rester anonyme, agenouillé derrière son gobelet blanc, au bord des berges de Seine près de Bercy (XIIe). Il faut constamment trouver de l’ombre et un peu d’air frais. C’est rapidement très étouffant, les journées sont épuisantes. » Certains bénévoles et associations parisiennes motivées ne prennent cependant pas de vacances l’été.

L’équipe de rue de l’association Charonne existe depuis dix ans. « Les chiffres des personnes en grande précarité grimpent de façon phénoménale chaque année, révèle Vanessa, bénévole de cette petite structure de quartier. Aucune place de domiciliation, ni même d’hébergement n’est disponible. Cela représente plus de 3.000 places manquantes chaque soir, c’est une frustration quotidienne. »

Si pendant l’hiver, des places d’hébergement supplémentaires sont ouvertes dans des bâtiments publics, elles ont une autre vocation dès l’arrivée de la belle saison.

« La réaction des voisins est parfois déconcertante »

Chaque semaine, et ce toute l’année, des équipes de l’association Charonne constituées de deux à trois bénévoles parcourent les rues du XIe arrondissement, ainsi que d’une partie du XXe sans uniforme. Elles demandent l’autorisation aux personnes de s’asseoir par terre avec elles, car elles pénètrent chez elles pour échanger et recréer du lien social sans dons matériels.

« La réaction des voisins est parfois déconcertante, dénonce Vanessa. Ils s’adressent directement à nous, en utilisant la troisième personne pour qualifier le sans-abri, en le jugeant et en évitant soigneusement tout contact visuel avec lui. Certains vont même jusqu’à verser de l’essence sur leur corps endormi pendant la nuit ! »

Une insécurité et des menaces qui ponctuent également le quotidien de femmes seules dans la rue. L’année dernière, plus de 5.000 d’entre elles ont appelé le 115 afin d’espérer trouver une place d’hébergement d’urgence à Paris. Une augmentation de 66 % en seulement dix ans.