Paris: Quel avenir à la fac de Tolbiac après le vote du «blocage illimité»?

SOCIETE Dans cette annexe de l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, un «blocage illimité» a été voté ce mardi en assemblée générale à 497 voix pour, alors que 407 personnes étaient contre…

Romain Lescurieux

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Tolbiac (XIIIe) ce mercredi
Tolbiac (XIIIe) ce mercredi — R.LESCURIEUX / 20Minutes
  • Dans le cadre du mouvement contre la nouvelle loi sur l’entrée à l’université, considérée comme de la sélection par ses opposants, le « blocage illimité » a été voté à Tolbiac.
  • Sans cours, la faculté vit au rythme des conférences et des comités de mobilisation.
  • Le directeur du centre appelle à « la responsabilité des étudiants ».

Le jour d’après. Alors que les rideaux de fer sont baissés, une centaine d’étudiants se croisent ce mardi, peu avant 12 heures, à la faculté de Tolbiac (XIIIe arrondissement) annexe de l'université de Paris-I Panthéon-Sorbonne. Certains étudiants assistent à une conférence sur le thème : « Comprendre l’effondrement de notre civilisation moderne. Introduction à la collapsologie ». D’autres s’apprêtent à organiser un « atelier banderoles », quand une étudiante s’affaire, elle, à passer la serpillière. C’est son « tour » de ménage.

Tolbiac (XIIIe) ce mercredi
Tolbiac (XIIIe) ce mercredi - CHRISTOPHE SIMON / AFP

La veille, un « blocage illimité » a été voté en assemblée générale à 497 voix pour, a indiqué le service de presse de l’université, alors que 407 personnes étaient contre. Quelque 900 personnes s’étaient déclarées pour un blocage - mais pas forcément illimité - lors de cette AG qui a rassemblé plus de 1.000 personnes sur les 12.000 que compte le site. « Cette assemblée générale était très bien organisée. Chacun avait un temps de parole à la tribune sur des points précis », se félicite Lucie, 18 ans, en première année de philosophie - sciences politiques.

« Commune Libre de Tolbiac »

Depuis, l’auto-déclarée et « auto-gérée » « Commune Libre de Tolbiac », s’organise entre les barricades, en attendant l’abandon de la loi sur les nouvelles modalités d’accès à l’université - la loi ORE (Orientation et réussite des étudiants) - considérée comme de la sélection par ses opposants. Non loin d’un drap griffé de la citation « le mouvement est train de prendre c’est (…) la théorie du chaos », des étudiants analysent la situation et espèrent désormais une contagion.

A l'université Paris I, le 04.04/2018.
A l'université Paris I, le 04.04/2018. - R.Lescurieux/20Minutes

« Maintenant que le blocage illimité est voté jusqu’au retrait de la loi, nous allons pouvoir nous organiser. Aujourd’hui, nous allons aller tracter dans d’autres facs, notamment pour sensibiliser au blocage », détaille David, 19 ans, en première année d’économie-histoire. « Ce n’est que le début. Nous souhaitons une mobilisation totale et générale des étudiants mêlée au mouvement des cheminots », reprend Félix, également en première année d’économie-histoire.

« Une fac occupée n’est pas une fac fermée »

« Une fac occupée n’est pas une fac fermée », insistent les leaders de la mobilisation. Quatre amphithéâtres sont occupés et rebaptisés. L’amphi J est par exemple devenu l’amphi « joie ».

Tolbiac (XIIIe) ce mercredi
Tolbiac (XIIIe) ce mercredi - CHRISTOPHE SIMON / AFP

Dans ces espaces, des conférences s’y tiennent régulièrement, un débat entre Frédéric Lordon et l'économiste Bernard Friot s’est notamment déroulé mardi soir et des comités et assemblées générales de mobilisation seront régulièrement organisés. Selon l’université, un service d’ordre a également été déployé par les étudiants, tout comme un service de nettoyage. Le tout avec les 50 ans de mai 68 en symbole ? « Dans l’esprit de certains ça l’est. Mais quoi qu’il arrive, il y aurait eu une mobilisation contre cette loi ORE », note David. Quid des cours ?

« L’enseignement se tient à distance »

« Les cours n’existent plus vraiment », expliquent David et Felix. « La fac est bloquée, fermée, rien ne s’y passe. Le personnel administratif, les enseignants-chercheurs et les étudiants qui veulent étudier n’ont plus accès au centre. L’enseignement se tient à distance », commente de son côté Florian Michel, directeur du centre de Tolbiac. « Certains professeurs mobilisés nous envoient les cours par mail », confirme Lucie.

La direction indique privilégier « le dialogue », « le discernement » et « la patience » et doit rencontrer les organisations étudiantes et professionnelles, « pour essayer de trouver une solution ». Elle a fermé ce mardi le site de Saint-Charles (école des arts de la Sorbonne), « par précaution » et commence à voir comment organiser les examens censés se tenir début mai.

Les étudiants mobilisés demandent à la direction de « mettre 10 sur 20 à tout le monde aux partiels ». Pour le moment, celle-ci ne réagit pas particulièrement. « On travaille pour que les partiels puissent se tenir dans les meilleures conditions. Ailleurs, si nécessaire. Et peut-être dans un format autre que ce qui est prévu initialement », détaille le directeur du centre de Tolbiac, qui précise travailler avec le rectorat et le cabinet de la ministre de l’enseignement supérieur. Sur la méthode du blocage, la direction est en revanche remontée. « Il y a des panneaux « université ouverte » et par-derrière tout est bloqué », s’insurge Florian Michel.

« La sélection ce sont les étudiants grévistes qui la font »

« Nous ne sommes pas simplement sur un modèle de contestation d’une loi. Il y a des revendications qui n’ont rien à voir, il y a un déni de démocratie, une bonne part d’utopie, une même sensibilité politique à la tribune, une poésie néo soixante-huidarde, avec des dérapages évidents, des tags « fuck Israel » et le récent saccage d’un local d’étudiants juifs. Tout ça ce sont les mêmes personnes », souhaite recadrer Florian Michel qui appelle à « la responsabilité des étudiants ». « Car qui trinquent ? Les étudiants les plus fragiles et peu mobilisés », ajoute-t-il.

« Les bons étudiants eux s’en sortiront, ils bossent chez eux, à la bibliothèque. Au final, la sélection ce sont les étudiants grévistes qui la font », déplore-t-il. De leur côté, les étudiants mobilisés disent avoir pensé à ce problème « On développe du tutorat pour les élèves qui seraient pénalisés, notamment en méthodologie », insiste David. Selon lui, « l’idée est d’aider les étudiants qui veulent progresser »