VIDEO. Évacuation à Tolbiac: «Ils nous ont chopés comme des lapins»

SOCIETE Ce vendredi, à l’aube, une centaine de CRS ont délogé entre 100 et 150 étudiants de la faculté parisienne située dans le XIIIe arrondissement et occupée depuis le 26 mars…

Romain Lescurieux

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Le site de Tolbiac a été évacué ce vendredi matin
Le site de Tolbiac a été évacué ce vendredi matin — CHRISTOPHE SIMON / AFP

Des chaises et tables retournées, des banderoles arrachées et plus aucun étudiant dans les couloirs… La Commune Libre de Tolbiac n’est plus. « Le centre Pierre Mendès France a été libéré », se félicite ce vendredi matin, auprès de 20 Minutes, Florian Michel, le directeur du site. Quelques heures plus tôt, vers 5 heures du matin, au moins une centaine de CRS ont délogé entre 100 et 150 étudiants de la faculté parisienne occupée depuis le 26 mars.

« L’évacuation s’est déroulée dans le calme et sans aucun incident », a indiqué dans la foulée un communiqué la préfecture de police (PP). « Tout s’est relativement bien passé. Il n’y a pas de blessés graves. L’opération de police a été menée avec beaucoup de finesse », assure de son côté Florian Michel, dans un amphi N, transformé en dortoir.

Aux alentours de 9 heures, des étudiants maintenus à l’extérieur par des rangées de CRS, tentent encore de donner de la voix. « Tous à Notre-Dame-des-Landes », scande l’un d’eux. Certains, le visage marqué, reviennent sur cette opération de police.

« Ils nous ont chopés comme des lapins »

« On s’est fait jeter », s’exclame un étudiant. « Ils nous ont chopés comme des lapins », confirme Éole, étudiante mobilisée. « Je dormais et d’un seul coup j’ai entendu : "ils sont devant la fac", "ils sont devant la fac". On a essayé de les repousser le temps de se mettre en ordre et voir par où on sortait ». Les CRS ont notamment essuyé des jets de bouteilles de verre et autres projectiles, a constaté une journaliste de l’AFP.

L'évacuation a commencé vers 5 heures ce vendredi
L'évacuation a commencé vers 5 heures ce vendredi - CHRISTOPHE SIMON / AFP

Guettant une intervention policière, certains occupants tentaient de s’enfuir en escaladant la grille, tandis que d’autres se sont immédiatement retranchés à l’intérieur. « On s’est très vite retrouvés coincés sur le balcon », poursuit-elle, exposant son « doigt cassé ». Les étudiants dénoncent en effet de nombreuses violences.

« Alors la gauchiasse, ça fait moins les malins »

Éole détaille des coups, des gazages, des intimidations et des insultes. « Salope », « femmelette », « la lesbienne tu fermes ta gueule », « alors la gauchiasse, ça fait moins les malins »… Des propos qui auraient été prononcés par des CRS, lors de l’évacuation, raconte cette étudiante. « On n’a pas fait acte de résistance », a assuré à l’AFP, un des occupants. L’opération de police a pris fin vers 6 heures. Un individu a été interpellé pour outrage et rébellion. Des blessés sont aussi à déplorer dans les rangs étudiants. « Des blessés légers », selon Florian Michel. Le bilan pourrait-il être plus grave?

Un étudiant se serait grièvement blessé à la tête et se trouve actuellement dans le coma, confirme à Marianne la représentante de l'Unef dans cette université. Le jeune homme grièvement atteint se serait blessé en « fuyant » les policiers, raconte la représentante syndicale : « Il s'est dirigé vers la grille avant de l'escalader et de chuter lourdement sur la tête », note le site Internet de l'hebdomadaire.

Une information démentie par la préfecture de police qui indique à 20 Minutes qui indique que ni ses services, ni ceux des pompiers n'ont été sollicités pendant l'intervention. Toujours est-il qu'en fin de matinée, étudiants et CRS continuaient de se faire face dans la rue.

La police dans Tolbiac ce vendredi
La police dans Tolbiac ce vendredi - Francois Mori/AP/SIPA

« Embrasement »

Vers 10 heures, la situation se tend à nouveau aux abords de l’université. Quelques heurts éclatent entre les forces de l’ordre et les étudiants. Un individu a notamment fait un malaise lors d’une charge de police. Il a été pris en charge par les pompiers. Les étudiants se retrouvent alors nassés. Ce qui ne les empêche pas de chanter, de distribuer du sérum physiologique, et même, parfois, de prendre un « selflic » et de réfléchir à la suite.

Les étudiants ont appelé leurs « soutiens » à se réunir devant l’université « avant midi ». « Ce qu’il s’est passé ici, se repassera ailleurs. Il faut un embrasement. Les milliers de personnes qui sont venues même cinq minutes à Tolbiac, doivent venir », poursuit Éole.

Vers 13 heures, de nombreuses personnes ont répondu à l’appel. Eric Coquerel, élu de la France Insoumise est notamment venu apporter son soutien. Etudiants, professeurs et personnel de l’université se sont même réunis à la mi-journée en AG devant les locaux, selon BFM TV. A l’intérieur de la faculté, aux grilles fermées, une partie du personnel se dit « soulagée ».

« Libération »

« C’est la libération », souffle une femme du service administratif, en passant une tête de son bureau. « Mais dans quel état… », déplore-t-elle. Même son de cloche du côté du service de sécurité : « Ils ont vraiment tout cassé. C’est un saccage », glisse l’un d’eux. Tags dans les amphis, matériel informatique détruit, matelas et détritus en tous genres par terre, le site porte encore les stigmates de l’occupation.

Le site ce vendredi matin
Le site ce vendredi matin - FRANCOIS MORI/AP/SIPA

« La facture des dégradations est plus proche d’un million d’euros que de 500.000 euros » déplore Florian Michel. Les premières remises en état du site s’opéraient dès ce vendredi. Doucement. La ministre Frédérique Vidal doit se rendre sur le site de Tolbiac dans la journée. La consigne est donc de ne « pas tout ranger ce matin ».

Lieu emblématique de la mobilisation contre la réforme de l’accès à la fac, Tolbiac est fermé jusqu’à nouvel ordre. Les partiels se tiendront sur d’autres sites. Le centre pourrait ne rouvrir qu’en septembre, selon la direction, qui demandait cette évacuation depuis un certain temps.