Stationnement payant pour les deux-roues: «On appelle au boycott des villes qui l’appliquent»

TRANSPORTS Le stationnement des motos et scooters devient payant à partir de ce mardi dans deux communes du Val-de-Marne, Vincennes et Charenton-le-Pont…

Romain Lescurieux

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Le guidon d'un scooter. Illustration.
Le guidon d'un scooter. Illustration. — Superstock Sipa
  • Cette mesure est rendue possible par la décentralisation de la gestion du stationnement, confiée aux mairies depuis le 1er janvier.
  • Le coût du stationnement sera d'environ un tiers par rapport à celui des voitures. 

Une délégation de compétence, désormais concrète. Depuis le 1er janvier 2018, l’État a confié la gestion du stationnement aux collectivités locales. Trois mois plus tard, deux villes du Val-de-Marne ont décidé de faire passer à la caisse, les conducteurs de deux-roues. À partir de ce mardi, le stationnement des motos et scooters sera en effet payant à Vincennes et Charenton-le-Pont. Une première en France.

« Il semblait assez normal de les faire contribuer »

« Ce n’est pas une mesure anti-deux-roues », insiste auprès de l’AFP, la maire de Vincennes, Charlotte Libert-Albanel (UDI). Dans cette commune, 800 places ont été aménagées pour les scooters et motos, « de plus en plus nombreux », ajoute-t-elle, en précisant « il semblait assez normal de les faire contribuer ». Le coût du stationnement sera d’environ un tiers par rapport à celui des voitures, « proportionnel » à la taille d’un emplacement deux-roues par rapport à un emplacement voitures. Pour deux heures de stationnement, les scooters ou motos devront par exemple s’acquitter de 1,50 euros - contre 4,40 euros pour les automobilistes - ou risquer une amende de 12 euros, note l’agence de presse. Des tarifs résidentiels seront également disponibles.

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A la mairie de Charenton-le-Pont (LR) où près de 500 places, dorénavant payantes, sont disponibles, et d’autres devraient être créées, la logique est la même. L’hôtel de ville indique sur son site avoir voulu répondre à une demande de ses administrés, « qui souhaitaient des actions concrètes » pour mieux maîtriser le stationnement des deux roues qui « depuis trop d’années, empiètent sur les espaces réservés aux piétons ». De quoi fortement agacer la Fédération Française des Motards en Colère (FFMC) qui est venue manifester à deux reprises ces dernières semaines, à Vincennes.

« Nous appelons au boycott de ces villes »

« Ces villes ont mis ça en place sans aucune concertation avec les associations », affirme auprès de 20 Minutes, Jean-Marc Belotti, coordinateur de l’antenne parisienne de la FFCM, qui évoque un « racket ». « Ils profitent de la décentralisation du stationnement pour gratter les usagers et s’attaquer aux deux-roues alors que nous aurions pu trouver des compromis. Au lieu de ça, nous allons entrer dans un bras de fer », déplore-t-il.

La Fédération Française des Motards en Colère estime apporter une « plus-value » en ce qui concerne la circulation et le stationnement. « Nous adoptons un mode de transports qui fluidifie. Et si il y a de plus en plus de deux-roues, c’est aussi parce que c’est plus pratique pour circuler et se garer ». Ainsi, la FFMC n’entend rien lâcher. Une nouvelle mobilisation est prévue mi-avril. « On appelle au boycott des villes qui l’appliquent. Notamment de ne plus s’y rendre pour faire ses courses », prévient le coordinateur. Car après Charenton et Vincennes, d’autres communes seraient tentées par le modèle ?

« Pas en projet » à Paris, Strasbourg observe avec « intérêt »

Dans la capitale - où 96.000 deux-roues circulent par jour - la question du stationnement payant « n’est pas du tout en projet », commente-t-on à la mairie de Paris, auprès de 20 Minutes. La mairie veut surtout mettre fin à « l’incivilité » du stationnement sur les trottoirs. D’autres villes en revanche pourraient être intéressées.

A Strasbourg, Jean-Baptiste Gernet, l’adjoint (DVG) au maire en charge des mobilités alternatives, observe, lui, « avec intérêt » la décision prise par Vincennes et de Charenton, rapporte Le Parisien. « Mais en termes d’occupation anarchique des trottoirs par les motos ou les scooters, nous sommes loin de la situation francilienne. Si un jour les deux-roues motorisés commencent à poser problème, je n’exclus pas le stationnement payant », avertit l’élu. Jean-Marc Belotti, aussi, allume les feux d’avertissement : « Nous restons très vigilants. Partout, où cela se mettra en place, les mairies entendront parler de nous ».